Menant, Babylone et la Chaldée, p
habituelle de TEuphrate; l'autre la négligence non moins habituelle des hommes. Les quarante-deux vies humaines sont devenues des mesures de longueur. Tout le reste du document, sans être absolument transformé, a pris ainsi, détails par détails, une signification tout autre, et d*ailleurs parfaitement raisonnable.
Peut-être devant cette explication, l'idée de la Tour de Babel rentre dans le domaine de la légende; mais il reste toujours, et c'est assez pour l'histoire, le souvenir d'un des plus anciens monuments de la Ghaldée et de la reconstruction entreprise par Nabuchodonosor.
En rapprochant les renseignements fournis par les inscriptions de l'état actuel de la ruine et des récits des anciens auteurs, M. Rawlinson a pu essayer une restauration du Temple des sept lumières, ou des sept planètes. C'était, comme nous l'apprend Nabuchodonosor lui-môme une Zigurrat.
On appelait ainsi un genre de monuments, spécial à la Ghaldée, dont l'ensemble formait une pyramide à étages, composée d'une série de terrasses superposées, en retraite l'une sur l'autre, la dernière plate-forme portant le sanctuaire de la divinité. Un de ces édifices, représentés sur les bas-reliefs de Babylone, a permis de se faire une idée très exacte de leur forme habituelle. Chacun des étages — ici au nombre de sept, — était consacré à une divinité spéciale, — ici chacune des planètes. Des couleurs diverses étaient consacrées à^ chacune d'entre elles et devaient être ici appliquées à chacun des étages successifs. C'était en partant de la base et en s'élevant progressivement : le noir pour Saturne, le blanc pour Vénus, l'orange pour Jupiter, le bleu pour Mercure, l'écarjate pour Mars, l'argent pour la Lune, et enfin l'or pour le Soleil. C'était à ce dernier dieu, le Bélus, le dieu suprême et comme la clef de voûte de l'Olympe babylonien que le temple, en somme, était dédié. C'était là que ses prêtres rendaient leurs oracles; c'était là que
s*accoinplissaîent les mystères trop souvent obscènes de la magie chaldéenne.
De tous les monuments babyloniens ce temple devait, si Ton en juge par la masse des ruines et par Tusage, être le plus important. Par suite de la légende qui s* y trouva de tout temps attachée ce fut, de tous, celui vers lequel Tattention de la science se porta principalement. De tous aussi ce fut le seul qui pût montrer encore des ruines ayant quelque forme, et dont les descriptions anciennes eussent entre elles quelque concordance.
On le voit, cependant, que d'incertitudes encore sur le caractère et l'aspect général du monument! combien peu nous suffisent ces seuls restes de tant de splendeurs qui sont parvenus jusqu'à nous. Est-ce là ce grand sanctuaire, sont-ce là ces monuments mei^veilleux, est-ce là cette fiabylone, « l'ombilic du monde », celle dont le nom est encore le synonyme du luxe le plus effréné et de la civilisation la plus raffinée?
Si le poète trouve dans ces débris une si vaine et si rare pâture à sa curiosité, l'archéologue n'y rencontrera-t-il point quelque satisfaction plus complète? Une colonne, un torse, un bas-relief à demi rongé suffisent pour révéler à son œil attentif les principes d'un art ancien, et l'idéal que d'autres hommes ont essayé de réaliser. Mais à Babylone, pas même une colonne, pas un bas-relief, pas un fragment satisfaisant d'une œuvre d'art importante.
C'est à peine, si de tant de recherches on a pu tirer cette unique conclusion certaine qui nous permet de nous représenter l'aspect des édifices de Babylone, à savoir que les édifices de cette capitale avaient une grande ressemblance avec ceux de Ninive ; ils ne devaient être que les produits d'une évolution dans un art dont les principes restaient au fond absolument identiques.
C'est donc à Ninive qu'il convient de retourner maintenant, et c'est dans les ruines de cette ville que nous
chercherons les véritables modèles des anciennes constructions et la théorie complète de Fidéal rêvé par les artistes d* Assyrie et de Ghaldèe.
Notre intention n'est nullement, d ailleurs, de donner ici un tableau exact et complet de l'ancienne ville» Nous ne le pourrions pas. Si heureux qu'aient été sur ce point les résultats des fouilles et des études qui les ont suivies on ne peut dire absolument que Ninive soit sortie de ses cendres, et qu'on puisse se faire une idée exacte de son état ancien. On discute même encore sur la véritable étendue de la ville, qui, semble-t-il, devait contenir plusieurs villes séparées par des champs et par des plantations, mais entourées d'une seule et immense circonvallation.
Ce que nous voulons c'est essayer de présenter une idée des arts et des mœurs du second empire assyrien, dont les rois les plus glorieux vécurent quoique huit siècles avant notre ère, et furent les contemporains des premiers successeurs de Salomon.
Le tableau que nous allons faire, nous Tempruotcrons surtout au livre de M. V. Place. M. V. Place, complétant les recherches de M. Botta, put retrouver dans son ensemble et dans ses détails les restes encore majestueux du palais du premier des Sargonides, Saryoukin ou Sargon, le père du Sennachéiib de la Bible.
Ce sont les restes de ce palais qui font on ce moment la plus belle partie do la collection des antiquités assyriennes du Louvre; collection bien incomplète, malheureusement, par suite du résultat déplorable et dc- ^ ^" 1* meure inexpliqué des envois de M. Placef mais suffisanle ^(x.' i*f v^5''••. encore pour donner une idée de l'idéal que concevaient a^ ^ - /fc 1 a. les anciens artistes assyriens, et de la perfection relative Y '^' \' ' qu'ils atteignaient dans l'exécution. Les remarques et les ;^V. • recherches de MM. Boita et Place se complètent par lest rai u. o vaux de M. Layard. C'est à ces différents livres que nous .j;.' 1^ *■ ^ renverrons, pour autoriser l'exposé très incomplet que '* nous allons faire, et pour en combler toutes les lacunes.
Vf.'iîf V
NINIVfi ET BABYLONE 143
Nous avons dit déjà qu*il y avait plusieurs causes à la disparition presque complète des anciens édifices de cette région. Celle de toutes qui leur fut la plus fatale, fut certainement la nature même de leur construction. A Babylonc, dans un pays de plaines alluviales, l'absence absolue de carrières réduisit les habitants à ne faire usage dans leurs constiHictions que de la brique cuite au soleil. Cette habitude une fois prise, elle s'étendit à tous les peuples de ces contrées qui prenaient à tâche d'imiter les splendeurs de la grande ville chaldéenne.
A Ninive même, où la pierre se trouvait en assez grande abondance, on s'en servit peu. On la réserva pour les motifs d'ornementation et de sculpture, pour tracer désalignés architecturales, pour former les linteaux des rares fenêtres percées dans la masse.
L'ensemble des constructions, même des plus splendides, fut en briques. La nature particulière de cet élément, sa division, sa légèreté, et, par contre, son émiettement et sa destruction faciles donnèrent à l'architecture assyrienne un caractère tout à fait particulier. L'ensemble est massif. Pas de ces lignes hardies et élancées, pas de ces colonnades à jour, pas de ces architraves à longues portées qui donnent à l'archiïecture égyptienne et surtout à Tarchiteclure grecque tant de jour et tant de mouvement. Le support iaolé n'existe pour ainsi dire pas. Le mur est tout , et ce sera dans la construction et l'ornementation du mur, partie généralement négligée et dédaignée, que brillera tout le savoir-faire et tout l'art des architectes assyriens.
Cette brique, cause d'infériorité manifeste, devient pour eux un sujet d'efforts nouveaux et le motif d'une ornementation peu durable peut-être, mais extrêmement éclatante. Ils deviennent excellents constructeurs, par la nécessité où ils sont de construire bien pour éviter une ruine rapide. Ils trouvent la voûte, que les Grecs n'ont pas connue, et qui ne reparaîtra que bien tard
144 LES VILLES RETROUTÊES
dans le progrès de rarchitecture européenne, ils trouvent même Tare brisé ou ogive qui est de toutes les formes d*arcs le plus léger à la fois et le plus résistant. Ces prodiges de construction sont revêtus de prodiges de décoration empruntés à tout ce que l'ornement polychrome peut fournir de plus éclatant et de plus splendide. On revient beaucoup de nos jours à remploi des terres cuites peintes et décorées. Or ce mode de décoration a été employé déjà avec tout Tart, avec tout le raffmemcnt imaginable ; et c'a été par ces anciens Ghaldéens et Assyriens dont les constructions depuis plusieurs milliers d'années dormaient sous la poussière, cachant dans leurs mines les exemples qui nous instruisent aujourd'hui.
Examinons un des monuments les plus importants conçus dans cet esprit. C'est le palais de Khorsabad bâti vers l'an 706 av. J.-C. par les prisonniers de guerre que le roi Sargon avait ramenés de ses conquêtes. M. Botta en a découvert le premier l'emplacement et les ruines en 1845, et l'expédition dirigée par M. V. Place à partir de 1850 a achevé l'œuvre du premier explorateur. Les recherches de M. Place ont été conduites d'une manière si heureuses qu'elles lui ont permis de déterminer jusque dans les moindres détails la physionomie de l'édifice et de ses environs. 11 a pu même, à l'aide des bas-reliefs assyriens qui représentent fréquemment des palais et des citadelles, tenter une restauration complète de l'édifice, restauration qui laisse peu de place à l'arbitraire. ^
Khorsabad était à la fois le château et la forteresse, Varx d'une ville qui semble elle-même avoir été construite d'un seul jet. Nous l'avons déjà dit, et nous le répétons, Khorsabad, par sa construction, sa destination et le faste qui y régnait présente plus d'un trait de ressemblance avec Versailles. Le roi Sargon dans une inscription qui a été retrouvée parmi les ruines, explique lui-même le but qu'il s'est proposée « Au pied
NINIVE Et BABïLONB
des monts Mousri, dit-il, pour remplacer Ninive, je fis d'après la volonté divine et le désir de mon cœur une ville que j'appelai Hisir-Sargon. Je l'ai consiruite pour qu'elle ressemble à Ninive, et les dieuE qui régnent dans la Mésopotamie ont bien les murailles superbes et les rues splendides de cette ville. Pour y appeler les habitants pour en inaugurer le temple et le palais où trAne sa majesté, j'ai choisi le nom; j'ai tracé l'enceinte et l'ai tracéed'aprés mon propre nom. i Ainsi, on le voit, cette ville nouvelle était destinée à remplacer Ninive, elle-même déjà en décadence. Sur une énorme motte amassée de main d'homme, on construisit une immense enceinte de forme géométrique flanquée de cent soixante-sept (ours qui, si nous en croyons les représentations des bas-reliefs anciens, étaient couronnées de crénaux dentelés, et percées d'archères seulement à leur partie supè-
146 LES TOLES RETROUYKES
L'importance de ces murailles elles-mêmes n'était en rien inférieure à l'idée que nous avaient donnée des fameuses murailles de Babylone, les récits des anciens que l'on aurait pu croire exagérés. Hautes de 25 métrés, larges de S4, elles formaient comme une immense route hérissée de créneaux tout autour de la place. Une armée entière pouvait s'y ranger en bataille et les chars y défiler par sept ou huit de front.
A une hauteur de plus de 40 mètres encore, s'élevait la citadelle ou le palais qui dominait toute l'enceinte. Avec ses proportions géométriques, il devait faire un effet plus singulier et plus étonnant encore. Il était à cheval sur la muraille d'enceinte et formait un rectangle dont une moitié mordait dans la ville et dont l'autre moitié s'étendait sur la campagne. Des fausses portes communiquaient même avec le dehors. On accédait à l'entrée principale par un chemin en pente douce tout entier bâti de main d*homme, et que l'on pouvait couper. Ainsi dans ce tas énorme de briques prenant peu de jour sur le dehors, monté sur un soubassement à pic, et dont l'épaisseur fatiguait le travail des machines de guerre les plus puissantes, au fond de ce palais inaccessible, résidaient ces monarques assyriens qui étonnaient et terrifiaient l'Asie.
D'ailleurs dans l'enceinte même, rien ne manquait aux besoins du roi, ni à ses plaisirs. Le palais était grand à la fois comme le Louvre et les Tuileries; à l'intérieur, des cours étaient ménagées pour les exercices des troupes et le déploiement des pompes triomphales. Plus de deux cent salles étaient disposées dans le massif et prenaient jour sur les cours intérieures.
H. Place a cru reconnaître que ce palais était divisé en cinq parties principales : le Sérail, où se tenait le roi au milieu de sa cour; le Harem^ où les femmes étaient enfermées sous la gardes des eunuques, par un usage encore habituel en Orient : ï Observatoire, au haut duquel s'élevait le temple du plus grand dieu de l'Assyrie,
ym\E ET bADYLOHE 147
Bal ou Bel. La description que nous avons donnée de la Tour de Babel peut s'appliquer dans des proportions moindres & cet Observatoire.
L'Observatoire dominait la quatrième partie du palais assyrien, le Temple. La cinquième partie, très vaste, très importante formait les dépendances. C'est là que
H. Place a pu reconnaître les magasins, les cuisines, les écuries, les salles de manège, les boulangeries, les pressoirs et tout ce qui servait à la vie du roi lui-môme et de son nombreux cnlourage.
Nous n'avons rien dit jusqu'ici de l'ornementation de cet imposant édifice.
De ce que la brique à peu près seule fut employée dans la construction, il ne faut pas conclure que Taspect général fût sombre. A Textérieur comme à rintérieur, le luxe le plus éclatant présidait à la décoration. Depuis le ras du sol jusqu'à une bauteur de trois mètres environ, régnait tout autour de rédifice un superbe cordon de bas-reliefs où se déroulait la représentation des exploits du roi et de ses triomphes. Cette magnifique bande de sculptures aboutissait, à chaque entrée, à de colossales statues rangées deux par deux ou quatre par quatre, et qui représentaient ces taureaux à tête d'homme, à ailes d*aigie, dont on peut voir deux magnifiques spécimens dans les galeries du Musée du Louvre.
C'est dans la représentation de ces taureaux divins dont les visages étaient, comme on le sait, les visages des rois, que s'épuisait le dernier effort des sculpteurs assyriens. C'est devant eux que l'on ressent tout entière l'impression de force et de majesté sombre qui se dégage en dernière analyse de l'étude des débris de cette civilisation mystérieuse. Un habile critique d'art, M. Maurice Joly, dit en parlant de ces colosses : « C'est dans ces splendides monolithes que l'art assyrien semble avoir atteint ses dernières limites. Ce n'est certes ni la variété inépuisable, ni la forme si vivante et si naturelle de l'art grec. C'est un travail marqué d'un sceau à part et qui en fait le principal charme à nos yeux; c'est la force et l'effet obtenus par l'économie des moyens. On ne voit pas le moindre tâtonnement de ciseau dans le modelé de ces flancs gigantesques, dans ces vastes poitrails d'animaux humains; le détail y est rendu par quelques traits d'une concision, d'une sûreté de main incomparables.
(( On ne trouve pas dans Texècution des taureaux ces lourdeurs de forme, ce manque de mouvement et ce faire de conventions qui se remarquent dans les basreliefs. Là, tout est net, tout est puissant, tout ressort
NlNiVE ET BÀBÏLONE
Le colosse Kheroub n
NIKIVE ET BÂBYLONE 151
avec la plénitude d'un art qui ne connaît pas d'entrave. »
Les sculpteurs assyriens étaient surtout des animaliers. Leurs lions, leurs chevaux, leurs dromadaires, n'ont pas été dépassés. Ils réussissaient généralement moins bien dans les scènes où la représentation de rhomme joue le principal rôle. Dans leurs bas-reliefs Tabsence absolue de perspective qui fait que les sujets grimpent pour ainsi dire et s'étagent les uns au-dessus des autres produit au premier abord un effet choquant. Mais il n*est pas moins vrai que quand on les regarde avec attention la réalité et le naturel des images, la finesse et l'élégance réelle de certains détails, et surtout la richesse et la majesté de l'ensemble produisent une grande impression.
Nous emprunterons à M. Place lui-môme, la magnifique description qu'il a faite des bas-reliefs de Khorsabad. Personne n'est plus compétent et n'a pu s'exprimer plus heureusement que celui qui a assisté à la résurrection de ces antiques débris et qui les a vus sortir de terre tels qu'ils s'étaient enfouis, il y a plus de deux siècles et demi.
« En considérant l'ensemble des bas-reliefs d'un palais ninivile, on ne peut mieux le comparer qu'à un poème épique célébrant la gloire du fondateur. C'est lui le héros de ces longs récits ; et il est toujours en scène et tout s'y rapportée sa personne. Comme dans les poèmes écrits, l'épopée débute par une sorte d'invocation aux esprits supérieurs représentés par les figures sacrées qui occupent les seuils. Après cette pensée donnée aux génies protecteurs de l'Assyrie on passerait à la narration elle-même. Pendant de longues heures,rinlérét se trouvait surexcité par une succession d'épisodes émouvants. Peuples de soldats, les Ninivites se complaisaient dans ces souvenirs qui flattaient l'araour-propre du prince et entretenaient l'esprit belliqueux de la nation.
(( Les façades les plus longues du palais, celles des
192 LES fOXRS METROITTÉES
coars et des grandes galeries qni s'offraient les pre>^ iniéres sar ritinéraire des lisitears, sont Tooées de préférence aox manifestations de la pmnpe souTeraine. Ces cérémonies exécutées presque toojoars dans des pro* portions colossales» montrent de longues files de prisonniers ou de tributaires se dirigeant vers le monarque. Celui-cit reconnaissable à la place qu'il occupe, à son entourage, à ses insignes, à son attitude, reçoit ces hommages avec un calme, ou pour mieux dire, avec une placidité presque dédaigneuse. 11 est tantôt debout, tantôt assis sur son trône, entouré de ses officiers et de ses serviteurs. Les personnages s*y suivent processionnellement sans confusion, sans précipitation et gardent quelque chose de celte froideur hautaine qui devait si* gnaler les réceptions royales.
tt C'est plus loin, dans des salles plus petites et sur une plus petite échelle que le drame commence et que Fartiste manifeste plus d*entrain, de verve et d*invention. Marches, batailles, escalades de montagnes, constructions de digues, passages de rivières, se suivent nombreux et pressés, racontés en quelques traits expressifs. Ici, la mêlée est terrible et les guerriers luttent corps à corps; là, couverts de boucliers, ils combattent à distance avec Tare et la fronde, Tair est sillonné de flèches et de projectiles; plus loin les blessés et les morts jonchent le sol ou sont précipités dans les flots, ou écrasés sous les roues des chars; on voit même des vautours qui déchirent les entrailles des cadavres.
(( Le roi prend part au combat, quelquefois à pied ou A cheval, le plus souvent sur un char attelé de coursiers magniflques. Parfois un dieu figuré dans un disque ailé, ou bien un aigle qui plane au-dessus de la tiHo. du monarque, semblent prendre parti pour les Assyriens. Ailleurs c*est une ville attaquée. L*assaut se prèpaiHî ; les machines de guerre battent la muraille ; les mineurs creusent la maçonnerie; les assiégés se défendent encore avec des pierres, des liquides brûlants
NINIVE ET BABYLOMB 155
des torches, des chaînes pour détourner les machines ou enfin, réduits à la dernière extrémité, les mains levées
au ciel, ils implorent la clémence des vainqueurs; mais ceux-ci sont impitoyables ; on les voit, chargés de butin, chasser devant eux des hordes de prisonniers,
parmi lesquels se pressent, pêle-méle, des hommes et des femmes, traînant leurs enfants par la main ou les portant sur leurs épaules, suivis de leurs troupeaux et prenant le chemin de Texil pour aller travailler aux monuments que le vainqueur élèvera bientôt en souvenir de cette nouvelle conquête.
« Voici, en effet, le roi lui-même qui préside à la construction du palais. Il commande et ses soldats, le bâton levé, surveillent sur le chantier une multitude d'esclaves qui pétrissent l'argile, façonnent la brique et la transportent sur leurs épaules. Le monticule artificiel s*é1ève et déjà les monolithes gigantesques sont traînés péniblement par de longues files de travailleurs attelés; puis ce sont de nouvelles guerres, de nouveaut triomphes : l'artiste ne se fatigue jamais de ces images et trouve toujours une manière nouvelle de les traiter. Et toujours quelle réalité saisissante I
(( Après le carnage de l'action, on assiste à des vengeances impitoyables. Ce sont des prisonniers écorchés vifs, sciés en deux, empalés, mis en croix, ou qui ont la tête tranchée en présence du monarque pendant qu'un scribe impassible inscrit froidement sur un papyrus le compte des têtes qui s'araoncèlent. Gomme dernier trait, pour peindre ces conquérants barbares, le roi, de sa propre main, crève les yeux d'un captif qu'on lui amène un anneau passé dans les lèvres. Narrateur fidèle, le sculpteur ne cherche jamais à atténuer les horreurs qu'il présente et qui du reste étaient racontées tout au long dans les inscriptions. 11 les exprime avec une brutalité naïve bien propre à nous faire comprendre la terreur qu'inspiraient les Assyriens, et dont les livres saints contiennent tant de témoignages.
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fi s ht Ufu tii\'y/nK d»; carnage, il offre aux dieux les pr/rni//'^ d^ *ri r:h;H*f% ou bif»n il se livre an repos. On i« vod rHir/î au fond du hari»m, à demi couché sur MM ht ^hu\y\\u*ux d^'vnnt une table chargée de mets. La rt'hM\ t\^^m* i*n farte de hii, prend pari au festin. La |Y'l/i rtti /t^,iy/»n p«r de jeunes esclaves accompagnant liMirtt voU dj'M iMtrordM do la harpe, Tinslrument pré- IVtiA dn^ |i(iMo»i bibliques. Mais ce tableau, tiré de hnyiMMidjIli n'a pan rlé vu A Kliorsabad où le terrible
TONIVE ET BABYLONE
Sargon n'apparait jamais que dans Téclat de sa majesté royale.
<( D'autres bas-reliefs nous font assister au détail de la vie privée de ses sujets. Des intérieurs de villes ou de maisons mis à découvert en vertu d'une coupe géométraie très singulière nous montrent les Assyriens occupés des soins les plus vulgaires de leur ménage, dressant
La chasse du roi à Koyoundjik.
les lits, faisant rôtir les viandes, pansant les chevaux et se livrant à divers métiers; ou bien ce sont encore des gens en marche avec leurs chariots remplis par des familles, chargés de grains, d'objets divers, et traînés par des bœufs où il nous semble reconnaître la race des bœufs à bosse de Tlnde; ou bien encore, c'est une halte dans laquelle les animaux dételés se reposent et man-
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f\(» if>*\U'r *"«t vie '^ ni à •' i l'Ioinmie dans les arts <i** a 'W*r^ i n^n iriiiiie iaiis a-s v.iueer* du Tîcireet de
Vi-4#"-i*<iis ip ia blinde de briuues* eniin. le reste de \ "f\,,WA *^Mt r^%vt.i 'l'in ^r.i»ta:re Dun*! qui par endroits /*U\t r/>ir''»rt dés pi.iri pilules peintiir»^s à fresque.
Or» r/,rf\^,ro',ud rr.air;îr*nant q i-^l effet p<)uvait produire A |V»<f/'ri^j»f U f/>nt>^nfïplation à la foii écrasante dans la rri;»<Hr», v.iri/^e ^ arnuaanre danâ les détails, du palais
d'un ro'i ti%<^p\f'U*
(>< fm«;- tf'Vu'h (d cj"^ pfîirilures représentaient au peuple d/ '^ hnl«» fir/'« iU'  propre histoire. S'il y voyait le roi Innihiir» MM (Mornirr rflfijç dans les images, comme il mvmII M^ «m premier rnnj( dans les batailles, il y retrouvmII Mimsl r^o^ pioptoH exploits glorifiés et le détail de sa Oo |iim'Midl»'»ro rpprôHonli'o avec la plus fidèle exactitude.
«INIVE ET BABÏLONE 157
C'est là que nous avons pu recueillir à notre lour les renseigneraenls les plus précis sur la vie habituelle et sur les mœurs de cf s peuples étranges. Nous y avons rtilrouvé leur mythologie singulière qui tientd'ailleiirs dans les décorations une place beaucoup moins grande que dans celle des Égyptiens. On pense cependant que la conception qu'ils ont eue de la divinité et les repré-
sentations diverses qu'ils en ont faites n'a pas été sans influence sur la religion et sur l'art des Hellènes. L'adoration des astres jouait un r61e important chez un peuple qui dès la plus haute antiquité avait constitué l'année lunaire et composé te zodiaque. L'idée d'un dieu unique et roi des autres dieux Bel ou Bal, Dieu saint et pur comme le feu, planait sur cette théologie bizarre, fruit des conr^ptions des prêtres et des mages assyriens et chaldéena.
\^< •- ;.,. '-: fi C> s-r>-'.r- *• r*^:*-?^ I '^I. Tî*^ dl~t :
î ij» »*!.»> <ii#»ijc.'îij':^ û* i»uf 1*^ p'■♦•âu^^ dt ii ifsre,
ifi.', iVL <î i-r. *?: 'u*: j»ri»'^a^ cjiii^entîe ;»w k^ propres joi*t 'A<rru ;vj>ît ..^fc b'vj**iic^ tîi ij:»tLizii'*at dans l'astrofi'y,'At. ï K,:i'jti\fr...H. ih irtî^':;^*"- elc-; i'QSâ£:e antiqae 4<î rM;KSj<i, I ^jL^ji^z-jC-r a- conir:.Terdajis les palais et |/4fjji «Oi- Oî>fjî& l<?fc îuh/*>jn}: parue uliêres des bibliothèijMi'fc UiU*i^ iii* ï$ivyhi'>, dti Uititt cuite sur lesquelles étaient (/f H ^ii^i\fM> i'Mt iii:Utiéth i'MfmUnrutii ; Unt d'éléments de pro- I^M'b djvifi'ti ai iuniiïtinîth H\H\(ini poussé à un haut degré du biiUiudmv le» civiiibalioiis ninivite et babylonienne.
MHIVE ET BABYLOnE 150
Pour NinïTC, ses restes mêmes, si abondants en monuments, en sculptures, en peintures, en objets de prix, en objets ttsuels, conftiinqiient par la vue même
des choses. Pour Babylone, la seule réputation qu'elle a laissée, si bien que son nom est encore le symbole d'un luxe effréné, confirme plus encore, s'il est possible, les
LES TILLES RETBODYEES
renseignements un peu plus rares que les fouilles ont produits an grand jour. D'ailleurs les ruines des yllles voisines Warka (Orchoé), Kutha, Niffer, abondantes en poteries, bijoux, pierres artistement trayaiilées, objets
Bijoux et amulettes.
en verre et en bronze complètent l'idée que Ton peut se faire de la capitale.
Tandis que les troupeaux de TArabie apportaient leur laine et leurs toisons, que TArménie envoyait ses bois et ses vins, que les parfums de l'Inde et de l'Arabie venaient entre les mains des habiles ouvriers chaldéens se transformer en un baume dont la renommée s'étendait au loin, Babyloneàson tour, exportait les tissus de laine*
les manteaux de Babylone, les armes, les pierres taillées. Les Phéniciens étaient le plus souvent les intermédiaires de ce grand mouvement d*échange, et rien ne prouve mieux l'antiquité et Tétendue du commerce des Babyloniens que Tadoption de leurs poids et de leurs mesures par. les Assyriens, par les Phéniciens, par les Juifs, par les Syriens, par les Lydiens et plus tard, indirectement, par les Grecs et par les Sabéens de l'Arabie méridionale ^ Quelques traits empruntés aux écrivains antiques nous permettront de compléter Timage des mœurs babyloniennes. Tout dans leurs habitudes comme dans leur extérieur révélait un peuple antique riche et puissant. Leur habillement était élégant et commode. « Par-dessus une chemise de lin on mettait une longue robe de laine qui tombait sur la cheville et qu'une ceinture serrait à la taille; on couvrait le tout d*un petit manteau blanc. Les cheveux étaient longs et retenus par une bandelette pendante. L'usage des baumes de myrrhe et de l'huile de sésameétait général. Chacun portait un anneau qui lu! servait de cachet et un bâton artistement travaillé, dont le )iaut était ordonné d'une pomme, d'une rose, d'un lis ou d'un aigle sculpté'. »