CARACTÈRES PHYSIQUES
Grand-Marais, démontrent que le venin frais est presque insipide et qu'il n'irrite nullement la muqueuse de la bouche. Redi raconte avoir vu plusieurs fois un certain Jacques, chercheur de vipères, en avaler des quantités considérables, jusqu'à une cuillerée entière, et cet homme lui a assuré que le venin était à peu près insipide et n'offrait qu'un léger goût d'huile d'amandes douces,
Fontana a goûté lui-même le venin. 11 l'a d'abord mélangé à de l'eau avant de le déposer sur sa langue, puis ne lui ayant trouvé aucun goût, il l'a goûté pur; jamais ce savant ne lui a trouvé rien d'acre, rien de piquant, rien de brûlant, en un mot aucune saveur déterminée ; il n'était pourtant pas aussi insipide que l'eau de fontaine pure, il avait quelque chose d'approchant de la saveur de la graisse des animaux et surtout de la graisse de vipère. 11 n'a pas davantage trouvé d'odeur et de goût bien nets à ce même venin après l'avoir fait dessécher et réduit en poudre. Tout ce que Fontana a constaté, ainsi que son domestique qui a été également assez hardi pour l'introduire dans sa bouche, c'est une légère sensation astringente désagréable, souvent pendant cinq à six heures de suite, dans toutes les parties de la bouche sur lesquelles le venin s'était longtemps arrêté. 11 a répété plus de cent fois la même épreuve et il n'a jamais senti enfler ni brûler la langue ou la bouche. Viaud-
Grand-Marais a repris dans ces dernières années les expériences de Mead, Redi et Fontana; il a toujours trouvé le venin sans aucune saveur appréciable et a pu l'introduire impunément dans sa bouche et le mâcher, même quand ses gencives étaient malades.
Le venin de vipère n'a donc pas la saveur acre et brûlante qu'on lui attribuait parfois et en cela il diffère beaucoup du venin de l'abeille et du scorpion.
Examen microscopique. — Lorsqu'on soumet le venin à l'examen microscopique, on ne peut y découvrir que de rares éléments figurés qui nagent dans le liquide; ces éléments consistent en quelques cellules épithéliales qui proviennent des culs-de-sac sécréteurs et des conduits excréteurs, un petit nombre de granulations très fines que quelques observateurs ont récemment prises pour des microorganismes.
Buffon, dans son Histoire des serpents^ attribue l'activité du venin de la vipère à des organismes microscopiques. Halford a émis la même opinion à propos du venin du Cobra di CapcUo. En examinant au microscope l'humeur venimeuse des serpentsdu Brésil, M. de Lacerda y a constaté la présence de corpuscules sphériques ou ovales, doués d'un mouvement propre très vif. Ces corpuscules ressemblaient aux microbes de la putréfaction. Ayant essayé de cultiver ces prétendus germes par les procédés de M. Pasteur, il n'a jamais pu obtenir des cultures venimeuses. J'ai égale-