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Max Duncker, Hist, de l'antiquité

2. Ezéchiel, xxiu, 15 ; Hérodote, I, cxcv ; Sirabon, p. 745, 740.

Il y a cinquante ans à peine, la Bible et les poèmes d*Homère étaient placés à Textrême fin des souvenirs des anciens âges, et, comme des phares isolés, jetaient à peine une trouble lumière sur la vaste mer des histoires. Autour de ces deux livres, s'étageaient de vagues traditions, des ouï-dire fabuleux ou mythologiques, qui ne pouvaient compter que pour des reflets vagues et décolorés des souvenirs d'autrefois.

Depuis la lecture de la pierre de Rosette, par Champollion le Jeune, et les premières études de Cuvier sur les âges préhistoriques, le spectacle s'est transformé. L'horizon de l'histoire s'est trouvé reculé d'une distance — on peut dire le mot — épouvantable. Ces deux livres qui semblaient si antiques, si vénérables et si mystérieux, se sont trouvés en quelque sorte rapprochés de nous, en raison même du gouffre effrayiint qui s'ouvrait derrière eux.

Leur autorité a paru raffermie, éclairée encore par les découvertes modernes; mille traits de lumière ont convergé vers ces centres toujours immuables et ont ajouté à leur éclat. La Bible et les poèmes d'Homère sont restés un des plus dignes sujets d'étude, tandis que les moyens de les étudier se multipliaient pour le travailleur.

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Pour ou <^»rjtre celte thèse, lien dt^ arrurat-nls oril ♦rUr *fnl<jv»>éfe i uij i»ur 1 autre. La question rc-^me n'esl p'4¥ fisif'jjjd IraDchée. et si dans l'antiquité neuf Tilles hH djv^putaientJtJoiJDeur d'avoir donné le jour à Ht^nière, d<f» villeken nombre au moins égal pourraient bientôt rhAamitr i^U'ài'Aine^ léjritirneinenl leur Homère.

Une quebtion plus irapoilante au point de vue historique a ét^ de savoir si les faits racontés par Ylliade iilHÏmi rhtÏH, »'i\ n'y avait point là une floraison magnifique sortie du cerveau du poète, comme la Minerve Hti'ii Kortie tout armée de la tète de Jupiter; si ce n'était point plutôt encore une application à des faits de la vie commune, d'une série d'idées mythologiques «inprunléeH au fonds abondant de Timagination grecque u ntnarite doH fables ».

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llion a-t-elie réellement existé? Les Grecs et les Troyens ont-ils réellement cotiibaltu pendant dix ans sous ses murailles? Sonl-ce des fables que la colère d'Achille et les pérégrinations d'Ulysse? — Que d'encre n^a-t-on pas versée pour tirer d'Homère lui-même la réponse à ces diverses questions !

Dernier problème enîiti : Si, comme il est raisonnable de le penser, Troie a existé réellement; si l'on suppose que le poète s'est contenté de charger des plus riches couleurs une trame de faits réels dont la tradition lui avait apporté le souvenir, quelle est la mesure dans laquelle l'histoire doit accepter ces récits? Le poète a-t-il été, ou peu s'en faut, contemporain des événements? L'empire de Troie, et cette guerre fameuse qui l'a renversé, ont-ils eu Tiraportance que le poète leur accorde? Comment savoir ce qu'était llion? Ou plutôt en quel lieu précis, sur quelle partie du rivage de l'Asie Mineure existait-elle ? Homère en a-t-il vu les restes? Est-ce sur ses véritables ruines que Xerxès, et Alexandre, et Caracalla ont offert des sacrifices aux dieux et iinmolé des hécalombes en Thonneur des anciens héros? Ne nous reste-t-il aucune trace, aucun vestige de la royale cité de Pergame? Ne pouvons-nous dire nettement : C'est là que fut Troie; ou devons-nous accepter enfm dans son sens complet et dans sa mélancolique résignation le mot de Virgile : « Etiam periere mince. »

Ce qu'il a été entassé de volumes pour répondre à ces diverses questions fonnerait une muraille assez puissante pour protéger, une fois encon*, les Grecs assiégés dans leur camp par les Troyens victorieux. Depuis la plus haute antiquité, l'emplairementde Troie a été l'objet de nombreuses discussions ; les acci«lenls topographiques qu'indiquent les chants d'Homère ont été examinés un à un par le menu ; des traditions, dans un sens ou dans l'autre, se sont établies ; les érudits ont embrouillé la question à qui mieux mieux, et quand enfm

la science allemande s*y fut appliquée, on atteignit le maximum de Térudition critique; c^est-à-dire qu'on fi*y put définitivement plus rien comprendre.

C'est qu'en réalité deux qualités importantes maU'*quaient à tous ces ingénieux et appliqués commentateurs : le sens réel de l'histoire et la YéritaMe méthode. Le respect du poète les aveuglait jusqu'à -oèt excès de vouloir faire de lui un annaliste exact et un archéologue à leur image. C'est à lui seul qu'ils voulaient demander l'explication des difficultés que pré^ sentait son récit; ils ne songeaient pas assez à s'entourer des renseignements extérieurs qui pouvaient Téclaircir, et encore moins à pratiquer sur les choses qu'il a mentionnées des recherches directes qui pouvaient donner la juste mesure de la fidélité de son témoignage.

Aujourd'hui les progrès considérables des études d'histoire ancienne, et l'habitude — devenue presque une mode, — des fouilles et des excavations sur les lieux illustrés par les civilisations anciennes, ont permis d'avancer vile dans l'explication réelle du texte homérique. 11 faut ajouter à ces diverses causes, le désintéressement honorable d'un particulier, M. Schliemann qui, à ses propres frais, a poursuivi une série de recherches coûteuses, destinées à renouveler complètement les bases de la question.

Aujourd'hui M. Schliemann a découvert et mis au jour des ruines importantes qui sont probablement celles de Troie, et qui, si elles sont autre chose, jettent à coup sûr un jour tout nouveau sur les mœurs et le degré de civilisatien des peuples dont Homère a chanté les hauts faits.

La première conclusion indiscutable qui sort de l'étude des éléments nouveaux apportés à l'histoire, c'est qu'Homère lui-même n'a pas connu le véritable état des peuples Troyens et Grecs au moment du siège d'Hion.

Il ne les a pas plus connus que les gens du moyen âge ne connaissaient les Romains, que Paul Yéronèse ne connaissait le costume des Juifs réunis aux Noces de €anaj que les poètes du temps de Louis XIV oe se rendaient compte des mœurs turques sous Bajazet, que Shakespeare n'avait étudié les habitudes et le langage des contemporains dô César, et, pour prendre un exemple dans un même ordre d'idées, que l'auteur de la Chanson de Roland n'avait l'idée de la véritable histoire de Gharlemagne et de celle de son illustre neveu.

Homère a vécu longtemps après la ruine de Troie. S'il en fallait la preuve nous la trouverions dans divers passages de V Iliade. De ces passages il en est même qui s'appliquent directement à la topographie de la ville et à son histoire postérieure.

Ainsi quand Hector a chassé les Grecs jusque sur leurs vaisseaux et que ceux-ci, pour se protéger une attaque imminente, construisent un mur en avant de leur camp, Homère fait intervenir Neptune auprès de Jupiter. Le dieu de la mer se plaint de cette construction et demande qu'on l'empêche; car, dit-il, ce mur l'emportera sur ceux que j'ai moi-même construits avec l'aide d'Apollon et notre gloire en sera ternie! Mais Jupiter lui répond : « Rassure-toi. Qui pourra ternir ta gloire? Laisse seulement ce mur debout tant que les Achéens combattront devant Troie; dès qu'il auront pris la ville et qu'ils auront regagné leur chère pairie, alors détruis-le, ensevelis-le sous la mer, couvre endn le grand rivage de tes sables afin que disparaisse complètement l'immense mur des Achéens*. »

Plus tard, Homère revient encore sur cette idée. Au début du chant XH, il raconte comment, après la prise de Troie, ce mur fut détruit par Neptune et Apollon : « Tous les fleuves, dit-il, que le mont Ida jette dans la

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