‹ Les villes retrouveés:Chapitre 30 sur 39 · I. V. Lenorinand, Antiq. i/e ia Trondr^ p · texte numérisé non relu

I. V. Lenorinand, Antiq. i/e ia Trondr^ p

TROIE i75

tait pas, que le palais pourrait bien n'être qu'une maison particulière; que cette ville immense dont parle Homère fut un bourg pouvant à peine contenir 5 à 6000 habitants ; que la Pergame, la forteresse tant vantée par le poète n'a laissé ici que des traces bien rudes et bien grossières, et qu'enfin les fouilles faites en un lieu qu'on a de fortes raisons de prendre pour l'emplacement de Ti'pie, n'ont aucune ressemblance avec la Troie que Ton pouvait s'imaginer d*après Tlliade.

De ces résultats à la conclusion que nous essayons d'établir, qu'Homère en réalité ne se faisait guère une idée plus juste que nous-mêmes de la situation et de l'histoire du peuple qu'il a chanté, il n'y avait qu'un pas. M. Schliemaim n'a pas osé le faire, et son livre va ainsi, de désaveu en désaveu, jusqu'à la fin, tandis qu'il suffisait d'un mot pour tout éclaircir et tout coordonner. •

Quand à nous, nous pensons que toute conclusion étroite tirée uniquement des vers d'Homère doit être mise en doute. Que l'on recherche aujourd'hui les sources du Scamandre ou le cours du Simois dans un pays remué et bouleversé depuis des siècles par la mobilité du terrain et la fréquence des inondations, celle recherche nous semble presque vaine. Que l'on accepte avec M. Schliemann que U Scamandre a changé de Ht plusieurs fois, — ce qui est probable, — ou que l'on pense avec M. d'Eichlhal que son cours a été dérivé par la main des hommes, — ce qui est possible également, — toutes ces hypothèses nous semblent faites pour introduire des éléments do Irouble dans le débat, bien plus que pour l'élucider.

Ce n'est point ainsi qu'il convient de procéder. Avouons qu'il ne faut chercher dans ïJliade que le souvenir vague d'une tradition antique, confirmée en certains points par l'examen qu'Homère put faire des lieux où s'étaient accomplis les exploits, mais altérée en d'autres, par le riche débordement d'une poésie

pleine d'hyperboles, et que la connaissance de civilisations plus avancées doit à chaque instant nous rendre suspecte.

En an mot, en tenant compte, dans une juste mesure, de la tradition d^Homère^ appuyons-nous surtout sur les faits historiques que peuvent nous fournir les documents voisins et les lieux eux-mêmes, étudiés avec une méthode plus sévère.

En procédant ainsi nous trouverons tout d* abord une réponse formelle à la première question que les considérations nous amènent naturellement à poser : Troie a-t-elle existé réellement?

Oui, Troie a existé, et l'empire des Troyens a été considérable, puissant, dès les âges les plus reculés. Ce sont les récits des Egyptiens qui nous rapprennent. En effet, du temps de Ramsès II, le plus illustre parmi les Pharaons, et dont nous avons cité le nom fréquemment, des peuples nombreux venus de TAsie Mineure se ruèrent sur les frontières de l'empire Égyptien. Le poème du Pentaour en donne la liste, et les égyptologues les plus compétents s'entendent à lire et à traduire certains noms ainsi qu'il suit : Les Dardani (Dardaniens), Ilouna (llion), Paddsa (Pedasus). Us sont voisins des Leka (Lyciens), des Masa (Mysiens), et d'Akerit (les Kariens). Or, cette liste n'est rien autre que celle des peuples dont on trouve le dénombrement au chant H de VIliade comme prenant part à la défense de Troie*.

Ce n'est pas tout : sur les murs de Medinet-IIabou. Ramsès III faisant graver ses exploits, représentait encore les Teucrieiu comme un des plus puissants parmi les peuples maritimes qui attaquaient son empire.

L'existence des Troyens vers le treizième et le quinzième siècle avant Jésus-Christ est donc mise hors de doute. La véracité d'Homère sur ce point est donc confirmée; mais, par contre, la reproduction, que Ton

Page 1