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nerd ils rencontrèrent encore un empire redoutable que tous les efforts de la Grèce conjurée ne purent abattre qu'après dix ans de combats : c*est Pergame, Tllion chantée par Homère; la ville dont M. Schliemann a tout récemment découvert les restes vénérables.
Suivrons-nous plus loin les marins de Tyr et de Sidon dans le cours de leurs nombreuses pérégrinations? Pénétrerons-nous avec eux dans la Propontide, sur les noires eaux du Pont-Ëuxin, où d'après la légende, les Symplegades écrasaient les galères à la sortie du Bosphore? Ils étaient atlirés dans ces régions lointaines par la réputation des mines d'or, d'argent et d'étain du Caucase; les premiers ils ouvrirent ces veines abondantes que des fouilles séculaires^ n'ont pas épuisées.
Rentrons plutôt à la suite de l'Hercule Tyrien dans des régions plus connues et où ses efforts devaient avoir plus de gloire et ses établissements plus de durée.
C'est en Grèce d'abord; dans la Grèce, amante des fables, qui leur paye le tribut de sa reconnaissance en célébrant dans ses légendes l'enlèvement d'Europe par Zeus, et les voyages de Cadmos à la recherche de sa sœur.
Plus loin encore c'est l'Italie, la Sicile, la Sardaigne qui les reçoivent et qui lui fournissent encore l'ambre, la pourpre, les métaux précieux et usuels. Mais là, comme ailleurs, leur domination s'étend peu dans l'intérieur des terres ; ils se heurtent à la solide confédération des Étrusques. S'ils échangent avec elle quelquesuns de leurs produits et s'ils influent sur le dévelopment de la civilisation italienne, ce n'est qu'à la faveur du négoce ; ils ne fondent pas de domination politique. C'est qu'ici encore les Phéniciens avaient rencontré une nation qui s'était développée par elle-même et que la force de roriginalité nationale avait repoussé l'influence de l'importation étrangère.
La civilisation des Étrusques est encore un des pro-
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et que nous imiluns même, bien des tomboaui, bien (]);» inscriptions, blendes documents de toutes sortes ; I'Bn(ii[uili classique a laissé sur celte race nombre de renseignements épars. Mais il mancjue le Irait de lumière qui coordonne cet ensemble confus et donne
à chacun de ces restes sa véritable valeur. L*Étrurie, on Ta dit, est pour nous ce qu*était T Egypte avant Champollion.
Pour ne parler ici que de ce qui nous intéresse directement, qui ne connaît cette célèbre fédération des douze cités étrusques. Des murs énormes les entouraient, faits à riraage de ceux qu*avaient autrefois construits les Pélasges. Leui*s assises immenses formées de pierres jointes sans ciment, et non taillées, faisaient croire aux anciens qu'elles avaient été entassées les unes sur les autres par des géants. Chacune de ces villes, dont les plus célèbres étaient Véies, Géret, Clusium, Ghiusi, Yolterra était à la tète d un peuple qui prenait part aux délibérations et aux entreprises de la confédération, mais qui conservait à' regard de ses associés une sorte d'indépendance jalouse.
Ces peuples, d'abord unis, partant de Toscane leur centre commun, conquirent ou colonisèrent une bonne partie de l'Italie. Au nord ils occupèrent TOmbrie et fondèrent Mantoue, Pérouse, Melpum, Adria, qui donna son nom à la mer Adriatique; dans la Toscane, le val d'Arno et celui de la Chiana furent desséchés, la Marenne assainie et six des douzes capitales bâties sur cette côte maintenant inhabitable.
Car les Étrusques furent avant tout un peuple industriel, appliqué aux travaux des champs et delà maison, habiles ouvriers, fins ciseleurs, les meilleurs potiers du monde antique ; l'agriculture chez eux était en grand honneur; la charrue est souvent représentée sur leurs vases. Persuadés qu'eux-mêmes et leurs dieux devaient mourir au bout de mille ans, ils s'appliquaient surtout à tout ce qui pouvait donner à l'homme des jouissances immédiates, perçaient des routes^ ouvraient des canaux, desséchaient les marais et construisaient à leurs morts de solides tombeaux. « Ainsi, dit M. Duruy, se réalisa ce problème que l'antiquité n'a presque ja-
mais su résoudre, de grandes villes au milieu de campagnes fertiles, rindustrie et l'agriculture, la ridiesse et la force : Sic for lis Etruria creviO. »
Leurs conquêtes et leurs établissements au sud du Tibre ne furent pas moins importants que ceux que nous avons signalés dans le nord ; jusqu'au jour où ils rencontrèrent sur les bords même de ce fleuve la puis^ sance romaine contre laquelle leur confédération, déjà disjointe, se brisa. La campagne de Rome leur doit Fidènes et Tusculum. Rome leur doit une bonne partie de son éducation; l'art d'élever des voûtes que la Grèce elle-même semble avoir ignorée ; la science des augures, si importante dans sa politique.
En Campanie s'élevèrent Volturnum qui fut plus tard Capoue, Nola, Accrroe; Herculanum et Pompéi, dont la fin désastreuse a fait des villes à jamais célèbres. «Du haut des rochers de Sorrente que couronnait le temple (Je ta Minerve Étrusque, ils guettaient les navires aôsez hardis pour s'aventurer dans les golfes de Naples et de Salerne, et leurs longues galères couraient jusqu'aux côtes de la Corse et de la Sardaigne où ils eurent des établissements. » Mais quelque importantes que fussent leurs expéditions maritimes, jamais leur puissance ne prit en ce sens l'extension de celle des Phéniciens; ils se bornèrent le plus souvent aux deux mers qui baignent les côtes de l'Italie. Là ils régnèrent longtemps ; de là ils. èloignèj^ent les Phéniciens et essayèrent de chasser les Grecs. Ceux-ci finirent par vaincre à leur
1. Il n'est point inutile de mentionner ici la façon singulière, tout à fait digne des anciens Étrusques, dont furent découverts les premiers restes de cette antique civilisation. 11 y a décela cinquante ans environ, un bœuf passant pesamment fit écrouler dans la Marenne une voûte cachée sous l'herbe. On poursuivit les fouilles. Vuici, ville étrusque presque totalement inconnue, à peine mentionnée ime fois par les historiens romains, apparut peu à peu. Depuis ce temps des travaux incessants ont amené au jour une bonne part des restes que la terre recouvrait. Consultez le beau Hvre de M. Noël des Vergers.
LES VILLES ANCIENNES 3i
lour. Mais les Phéniciens n'eurent jamais sur cette côte fameuse les établissements importants dont ils ont semé toute la côte méditerranéenne.
Les Phéniciens d'ailleurs ne s'étaient laissés effrayer ni par cette résistance, ni par les difficultés redoutables des pas de Gharybde et de Scylla. Ils avaient franchi la mer Thyrrhénienne et avaient abordé- aux rivages méridionaux de la Gaule. Là ils avaient apporté les arts, introduit la culture de la vigne, fondé Narbonne, Nimes, Arles, les plus anciennes villes de notre France.
Un peu plus au sud, les îles Baléares les recevaient et l'Espagne leur offrait ses richesses. C'est le Pérou des anciens. Ils ne tarissent pas d'éloges et d'enthousiasme sur les plaines fortunées de la Bétique. L'or, disait-on, y coulait dans le gravier des fleuves, les ruisseaux étaient de lait, les arbres suaient le miel, les cavales y étaient fécondés par le vent. Assis sur les bords extrêmes du rivage occidental, on voyait, disaiton, le soleil baisser sur l'horizon et plonger tout à coup dans la mer comme un feu qui s'éteint. Là les Phéniciens fondèrent Abdére, Malaca, Gadès (Cadix), Hispalis (Séville), en un mot, les villes les plus importantes de l'Espagne méridionale.
Us ne s'arrêtèrent pas encore, ils franchirent le grand pas du Gibraltar, rompirent le détroit, séparèrent les colonnes d'Hercule,... et là, debout sur la poupe,. le marin phénicien put voir au loin s'étendre la haute mer, l'Océan immense, et rêver dans le mirage de la brume les fortunés rivages des Hespérides et d6 l'Atlantide.
Autour de l'Europe, autour de l'Afrique ils naviguèrent, allant, allant toujours poussés par la soif du gain, bravant tout, les courants, ies vents contraires, les mers froides, inconnues et hostiles, ils allèrent ainsi, — qui sait ? — jusqu'en Angleterre, en Dane-
mark, en Norvège, d'une part; de l'autre, ils s'enfoncèrent jusqu'aux îles de Pourpre (Madère), aux îles Fortunées (Canaries); plus bas encore ils virent les Leucœthiopiens, les hommes à queue de singe, et bien d'autres merveilles.
On dit même qu'ils firent le tour du continent Afrir cain ; et les prêtres égyptiens racontèrent à Hérodote que, partant de la mer iîouge, des marins phéniciens, après trois ans de navigation étaient revenus par les colonnes d'Hercule : récit que nous ne pourrions croire, pas plus qu'Hérodote qui le rapporte, si dans le cours de sa narration il ne témoignait lui-même de ce fait véridique et concluant que les marins phéniciens avaient vu le soleil du côté de VOurse.
D'ailleurs si cet antique périple peut être mis en doute, il faut bien accepter comme un fait, la colonisation de l'Afrique i?eptentrionale par les commerçants de la Syrie : c'est là que leur Hercule avait fondé la ville fabuleuse d'Hécatompyles ; c'est là que des récits plus authentiques placent la fondation de Leptis la grande, d'Œa, de Sabrata, de Thapsos, d'Utique, et enfin de Kambé que remplaça plus tard d la ville neuve » , Carthage.
C'est elle qui, s'engraissant plus tard de la riiine de sa mère Tyr, absorba à son profit tout le commerce de l'Occident, devint la reine de la Bléditerranée et balança la fortune de Rome. iNous la retrouverons plus tard.
Si nous nous replions, cependant , sur les parages plus voisins de la Phénicie, si nous poursuivons la côte nord de l'Afrique jusqu'au moment où elle rejoint l'Asie, il est un point où les vaisseaux des Syriens n'osèrent jamais aborder en conquérants ; un pays que tous les puissants États de lAsie envièrent et respec-^ térent quoiqu'il fût leur proche voisin ; un État dont les origines remontaient aux plus hauts souvenirs de l'humanité, et qui se prétendait à bon droit l'ainé de
tous les peuples; un royaume dont la force inspirait la terreur et dont les richesses excitaient Tenvie. G*est rÉgypte. Les Arabes et les Syriens (sous le nom de Pasteurs et de Khetas), les Assyriens (au temps de Cambyse)t avaient essayé de Tenvahir; mais son peuple calme et fort avait résisté lentement, et finalement culbuté et mis en fuite les armées des envahisseurs. Sa durée paraissait immortelle, et comme les sources de son fleuve, le Nil, son histoire semblait se perdre au loin dans l'inconnu et dans la nuit.
Les cités égyptiennes. — C'est par les villes énormes .qu*il construisit que nous terminerons ce rapide examen des villes anciennes. L'imposant spectacle qu'elles présentent aujourd'hui encore après des centaines de siècles, donne une bien haute idée de l'état avancé et de la haute civilisation de ces peuples.
L'Egypte c'est le Nil. Dans la brûlante et morne Afrique, le Nil donne la fraîcheur, la joie, la gaieté^ la vie. Ce fleuve immense, ce bras de mer déroulant des montagnes, inspire non seulement le respect par sa masse, mais aussi la bonne humeur par sa douce action bienfaisante. Osburn dit : « 11 n'y a peut-èlre pas dans tout le domaine de la nature un spectacle plus gai que celui présenté par la crue du Nil. Toute la nature en crie de joie. Hommes, enfants, troupes de bœufs sauvages gambadent dans les eaux rafraîchissantes, les larges vagues entraînent les bancs de poissons dont l'écaillé lance des éclairs d'argent, tandis que des oiseaux de toute plume s'assemblent en nuées au-dessus. » C'est la fête de la nature.
Agenouillées, serrées autour de cette immense mamelle, les villes de l'Egypte puisent dans son sein la vie. Le Nil est le père, c'est le Dieu ; c'est lui que célèbre, depuis l'embouchure jusqu'aux cataractes, le grand poème hiéroglyphique déroulé par la main des Pharaons : (( Salut, ô Nil, — ô toi qui t'es manifesté sur
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cette terre — et qui viens en paix — pour donner la vie à TEgypte! — Dieu caché — qui amène les ténèbres au jour qu'il te plait les amener, — irrigateur des vei^rs qu*a créés le soleil — pour donner la vie à tous les bestiaux; — tu abreuves la terre en tous lieux, — voie du ciel qui descends, — Dieu Seb, ami des pains ! — Dieu Nepra, oblateur des grains! — DieuPthah qui illumine toute demeure I SEIGNEUR des poissons, quand tu remontes sur les terres inondées — aucun oiseau n'envahit plus les biens utiles; — créateur du blé, producteur de Torge, il perpétue la durée des Temples; repos des doigts est son travail — pour des millions de malheureux I.... Tu as réjoui les générations de tes enfants : — on te rend hommage au Sud. — Stables sont tes décrets quand ils se manifestent — par devant les serviteurs du Nord. — Tu bois les pleurs de tous les yeux et prodigues l'abondance des biens M »
Énumérons les villes que ce puissant nourricier avait semées sur ses deux bords :
D'abord les villes du Delta, Sais, Tanis, Xoîs, toutes villes anciennes et puissantes. Hais leur position excentrique empêcha qu'elles tinssent jamais d'une façon durable le premier rang en Egypte. Plus tard la fondadation d'Alexandrie les ruina. Dès la plus haute antiquité elles profitaient de leur situation au bord de la mer pour se livrer à un commerce actif. Les Phéniciens y avaient des comptoirs.
Au sortir du Delta la vallée se resserre ; nous sommes en pleine Egypte; c'est là que s'entassent l'une sur l'autre : On du nord, l'Héliopolis des Grecs, la ville sainte ; il se tenait dans ses temples une école de théologie, où Solon, Pythagore, Platon étaient venus prendre les leçons des prêtres de l'Egypte; Babylone d'Egypte si célèbre dans les récits du moyen âge, où les Grecs