‹ Les villes retrouveés:Chapitre 7 sur 39 · Renan · texte numérisé non relu

Renan

de l'Assyrie une rude résistance; la plupart d'entre elles existent encore aujourd'hui et attestent la prodigieuse vitalité qui émane de ces fertiles provinces.

Nous avons déjà cité Kadesh; il faut ajouter Tibeskah qui devient plus tard la célèbre et opulente Baalbek ou Heliopolis, la ville du soleil. Ses ruines entassées sont encore aujourd'hui un des grands spectales de TOrienl. Les Romains y ont, dans les temps postérieurs, épuisé tous les efforts, comme s'ils avaient voulu tenter d'effacer par l'étalage de leur luxe et de leur puissance celle des anciens rois qui avaient embelli les contrées voisines.

11 faut enfin citer la ville des villes, celle que son influence morale sur le monde a mise en un plus haut degré de gloire entre toutes ses sœurs, celle vers laquelle se tournent encore avec respect et avec amour les yeux de la moitié du monde occidental, Jérusalem.

Chacune des villes de la Syrie et de la Palestine était à la tête de petits États tantôt confédérés, tantôt ennemis. Cette région présentait à peu prés l'aspect politique de l'Italie au moyen âge. Divisés entre eux ces fils d'un même sol résistaient mal aux invasions étrangères que leurs dissensions attiraient même quelquefois. Par contre chacun de ces petits États avait une activité presonnelle, une force d'absorption et d'expansion qui en devait en faire au plus haut degré les intermédiaires, les instructeurs et les colonisateurs de l'Ancien Monde.

Il n'est pas inutile de constater qu'en dehors de Baalbek, qui est toute moderne relativement, nous ne trouvons pas ici les ruines magnifiques dont le vaste spectacle appelle la curiosité du voyageur et l'étude de l'historien. H a fallu toute la reconnaissante attention que mérite de l'Occident la patrie de Cadmus, la mère du commerce, de la religion, la colonisatrice des bords méditerranéens pour que des savants éminents s'appliquassent à relever les traces relativement minimes de cette ancienne civilisation. Les Phéniciens construisaient

LES VILLES ANCIENNES iO

peu OU plutôt construisaient mal. Des huttes faites de bois et d*argile les abritaient tous.

La mission en Phénicie, dirigée par M. Renan, n'a trouvé que des traces bien incomplètes de leur ancienne architecture. On a voulu leur en faire un reproche : t Si l'architecture, a-t-on dit, est le critérium le plus sûr de l'honnêteté, du sérieux, du jugement d'une nation ; si l'historien peut juger les peuples et les époques par la solidité et la beauté des édifices qu'ils ont laissés, c'est seulement par le défaut de ces qualités chez les Phéniciens qu'on peut s'expliquer le néant de leur œuvre d'architecture* ».

Ce jugement est sévère et j'ajouterai qu'il me semble reposer sur une erreur d'argumentation. Non, les monuments durables ne sont pas toujours le critérium le plus sûr de rhonnéteté, du sérieux et du bon sens chez un peuple. lis ne sont souvent au contraire que les témoins immortels de la folie d'un despote et du malheur de ses sujets.

Je n'en veux citer qu'un exemple; c'est le plus éclatant de tous : Qui a construit les Pyramides de Giseh? Est-ce une Egypte sage, réglée, développant librement la nature de son génie propre et de sa civilisation? Non; c'est la fantaisie barbare de quelques Pharaons maudits par leurs sujets, et qui n'ont pas même trouvé dans les flancs de ces édifices l'orgueilleux tombeau qu'ils prétendaient s'y réserver.

Certes, toutes ces ruines anciennes sont étonnantes. Méritent-elles l'admiration du sage? J'en doute. Que de misères ne représentent-elles pas I L'amas de douleurs qu*a coûtées leur construction ne dépasserait-il pas la plus haute d'entre elles de plus de cent coudés? On s'étonne, et nous aurons l'occasion de nous étonner plus d'une fois, devant ces prodiges de la force. On s'écrie : Quelle civilisation avancée! Pourrions-nous soulever de tels

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