Jérémie
154 LES Villes nETtioLVÉEs
11 mètres et demi de hauteur sur 8 mètres de laideur. On peut y reconnaître la nature des matériaux et le soin apporté dans la construction. Briques rouges, ciment blanc et roseaux interposés répondent bien aux descriptions laissées par les anciens. Tout autour de la masse générale, des éboulements partiels sèment la plaine et forment une montueuse surface de poussière rouge et de briques en fragments. Le pourtour de la ruine à la base est de 700 mètres.
Les recherches de M. Oppert complétées plus tard par le colonel Rawlinson» amenèrent les découvertes les plus curieuses. Elles établissaient d*une façon inéluctable que le Birs-Nimroud n*était rien autre chose que le temple des sept lumières de la Terre, la Tour que Nabuchodonosor se vante d'avoir restaurée (après une première et ancienne destruction), la maison éternelle de Borsippa, le sanctuaire d*Apollon et d*Artémis, de Slrabon et d'Arrien, la tour d*Hérodote qui était, à Borsippa, considérée encore comme faisant partie de Babylone, en un mot le monument élevé sur remplacement et peut-être sur les bases de la Babel biblique.
« Mais il n*y avait sur la terre qu'une seule langue que tous les hommes parlaient. Et comme ils étaient partis de TOrient, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Sennaar et ils y habitèrent. Et ils se disaient les uns aux autres : « Allons, faisons des briques et cui- « sons-lesdanslefeu. » Us eurent donc des briques au lieu, de pierres et se servirent de bitume au lieu de ciment, et ils disaient : « Allons, faisons-nous une ville et une a tour dont le sommet touche au ciel et faisons-nous « un nom afin que nous ne soyons pas dispersés sur la « surface de toute la terre.
« Et Yahveh descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils de Thomme.
« Et Yahveh dit : « Voici, ils sont un seul peuple, et « une seule langue est pour tous, et ceci est le com- « mcncement de leurs œuvres, et maintenant rien ne
(( les empêcherait plus d'accomplir ce qu*ils auraient *( projeté.
« Allons ! descendons et confondons leur langage, que (( Tun n'entende plus le langage de Tautre.
« Et Yahveh les dispersa de là sur la surface de toute la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.
« C'est pour cela qu'on l'appela du nom de Babel, parce que là Yahveh confondit le langage de toute la terre et de là Yahveh les dispersa sur toute la surface de la terre. »
Hérodote à son tour avait donné de curieux détails sur le grand temple de Jupiter (Belus), l'honneur de Babylone. 11 l'avait vu' lui-même. G^était selon lui une série de tours superposées, en retraite les unes sur les autres. Au haut de l'édifice était construit un temple. Uans ce temple un lit en or et une table en or étaient toujours préparés, attendant la visite du dieu. En bas de l'édifice, il y avait un autre temple, où sur un autel se faisaient les sacrifices. Tout cela était couvert d'ornements el de lames en or que Xerxès enleva et fit fondre lors de la conquête.
Ce sanctuaire subsista longtemps encore. 11 était situé dans une sorte de faubourg de Babylone qui s'appelait Borsippa [Borsif). La tradition du moyen âge indiquait ce lieu comme celui où les langues s'étaient confondues, et les Talmudistes, qui perpétuèrent à Babylone le seul souvenir de la civilisation ancienne, rattachaient l'ètymologie du nom de Borsippa à cette idée de la confusion des langues (Balai, séfah).
Le Borsippa de l'antiquité est certainement le Birs- Nimroud actuel. La forme des ruines et jusqu'à certains détails des briques .coloriées, rencontrées aux différents étages du massif répondent bien aux descriptions des anciens auteurs.
Les inscriptions trouvées dans les ruines ne font que confirmer ces hypothèses.
M. Rawlinson a trouvé et M. Oppert a publié le pre-
mier cette inscription désonnais fameuse où Nabuchodonosor célèbre la fondation de Tédiûce. Les passages les plus importants étaient traduits ainsi qu*il suit :
a Nabuchodonosor, roi de Babylone, pasteur des peuples, etc.. Nous disons, Mérodach, le grand seigneur, m*a lui-même engendré, il m'a enjoint de reconstruire ses sanctuaires.... Le premier édifice qui est le temple des assises de la terre et auquel se rattache le plus ancien souvenir de Babylone, je Tai refait et terminé en briques et en cuivre, j'en ai relevé le faite.
« Nous disons pour Tautre qui est cet édifice-ci, le temple des sept lumières de la terre (les sept planètes) et auquel remonte le plus ancien souvenir de Borsippa : un roi antique le bâtit (on compte de là quarante-deux vies humaines. Mais il n'en éleva pas le faîte. Les hommes l'avaient abandonné depuis les jours du déluge, en désordre proférant letirs paroles. Le tremblement de terre et le tonnerre avaient ébranlé la brique crue, avaient fendu la brique cuite des revêtements; la brique crue des massifs s'était éboulée en formant, des collines. Le grand dieu Mérodach a engagé mon cœur à le rebâtir. Je n'en ai pas changé l'emplacement, je n'en ai pas altéré les fondations. Dans le mois du salut, au jour heureux, j'ai percé par dos arcades la brique crue des massifs et la brique cuite des revêtements. J'ai ajusté les rampes circulaires; j'ai inscrit la gloire de mon nom dans les frises des arcades.
(( J'ai mis la main à reconstiniire la tour, et à en élever le faîte ; comme jadis elle dut être, ainsi je l'ai refondue etrebâiie : comme elle dût être dans les temps éloignés, ainsi j'en ai élevé le sommet. »
On voit assez combien cette inscription, dans les termes de la traduction de M. Oppert, devait éveiller l'attention générale. Ne dût-on y reconnaître que la communauté d'origine des légendes juives et chaldéennes, que le résultat appliqué à un fait si précis et si grave eût été des plus importants. On le remarquera, ce n*était
SINIVË ET BABYLONË iSO
plus seulement la question de l'existence de la Tour de Babel qui était résolue par ce nouveau document; c'était le fait même de la dispersion des peuples à la suite de la confusion des langues. Certes l'affirmation d'un fait si grave, émanant des deux sources si diverses, si anciennes et si respectables, ne pouvait manquer de tenir une grande place dans l'histoire des civilisations anciennes et dans la théorie des origines du langage.
Malheureusement la traduction proposée par M. Oppert était peut-être un peu prématurée, et le parti qu'on en tira aussitôt dans des livres de polémique l'était plus encore. Une traduction nouvelle fut bientôt proposée, elle rallia tous les suffrages, même celui de M. Oppert. Voici celte nouvelle traduction. Peut-être n'est-elle pas encore exempte de quelques défauts, mais les points principaux ont été livrés à une discussion assez étroite pour qu'on les considère désormais comme acquis à la science :
{( Nabuchodonosor, etc. Je dis ceci : Le temple des sept lumières de la Terre, le Zigurrat de Barsippa, fut bâti par un roi ancien. Il couvrait 40 mesures de terre; mais il n'en éleva pas le faîte. Les hommes l'avaient abandonné depuis le jour de l'inondation^ dont ils n'avaient pas dirigé le cours. La pluie et les orages avaient dispersé les ouvrages d'argile, et les revêtements de ses murs. L'argile s'élait effondrée avec la terre et formait un monceau de ruines. Le grand dieu Marduk a excité mon cœur à le rebâtir. Je n'ai pas changé l'emplacement. Je n'ai pas touché à son timin. • v J'ai mis la main à cette reconstruclion; j'ai élevé le faîte (de l'édifice); je l'ai fondé, je l'ai reconstruit, comme il était jadis, comme il était dans les temps anciens et j'en ai élevé le faite*. »
On le voit, plus de traces, maintenant, de déluge ou de confusion des langues; l'un est devenu l'inondation