Tliénpliile Gauthier
Ccst un fleuve qui a fait TÉgypte. On peut dire que c'est un chemin qui a fait les grands empires de Ninive et de Babylone.
Lorsque Thistoirc, à force de patientes recherches, sera parvenue à découvrir les raisons des choses, — si toutefois un tel idéal est réalisable pour les forces humaines, — alors on saura peut-être pourquoi la civilisation partit du centre de TAsie, pourquoi elle suivit cette marche permanente et inflexible d'Orient en Occident, pourquoi, toujours plus vive aux extrémités, elle s*est insensiblement éteinte vers le point de départ. Ce sont là des lois inexplicables dont nous osons à peine poser les problèmes, et que les recherches des savants contribuent peu à peu à résoudre, bien lentement au gré de notre impatiente curiosité.
Si antique que soit TEgypte, personne n'oserait dire que les empires de la Ghaldée ne soient pas plus anciens encore. Dans les premières migrations qui remuèrent, au début des temps historiques, les peuples mobiles de l'ancien continent, il se trouva que dans cette région de la Mésopotamie, des éléments de stabilité ne tardèrent pas à fixer une partie de cette masse flottante.
Celait un chemin : on y passait. C'était une vallée, un
102 LES VILLES itETUOlVÈES
éderif ou s'y arrélait. Ainsi, là, peu à peu, comme émergèrent de la face des eaux les masses solides des premiers continents s'agrégèrent et se fixèrent les tribus nomades; et sur leur masse s'élevèrent les premiers empires.
Voici dans quels termes les plus vieilles légendes faconlent leur fabuleuse origine : « Tout d'abord, il y eut à Babylone une grande multitude d'hommes de races diverses qui avaient colonisé la Ghaldée. Us vivaient sans règle à la manière des animaux.
« Mais dans la première année apparut, sortant de la mer Rouge, en un endroit où elle confine à la Babylonie, un animal doué de raison, nommé Oannès. 11 avait tout le corps d*un poisson, mais par-dessous sa tête de poisson, une autre tète qui était celle d'un homme, ainsi que des pieds d'homme qui sortaient de sa queue de poisson : il avait une voix humaine^ et son image se conserve encore aujourd'hui.
Cet animal passait la journée au milieu des hommes sans prendre aucune nourriture; il leur enseignait la pratique des sciences, des lettres et des arts de toutes sortes, les règles de la fondation des villes et de la construction des temples, les principes des lois et de la géométrie. Il leur montrait les semailles et les moissons, en un mot il donnait aux hommes tout ce qui contribue à radoucissement de la vie. Depuis ce temps rien d'excellent n'a été inventé. Au coucher du soleil ce monstrueux Oannès se plongeait de nouveau dans la mer et passait la nuit sous les flots : car il était amphibie, il écrivit sur l'origine des choses et de la civilisation un livre, qu'il remit aux hommes^ »
Longtemps après l'apparition d'Oannès commença le règne d'une première dynastie semi-héroïque. Elle ne dura pas moins de six cent quatre-vingt-quinze mille deux cents ans, et elle se termina au déluge. Ce cataclysme, d'après les vieilles traditions assyriennes, était