Y. Oppert, Voyage, U h P. 20G
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dont la lecture fournit à l'histoire de TAsie centrale nombre de détails curieux.
Plus tard (1852), vers le centre et le nord de celte môme colline de Koyundjîck, MM. Rassam et Loftus continuant les recherches de H. Layard, découvrirent le palais de Sardanapale V, fils d*Assarhaddon. Ce palais, de construction plus tardive que ceux que nous avons indiqués jusqu'ici, offrait le typed*unenouvelle évolution dans Tart assyrien. Si les plans d^ensemble étaient les mêmes, il y avait dans les détails une recherche, une minutie qui s*écartail des grandes lignes affectées par les monuments plus anciens.
Cependant là encore le goût des artistes conserve une pureté qui permet de mettre leurs œuvres à côté des plus remarquables produits de l'art ninivîte.
Dans les ruines de Koyundjick, on rencontra une inscription qui ne laissait aucun doute sur le nom à donner à ces ruines. C'était bien Ninive, et même une Ninive déjà rebâtie que l'on avait sous les yeux. Car c*est ainsi que s'exprime Sennachérib :
« Sennachérib, roi puissant, grand roi, roi des légions, roi d'Assyrie, roi des quatre contrées, favori des grands dieux, Assour et Istar m'ont confié la garde des peuples. Pour humilier les ennemis de l'Assyrie, j'ai contraint mes adversaires à marcher dans l'adoration sublime des dieux. Depuis le commencement jusqu'à la fin, je me suis fait obéir par mes armées; j'ai soumis à mes lois tous les princes qui habitent les coins des quatre régions. Us se convertirent à la piété.
« Puis je dis : Ninive est la ville de ma royauté; j'en ai renouvelé les demeures, restauré les rues. J'ai changé le camp royal, et je l'ai fait reluire comme le soleil. J'ai fait l'enceinie et le boulevard en entier, et j'en ai fait mention dans les inscriptions. Jusqu'à 100 grandes mesures j'ai fait élargir les fossés; à plusieurs reprises j'ai employé les journées de mon armée royale à faire transporter les tables des carrières... Je mesurai 62 grau-
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des mesures à partir de mon «camp royal jusqu'à la grande porte des façades. Que celui des habitants de celte ville qui change une ancienne maison en bâtisse une nouvelle. Que celui qui touche aux fondations de ce palais soit écrasé par les décombres. »
Après des découvertes aussi précieuses, que complétaient encore les fouilles de Nebbi-Younès, de Sippara, de Calah-Sergat, et de bien d^autres monticules de cette contrée qu'un voyageur compare à une Suisse archéologique, les fouilles en Mésopotamie se trouvèrent bientôt à Tordre du jour. On ne désespéra plus de rencontrer les n^stes d'autres villes voisines de Ninive et dont la renommée était tout aussi considérable.
Babylone bient6t attira le regard.
Des voyageurs instruits, Nieburh, Rich, Ker Potter en avaient déjà exploré les ruines. Ils avaient donné sur leur situation quelques détails précis et intéressants. M. Layard, à son tour, s'en occupa activement. Un autre Anglais, sir Henri Rawlinson, le premier déchiffreur des caractères cunéiformes, y porta ensuite toute son attention. 11 en explora les restes, les rapprocha des textes anciens, lut bon nombre d'inscriptions et mit enfin en pleine lumière les principaux résultats que l'on pouvait obtenir.
Le gouvernement français, à son tour, ne resta pas en arrière. Un illustre assyriologue, M. Oppert, aidé de MM. Fresnel et Thomas, l'un homme de science, l'autre artiste de talent fut envoyé en Mésopotamie (1852-1853). L'expédition parcourut toute la contrée, s'enquit d'abord à Ninive des résultats acquis et de la méthode suivie dans les fouilles, puis gagna le cours de l'Euphrate, descendit jusqu'à Babylonc, au lieu voisin de la ville turque de Hillah, et là commença ses recherches et ses vérifications. De cette expédition, dont les travaux ont été contrôlés et complétés par les études de Lenormant, des Rawlinson, des Layard, des Menant, des Renan et des Maspero, date
la véritable théorie archéologique et historique relative aux fouilles babylooiennes.
Combien cette autre capitale ne devait-elle pas attirer les efforts, les investigations de la science! N'étaitce pas « cette reine de TOrient » qui avait hérité de la fastueuse puissance de Ninive livrée aux flaioines? N'était-ce pas la ville des Sémiramis et des Nabuchodonosor, celle qu'avait prise Cyrus et qu'avait pillée Xerxés?
N'était-ce pas là, comme dit Nabuchodonosor lui* même, c cette grande Babylone dont j'ai fait le siège de mon empire, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire? •
Quelle curiosité anxieuse à l'idée de fouiller pour la première fois, après tant de siècles, les débris d'une ville dont les monuments comptaient parmi les Merveilles de l'ancien monde! Peut-être allait-on rencontrer quelque pan de ces anciens murs sur lesquels six chars pouvaient passer de front. Peut-être quelque arbre centenaire, débris des fameux jardins suspendus, couvrait encore de son ombre leurs ruines effondrées. Peut-être enfln s'était-il conservé quelque trace de cette fameuse tour de Babel, le lieu où c les langues s'étaient confondueSy » et dont la destruction avait été le signal de la dispersion des peuples sur la surface de la terre. Tant de souvenirs, tant de traditions, tant de légendes... et tant de rêves allaient-ils enfin trouver une base réelle? la terre allait-elle s'ouvrir pour raconter à son tour ces antiques histoires?
On pouvait craindre de n'obtenir que des résuhats négatifs. Babylone, en effet, n'avait jamais été absolument abandonnée pendant l'antiquité et le moyen âge. Sur les ruines anciennes, — de destruction facile, car elles consistaient en matériaux d'argile, — sur ces ruines et à côté de ses ruines, des villes, des villages s'étaient bâtis, qui s'étaient ruinés à leur tour. Séleucie et Ctésiphoiite s'étaieni, on le savait, construites tout entières
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à ses dépens. Du temps de saint Jérôme, les rois parthes avaient fait de son enceinte un parc pour chasser les bétes féroces. La ville arabe de Hillah avait si bien mis à profit le voisinage de celte mine abondante en matériaux tout prépaies, que M. Oppert reconnaissait par dizaines, sur les murs de sa chambre à coucher, des traces d*ins.cript!ons babyloniennes.
Devait-on craindre que les paroles de la Bible ue fussent accomplies à la lettre et que de Torgueilleuse cité, il ne restât plus pierre sur pierre? « Là se coucheront les animaux du déserl ; leurs demeures seront habitées par des chouettes, les chacals crieront ainsi que les chiens dans les maisons de leurs voluptés! »
Il faut avouer qu*une partie de cette prédiction se trouva réalisée et que les résultats obtenus furent loin d*étre aussi satisfaisants que les découvertes faites à Ninive. Babylone a énormément souffert. Je ne sais même si Ton peut dire que l'on ait trouvé sur son emplacement autre chose que des masses informes et sans traces des arrangements anciens ; plutôt de quoi soulever de nouveaux doutes que des faits certains apportés pour résoudre les anciennes conjectures.
Au poiiit de vue archéologiqne, les fouilles de Babylone ont été presque nulles; un énorme lion en basalte d'un travail médiocre, quelques restes de murs et de canaux, quelques crampons de bronze, ce fut là tout le butin sur lequel dut s'ingénier la sagacité des érudits, (( Aujourd'hui, dit M. Uaoul-Rochette, la plaine où fut Babylone est couverte, sur une étendue de dixhuit lieues, de débris, de monticules à demi renversés, d'aqueducs et de canaux à demi comblés. Ces décombres se sont mêlés à un tel point, qu'il est souvent impossible de reconnaître la place et les limites certaines des édifices les plus considérables. La désolation y régne dans toute sa laideur. Pas une habitation, pas un champ cultivé, pas un arbre en feuilles; c'est un abandon complet de l'horame et de la nature. Dans les
un LES TIUXS REUMHTTËCS
caTernes formées par les ébaokaMnls oa restes des antiques coastmctÂoiis habitent des tigres, des chacals, des serpents, et sonrent le TOjageur est effrayé par Todeur do lion. >
Benreusenient Tabondante moisson dlnscrîptions trouvées dans les ruines de la Tille put compenser en quelque chose l'insufOsance des résultats que les voyageurs s'étaient donné tant de peine à réunir. Si Ton ne rencontrait pas les palais, on peut au moins prétendre à fixer leur ancien emplacement et Ton peut dire quelque chose sur Thisloire des rois qui les avaient élevés.
C'est ainsi que Ton détermina, d'après des traces de talus anciens, la position ancienne et l'étendue de Babvlone.
A IVndroit dit El-Kasr (le château) ou Mudjelibeh (la ruine) on retrouva les restes du palais que Nabuchodonosor fit, selon Bérose, élever en dehors de celui de ses pères. Ce palais était fait de briques cuites et souvent vernissées. On trouva même, chose extrêmement remarquable, des traces de peintures à Teucaustique.
Au milieu de ces ruines, à l'endroit le plus élevé et le plus aride, se dresse un arbre gigantesque, le seul végétal considérable de toute la contrée. Sa vieillesse, risolement où il se trouve, la manière dont il a poussé sur un terrain si ingrat, ont fait naître à son sujet bien des légendes.
Les Arabes racontent que lorsque Ali livra la bataille de llillah il se trouvait sur cette hauteur. Là il aurait fait sortir de terre ce superbe tamarix en enfonçant son bâton, pour s'abriter des rayons du soleil. Sur cette légende des voyageurs ont renchéri encore. Ils ont voulu reconnaître dans cet arbre quelque survivant de ceux qui décoraient les jardins suspendus de Babylone. 11 est inutile d'insister sur ce qu'il y a d'invraisemblable dans l'existence d'un arbre de 2500 ans. Constatons simplement que les jardins suspendus étaient en un autre endroit plus voisin du Tigre.
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Le château dont les ruines se trouvent maintenant à El'Kasr était autrefois le centre même de Babylone, Tacropole ou Tarx. Deux enceintes Tentouraient; des jardins, des cours, des dépendances de toutes sortes s'y rattachaient; des aqueducs y conduisaient les eaux. On trouva des briques gravées constatant l'existence de ces anciens bâtiments. La plus importante de toutes ces inscriptions et la plus générale disait :
a Nabuchodonosor, roi de Babylone» restaurateur de la pyramide, et de la tour, fils de Babopolassar» roi de Babylone, moi.
((Je dis : Jai construit le palais, le siège de ma royauté, le cœur de Babylone dans la terre de Babylone; j'ai fait poser les fondations à une grande profondeur au-dessous du niveau du fleuve. J'ai relaté sa construction sur des cylindres couverts de bitume, et rur des briques.
« Avec ton assistance, 6 dieu Hérodach, le sublime, j*ai bâti ce palais indestructible. Que ma race trône à Babylone, qu'elle y élise sa demeure, qu'elle y septuple le nombre des naissances. Puisse-t-elle, à cause de moi, régner sur des peuples de Babylone jusqu'en des jours reculés! »
Un peu au sud de El-KasVy et réunis peut-être â lui par une même enceinte, s'élageaient graduellement les fameux jardins suspendus, au lieu nommé maintenant ^ Tell Amrcm ihn AIL
La hauteur du tumulus actuel est d'environ 30 mètres. Au pied se creuse un grand ravin, dans lequel M. Oppert reconnut l'ancien lit de l'Euphrate. Au sein de la colline, on rencontra un grand nombre de tombeaux anciens, mais fouillés déjà, et qui ne pouvaient guère remonter à une date plus haute que l'empire des Parthes.
Sur les jardins, l'antiquité nous à laissé de nombreux renseignements. Le plus explicite de tous les auteurs qui en ont parlé est Diodore de Sicile : (( Il y avait, ditil, près de l'Acropole, le jardin dit suspendu, qui n'était
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pas l'œovrc de Sémîramis, mais celle d*im roi syrien postérieur, qui le fit constroire pour complaire à sa maîtresse. Celle-ci étant, à ce qu*on dil. Perse d*origine demanda, dans son désir de voir des prairies accidentées, que le roi imitât par une plantation artificielle le caractère spécial du pays de la Per^de.
< Le jardin s'étend de chaque côté, environ de quatre plëtbrcs; il présente une montée accidentée et des édifices qui s'y tiennent les uns aux autres en offrant ainsi une mise en scène théâtrale. Au-dessous des montées artificielles, il y avait des arcades pour supporter à la fois la pesanteur de la masse du jardin, et les arcades hautes étaient plus longues et avançaient sur celles qui étaient bâties dessous. La dernière voûte, la plus élevée, avait 50 coudées de hauteur; au-dessus d'elle se trouvait la plus haute plate-forme, dont l'élévation égalait [celle de l'enceinte crénelée. Puis lespiUiers étaient construits avec une grande solidité ; ils avaient 32 pieds d'épaisseur, et chacun était séparé de l'autre par un intervalle de 10 pieds.
« Les étages étaient couverts par des poutres en pierre qui mesuraient, avec la partie qui dépassait, 16 pietls de longueur et 4 de largeur. L'étage ainsi construit avait sur ces blocs de pierre un parquetage de roseaux mêlé de beaucoup d'asphalte, ensuite une double couche de briques reliées avec du plâtre. Cette troi^ième structure était garantie par une couverture en plomb afin que Thumidilé de la terre apportée ne pénétrât pas dans les profondeurs. Sur celle base on avait accumulé une masse de terre suffisante pour contenir les racines des plus grands arbres.
Toute cette surface, en forme de plancher aplani, était remplie d'arbres qui pouvaient enchanter le spectateur par leur grandeur et leurs autres agréments. Les tunnels eux-mêmes recevaient la lumière par les voûtes qui leur étaient superposées; ils avaient des emplacements en grand nombre et offraient b»îaucoup de variété
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pour que les rois pussent y séjourner. Au niveau de la vue la plus élevée, il y avait un édifice ayant des tj*anchées perpendiculaires et des machines pour porter Teau à la hauteur : on tirait par ces moyens une quantité d*eau du fleuve, sans que personne au dehors pût s'en apercevoir. Ce jardin, comme je Tai annoncé plus haut, était d'une construction plus récente. »
D'après cette description, que Diodore emprunte luimême à des auteurs plus anciens, on peut s'imaginer facilement l'aspect à la fois singulier et délicieux que devait offrir Tensemble de la construction. Les jardins en forifte de colline s'élevaient graduellement vers l'intérieur des terres. Leur pied baignait dans le fleuve. Sous la construction colossale des piliers et des voûtes qui en soutenaient la masse, des chambres étaient disposées et pouvaient servir d'habitations royales. La dernière plate-forme, celle qui couronnait l'œuvre, pouvait avoir à peu près l'étendue de la grande cour du Louvre.
Il va sans dire qu'aujourd'hui l'ensemble de la construction s'est effondré. Ce monument fait, à force de bras, pour satisfaire un caprice de femme, était à la fois la plus hardie et la plus étonnante, mais aussi la plus déraisonnable et la plus fragile de toutes les œuvres de l'homme.
Aussi l'ensemble de la ruine actuelle ne présente plus que de vagues points de ressemblance avec les descriptions que nous ont laissées les anciens. La sécheresse cl les inondations, les racines des arbres vivants et la chute des arbres morts, les bouleversements naturels et les destructions voulues ont suffi pour tout changer, tout confondre.
Chose curieuse, on n'a retrouvé jusqu'ici, dans les ruines de Babylone, aucune trace assyrienne de l'existencedes jardins suspendus. C'est donc seulement par des conjectures tirées des auteurs anciens et de l'état actuel des lieux qu'on a pu aboutir à une identification qui.
d*ailleurs, est encore aujourd'hui discutée par plusieurs savants.
Au nord des monticules d'El-Kasr et de Tell Aram dont Tensemble formait la Cité royale par excellence, une masse de ruines importantes et d'une forme toute particulière attirait Tintention des visiteurs. Le nom seul de cette ruine suffisait pour éveiller la curiosité : les Arabes l'appellent Babil. Déjà Rich avait fait des fouilles en cet endroit. M. Layard avait, non sans succès, percé quelques tranchées et avait atteint des formes de chambres et des murs ruinés. M. Oppert reprit 'les recherches. Comme ses prédécesseurs il trouva des pierres, des briques et même des verreries.
Hais tout cela ne présente point encore de résultat complet. Il faut se contenter jusqu'ici, en attendant qu'on puisse fouiller jusqu'au centre même de la masse, d'étudier la forme générale de cet énorme terrassement et d'essayer de rapprocher l'état actuel, des descriptions que nous ont laissées le^ anciens auteurs. Pour les uns c'est le temple de Jupiter, le Bel des Assyriens; pour d'autres c'est le tombeau de Bélus, le sépulcre du dieu immortel, l'endroit même où les prêtres chaldéens rendaient leurs oracles et sur lequel s'acharna la fureur destructive de Xerxés. La forme générale de l'édifice était, suivant M. Oppert, celle d'une pyramide très élancée. Sur la plate-forme qui la couronnait, trois statues divines appelaient l'atlenlion et la vénération des adorateurs du dieu national assyrien.
Si nous ajoutons à ces différentes ruines la mention de quelques autres moins importantes comme El Homeira, où l'on trouva beaucoup de poterie et de verrerie; un tumulus où l'on crut reconnaître les restes du tombeau d'Héphestion, construit par Alexandre; les traces des quais, arrangés de façon à arrêter la violence des inondations, et celles des murs d'enceinte de l'Acropole, il ne nous restera plus qu'à insister un instant sur deux
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derniers vestiges, dignes à eux seuls d attirer toute l'attention des chercheurs et des curieux : ceux des murs d'enceinte de la ville et de la Tour de Babel.
Les restes de ces fameux murs d'enceinte que l'antiquité grecque plaça au nombre de ses merveilles, sont reconnaissables encore aujourd'hui dans une série de turaulus, désignés par les Arabes sous les noms de Abou Bexzoum (collines aux Chats), Toloul Soufar (les collines jaunes) et Tell Zawiyeh (collines du coin). Du moins c'est l'identification qu'a opposée H. Oppert, et elle répond, d'une manière très satisfaisante aux renseignements que nous ont fournis les auteurs grecs et latins, confirmés par la lecture des inscriptions assyriennes.
Ces murailles immenses formaient une double enceinte dans la forme d'un carré très exact. La première de ces enceintes embrassait un territoire grand comme le département de la Seine; dans la seconde, la plus petite, la ville de Londres eût tenu à l'aise. L'enceinte extérieure poi*tait le nom dlmgur Bel (que Bel le protège) ; la seconde le nom de Nivitti Bel (le séjour de Bel).
C'est ce qu'atteste la précieuse inscription de Nabuchodonosor.
« Imgur Bel et Nivitti BeU voilà le grand jnur de Babylone que Nabopolassar, roi de Babylone, le père qui m'a engendré, commença sans en achever la magnificence. 11 fit les creusements; deux fossés énormes furent construits, dont il limita les bords par du bitume et des briques. Il fit des fossés concentriques et il entoura de digues les bords de l'Ëuphrate; mais il n'accomplit pas son œuvre Pour moi, je fis mesurer Imgur Bel, le grand mur de Babylone, l'inexpugnable, qu'aucun roi n'avait fait avant moi : 4000 mahargagars (72 000 pieds ou 120 stades, c'est le côté du grand carré de Babylone), voilà la superficie de Babylone. Je fis en guise de refuge inexpugnable, ce mur, le boulevard du soleil levant de Babylone. J exécutai
les creusements et les bords, je les bordai en bitume et en briques. Un autre grand mur, je le bâtis en deçà de celui-ci comme un renfort, je l'entourai de grandes portes »
Et, dans une autre inscription également traduite par H. Oppert, il ajoute ces détails intéressants :
(( Babvlone est le refusre du dieu Mérodach. J*ai achevé Jmgur B('l, sa grande enceinte. Dans les seuils des grandes portes j'ai ajusté les battants en airain, des rampes et des grilles très fortes. J'ai creusé ces fossés, j'ai atteint le fond des eaux, j*ai construit les bords de la tranchée en bitume et en briques. Voulant préserver plus efficacement la pyramide et la défendre contre Tennemi, et contre les attaques qui peuvent être dirigées sur Babylone l'impérissable, je fis construire en maçonnerie, dans les extrémités de Babylone, une seconde grande enceinte, le boulevard du soleil levant, qu'aucun roi n'avait fait avant moi. Je fis creuser les fossés et je consignai sur des barils la construction de ses bords. Tout autour je fis couler de l'eau dans cette digue immense de terre. A travers ces grandes eaux, comparables aux abîmes de la mer, je fis faire un conduit; j'ai fait murer ces grands fossés avec des briques, j'ai fait construire ce mur pour garantir les produits de la plaine de Babylone; j'en ai fait un refuge pour les contrées de Soumir et d'Accad. »
Telles furent, si nous en croyons le constructeur luimême, ces murailles célèbres qui contenaient une enceinte assez grande pour suffire à la nourriture des populations assiégées. Aristote compare quelque part la grandeur de Babylone à celle du Péloponèse. Ce n'est point là une ville, dit-il, c'est plutôt une province. Quand Cyrus vint mettre le siège devant la capitale de la Chaldée, il ne put s'en emparer qu'en dérivant le cours de l'Euphrate. Le mur solidement bâti et la ville bien approvisionnée hii eussent peut-être, sans cette hardie et coûteuse entreprise, résisté indéfiniment.
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Quand Hérodote visita la contrée, ces murs existaient encore en partie. 11 les décrivit à son tour. Le récit du Père de V Histoire, sur lequel se bâtit toute la légende postérieure est bon à rapprocher des renseignements que nous a donnés l'inscription et que les éludes faites sur le terrain ont permis de vérifier.
« En Assyrie, dit Hérodote (I, ch. 178 et suiv.), il y a beaucoup de grandes cités entre lesquelles s'est trouvée Babylone, laplus fameuse et la plus forte de toutes après la destruction de Ninive. Cette ville est assise en une grande plaine, sa forme est carrée et porte ù cliacun des quatre fronts, cent vingt stades. Voilà quant à son enceinte. Au regard de l'architecture il faut que j'affirme que sur ce point c'est la plus belle ville que j'aie jamais vue, car premièrement elle est ceinte d'un fossé large et profond, et qui est plein d'eau ; la muraille est haute de deux cents coudées royales sur cinquante d'épaisseur : la coudée royale est plus grande que la moyenne de trois doigts.
a Mais il convient de dire en quoi a été employée la terre qu'on a tirée du fossé et de quelle matière a été faite la muraille. A mesure qu'ils fouillaient ils convertissaient- la terre en briques, lesquelles ils cuisaient après en avoir moulé une grande quantité. Pour mortier, ils usaient de la vase ou limon nommé asphalte, lequel ils faisaient chauffer avant de le mettre en œuvre. Ils maçonnèrent premièrement les bordures de la douve du fossé jusqu'à trente couches de briques entre lesquelles ils mettaient des lits de joncs cousus* et entrelacés. Ils bâtirent après la muraille de mêmes matières. Sur le haut de celle-ci, près des entablements, ils firent des petiteslogesetéchauguettes à l'oppositeTunede l'autre, laissant entre deux un espace pour la largeur d'un chariot. Cent portes percent celte muraille, lesquelles sont toutes de métal ainsi que leurs pivots, tourillons et architraves
« Le fleuve Euphrate divise la ville en deux parties,
1^ us TÏLIXS RETltrCTÉES
leqoel coulant des monUgnes d'Arménie se trooTe large et profond et ojule vers la mer Bonge avec une grande forée. De Tun et Tantrebord la muraille jette ses arêtes bienavant dans celui-ci, auxquelles se relient des donves faites de briques, qui régnent le long de chaque bord. La Tille est pleine de maisons à trois et quatre étages, elle est divisée par des rues droites et autres de telle sorte que celles qui la traversent aboutissent à la rivière : cliaque rue a une poterne d*airain dans la muraille de la douve. 11 y a autant de portes que de rues : elles sont toutes également d'airain et ouvrent sur le fleuve.
c La seconde muraille, celle qui entoure la ville en dedans, n'est guère moins forte que la première bien qu*elle soit plus étroite. 11 y a une clôtui'e au milieu de Tune des parties de la ville où est bâti le palais* royal ; celui-ci est entouré d'une grande et forte muraille. Dans Tautre partie est le temple de Jupiter. »
Ces superbes murailles concentriques ne durèrent pas longtemps après la conquête persane. Quoique les rois de la nouvelle dynastie prissent plaisir à habiter la fastueuse ville, ils avaient trop lieu de craindre l'insoumission de SCS habitants pour lui laisser toute sa force. Entamé par Cyrus, dépouillé par Darius, à demi renversé par Xerxés, le mur extérieur n'existait plus vers le quatrième siècle avant notre ère. Jérémie dit, et la prédiction devait s'accomplir : « Les murs de la grande Babel seront rasés jusqu'aux fondements et ses hautes portes seront brûlées par le feu. »
Lo mur de l'intérieur dura plus longtemps, peut-être jusqu^à l'époque d'Alexandre; mais les projets que le conquérant de l'Asie conçut au sujet du rétablissement de la ville dans son ancienne splendeur, ces projets moururent avec lui. Aujourd'hui une masse de briques entnHSi'>(*s, des tumulus vagues et que leur direction sufrit Houlo à caractériser en sont les traces uniques; et c'est au milieu do ruines informes qu'il faut chercher les restes
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des constructions que les Nabuchodonosor élevaient pour Téternité. « C'est la vengeance du Seigneur*. »
Au milieu même de ces ruines, à une distance assez grande de la ville de Hillah, dans une situation qui correspond à peu près à Tun des angles du grand quadrilatère formé par la muraille, une masse énorme attire l'œil vers le sud, comme une autre masse. Babil, l'attire d'autre part, vers le nord. Là encore le nom moderne éveille la curiosité : c'est le Birs-Niniroud (Tombeau de Nemrod). Cette curiosité se change en une attente anxieuse quand on sait que l'on a devant soi ce qui reste de la Tour de Babel.
« Pour aller au Birs-Nimroud, la route, dit M. Oppert, n'inspire pas un grand intérêt; mais ce qui domine l'esprit du voyageur, c'est l'aspect de l'immense ruine que l'on aperçoit bien loin au delà de TEuphrate à partir du Kasr-lkenderich, à moitié chemin entre Bagdad et Babylone. Le Birs-Nimroud apparaît bientôt après la sortie de Hillah, comme un^ montagne que l'on croit pouvoir atteindre immédiatement et qui recule toujours. Mais l'effet est bien plus saisissant quand l'atmosphère — et c'est le cas, à la pointe du jour et vers le soir, — est obscurcie par le brouillard. Alors on ne voit rien pendant une heure et demie ; tout à coup, le brouillard semble se déchirer comme un rideau et fait entrevoir la masse colossale du Birs-Nimroud, d'autant plus intéressante que son aspect frappe de plus prés et d'une manière complètement inattendue. »
Le Birs a encore aujourd'hui 46 mètres de hauteur. Des pans de murs, des débris de briques cuites, des blocs vitrifiés ne cubant pas moins de cent mètres, des éboulements à demi calcinés attestent l'immensité du monument, et la grandeur de la chute dans laquelle il a péri.
Un pan de mur, le plus important de tous, a encore