‹ Les villes retrouveés:Chapitre 8 sur 39 · J. Soury, Étudei hiêloriques, p · texte numérisé non relu

J. Soury, Étudei hiêloriques, p

ÎO INTRODUCTION

blocs? Ne sommes-nous pas dégénérés? — Non pas; disons-le ici, une fois pour toutes. Tant de monuments merveilleux mettent souvent au cœur, une grande tristesse. Si c'est une bien glorieuse histoire que celle des rois qui les projetèrent, c'est une bien mélancolique histoire que celle des malheureux — sujets ou prisonniers — qui les élevèrent. Cet idéal de l'architecture ancienne, qui consistait à faire colossal et éternel, est une préoccupation de peuples jeunes et presque de barbares; le résultat atteint n*est nullement à Comparer avec l'effort dépensé.

H y a dans les carrières voisines de Baalbek d'immenses blocs de marbre, monolithes taillés de la main des anciens peuples. Ils sont tout prêts, bons à être transportés et mis en place ; cependant ils sont restés là ;. la force a manqué à ceux qui les avaient choisis. Cette fois le rêve despotique a été plus loin que le possible. Le tyran a été battu par la nature. On a cru que ces blocâ avaient été façonnés ainsi par les Romains. De. leur énormilé môme, M. Oppert conclut avec raison que ce n'est point à eux qu'il faut les attribuer. Ils avaient le sens de l'utile et du pratique trop développé pour tenter une pareille folie ; ils eussent coupé ces blocs en plusieurs morceaux faciles à transporter, quitte à les ajuster et à les rejoindre par du ciment quand ils eussent été en place. Et cependant les Romains étaient — même en architecture, — un peuple plein de sérieux et de jugement.

11 en fut ainsi des Phéniciens; race de commerçants et d'industriels avant tout, ils devaient avoir le sens très éveillé pour les choses utiles, possibles.

Certes, ils n'ignoraieut ni Tari ni la science ; ce sont leurs architectes que Salomon fit venir pour bâtir le temple de Jérusalem. Ils ont instruit les premiers ouvriers de Grèce, ils savaient bâtir, décorer, orner avec goût, ils mélangeaient adroitement la pierre, le bois et le métal dans leui's conslruclions; mais l'effort

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qu'ils dépensaient était toujours en proportion de ce qu*iJs voulaient et de ce qu'ils pouvaient.

Leurs villes devaient être belles ; les ruines de ces villes sont peu intéressantes, faut-il le regretter ? Oui peut-être pour les archéologues; mais non certainement pour l'ancien peuple phénicien lui-même, et non encore au point de vue réel de la civilisation. Car en somme si les Phéniciens n'avaient pas été ces hardis commerçants, ces navigateurs audacieux, tenant peu au sol, rapides à l'ouvrage, prompts dans le dessein, plus prompts encore dans l'exécution, tirant habilement parti des circonstances actuelles et sachant y conformer leurs besoins et leurs ambitions, ils n'eussent point eu d'occasion de porter loin de chez eux ces arts et ces sciences qu'ils avaient inventés ou qu'ils avaient empruntés à leurs voisins plus immobiles. Ce n'est pas l'Egypte qui a instruit le monde, quoi qu'en ait dit la Grèce menteuse. En réalité c'est la Phénicie; et les descendants des Pélasges, des Hellènes et des Gaulois doivent se féliciter encore du génie hardi, industriel, mercantile, si l'on veut, qui lança sur les mers la cornmunicative civilisation des Phéniciens.

La colonisation phénicienne. — Sur toute la ceinture du bassin méditerranéen les hardis marins de la Syrie portèrent l'influence féconde du vieil Orient. Ce furent eux qui, avec Gadmus, « l'inventeur des lettres », fondèrent Tlièbes, et instruisirent la Grèce. Toutes les îles de l'Archipel leur appartinrent.

Sur la côte de l'Asie Mineure ils trouvèrent, déjà établi, un empire puissant, qui sous le nom de royaume de Midas est resté célèbre dans les légendes de la Grèce; il ne fallut pas moins que l'épée d'Alexandre pour trancher le nœud gordien, seul souvenir de cette antique domination. « Près des sources du Sangarios, en Phrygie, un voyageur anglais, Leake, découvrit au commencement du siècle une vallée pleine de tombeaux

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f OiK^l jQfs lomhem* des naiites de ^Mteresses et de^ ba«-rel)ef5 inexT booès. c'est t«irt ce qui imhis reste de ces rois de Vhr\ ne. si ceit^ires as détat de Thistoire grecque par leur ncbesse. leur anMwr pour les rlievaux et rador&ti<>ii fanatique qu'ils neadaicat à la mère des dieux Crbrle et à l»^onisos*. »

Cest dans cette cc^ntrfte encc^re que M. G. Penrot a découTert les ruines de l'antique nèrâm dont quelques lignes d'BèrMiote formaient toute lliistoire. Le trftne de ses Tieux rois est nenrer^. enlouî sous terre auprès des fondations de leur palais et des resles de muraiUes que Crèsus démolit : il est rvconnaîssable aux deux lions de pierre qui le gardaient autrefois et qui gisent encore aujourdliui près de lui dans la poussière comme des serviteurs fidèles morts aux pieds de leurs maîtres et reposant dans le même tombeau.

Sur cette cdte les Phéniciens établirent leur domination partout où la résistance du pays ne fut point assez forte pour les rejeter à la mer. Un peu plus au

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