EXPÉRIENCES DANS LESQUELLES ON A INOCULÉ LE VENIN ARTIFICIELLEMENT
Expérience n° 1.
. Chien. Venin conservé dans un tube capillaire depuis le mois de - septembre. — Le 8 novembre 1887, à 10 h. 20, ce chien reçoit, à la face interne de la cuisse droite, une injection d'une petite goutte de venin de vipère. Immédiatement après Tinjeclion, l'animal boite fortement du membre opéré, il ne s'appuie plus sur le sol que par la pointe des doigts. Après quelques minutes il le tient complètement soulevé. Eu même temps le chien est triste, il baisse la tête, se couche sur le côté gauche et reste immobile.
A 10 h. 30. — Couleur violette de la peau autour du point d'injection sur une surface égale à celle d'une pièce de 5 francs. ■Autour de ce cercle violet existe une zone rouge.
A 10 h. 40. — Expulsion d'excréments liquides d'une couleur jaune brunâtre. Le membre malade est douloureux quand on le touche.
Vers 1 heure l'animal rend des urines sanguinolentes, il y a hématurie.
Au microscope on découvre dans l'urine de nombreuses hématies en voie de destruction; on a remarqué aussi quelques spermatozoïdes sans mouvements. Dans la soirée, l'état de
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ranimai s'améliore ; il est moins triste. Sa température est de 39°2. L'engorgement local est à peu près stalionnaire. Le lendemain l'état général est bon el les lésions locales diminuent sensiblement pour disparaître complètement les jours suivants.
Dans ce cas les effets locaux et généraux se sont nettement montrés, mais ils se sont dissipés assez rapidemenU
Expérience n^ 2.
Petit chien jeune. Venin conservé dans un tuhe capillaire depuis le mois de septembre. — Le 17 novembre 1887, à 11 heures, injection hypodermique d'une petite quantité de venin dissous dans de l'eau distillée, sur la face antérieure du crâne, au-dessus de l'œil gauche. Un peu de venin pur a été injecté à la face interne de la cuisse droite. Immédiatement après l'opération, l'animal boite fortement du membre opéré, celui-ci reste complètement soulevé et ne touche pas terre pendant la marche. On constate aussi un peu de tristesse.
A midi. — Tristesse assez grande. Boiterie intense.
A 1 h. 30. — Engorgement rouge et douloureux sur la face latérale de la tète au point d'injection du venin. L'enflure s'étend, en arrière, jusqu'à l'origine du cou, et en avant, jusqu'au devant de l'œil, presque j usqu'à l'extrémité du m useau.
Le cuisse droite n'offre que de la congestion au point dlnjection; elle est a&sez douloureuse. L'animal rend des excréments normaux et de l'urine qui n'offre rien de pathologique.
Vers 5 heures son état est le même ; les lésions locales restent station naires. On observe à ce moment des contractions rythmiques violentes du diaphragme comme celles qui se produisent dans le hoquet. On fait cesser ces mouvements en touchant l'animal vers la région cardiaque des deux côtés du thorax. Aussitôt que l'attouchement cesse les mouvements rythmiques reparaissent. Il n'est pas possible les faire cesser en touchant le sujet ailleurs qu'à la région du cœur. L'intelligence de l'animal est parfaitement intacte.
Le lendemain matin, la tuméfaction de la tête est diminuée et la face interne de la cuisse est moins douloureuse. Les contractions du diaphragme ont complètement cessé.
Le surlendemain, l'animal est revenu à son état normal.
Expérience n^ 3.
Chien à jeun de 5**^', 5. — Venin frais, — ; Dans cette expérience on se propose surtout d'étudier Tinfluence du venin sur les gaz du sang.
A 9 h. 15. — Température normale 39°.
A 9 h. 20. — Injection hypodermique à la face interne de la cuisse droite, d'une goutte de venin.
Aussitôt l'injection faite, on voit survenir une ecchymose d'un rouge brun au point d'injection, elle devient violette puis noire après quelques minutes.
Il y a en même temps engorgement. Au bout d'un quart d'heure le gonflement et l'ecchymose s'étendent vers la racine dn membre jusqu'aux parois abominales.
A 9 h. 30. — Température 39°. Les phénomènes locaux continuent à augmenter. L'animai est abattu, il n'appuie pas son membre malade. Il est moins excitable et reste immobile, couché sur le côté.
L'artère est presque vide, le pouls est très accéléré et petit; la tension artérielle est très faible. Le sang artériel a sa couleur rutilante normale.
A 10 h. 50. — Température 37°.
L'animal est mort vers 11 h. 15.
Expérience n° 4.
Cobaye, Venin de vipère conservé depuis le mois de septembre dans un tube capillaire. — Le 17 novembre 1886, un cochon d'Inde reçoit, à la face interne de la cuisse droite, une injection sous-cutanée d'un tiers de goutte de venin de vipère.
Quelques minutes après l'animal devient triste, ses poils se hérissent ; il se pelotonne dans un coin et reste immobile. Sa
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respiration se ralentit tandis que son cœur bat très vite. Les mouvements volontaires disparaissent complètement. Les réflexes persistent jusqu'à la mort. Quand on pince fortement une patte, il réagit légèrement avec les autres. Les yeux sont ouverts et insensibles; l'attouchement du globe oculaire ne détermine aucun mouvement des paupières. Il meurt les yeux largement ouverts., La respiration cesse avant Je jeu du cœur. Avant d'expirer, l'animal présente quelques contractions des muscles du cou et des mâchoires.
L'autopsie est pratiquée immédiatement après la mort. A l'ouverture de la poitrine, on ne constate aucun battement du cœur; cependant cet organe est encore excitable dans son ventricule droit, car si on le touche vers la base avec la pointe d'un scalpel, on provoque des contractions nettes au point touché; ces contractions ne se produisent pas quand l'excitation porte sur la pointe de l'organe. Les nerfs diaphragmatiques sont complètement inexcitables, le ventricule gauche est dur et a perdu son excitabilité. On ne constate rien d'anormal du côté de la rate, du foie et des reins; le poumon offre simplement deux petites taches rouges. La muqueuse de l'intestin est légèrement congestionnée. Le sang a conservé sa coloration rouge dans certaines petites veines; il rougit surtout beaucoup au- contact de l'air.
Le cœur droit renferme un caillot noir diffluent qui, exposé à l'air, devient rapidement rouge à sa surface.
Expérience n« 5.
Cobaye. Venin conservé depuis le mois de septembre dans un tube capillaire.
Le 30 décembre 1886, à 10 h. 35. — On injecte dans l'épaisseur de la peau de la face interne de la cuisse une petite gouttelette de venin dissous dans un peu d'eau distillée.
Immédiatement après l'injection, légère pâleur au point de piqûre, et faible coloration jaunâtre du tégument.
A 10 h. 40. — Tuméfaction rouge s'étendant à 1 ceatimèlre autour du point d'injection.
A 11 h. 10. — La tuméfaction a sensiblement diminué.
L'animal ne présente rien d'anormal dans sa physionomie et dans ses mouvements.
La tuméfaction diminue ensuite sensiblement pendant toute la journée, et le lendemain malin, toute lésion a complètement disparu.
Les effets du venin ont été très modérés sur cet animal. 11 est certain que ce venin, conservé depuis trois mois, avait perdu une partie de son activité.
Expérience n^ 6.
Cobaye. Venin de vipère. frais, — Ce venin est fourni par des vipères captivées depuis huit jours.
Le 24 mai 1887, à 3 h. 10, un gros cochon d'Inde mâle reçoit une injection sous-cutanée d'un tiers de goutte de venin dans un peu d'eau distillée, à la face interne de la cuisse droite.
Douleur au moment de l'injection. Mouvements de l'animal.
A 3 h. 20. — Patte droite fortement engorgée et noirâtre autour du point d'injection.
L'animal rend de l'urine sanguinolente. Il a perdu sa viva* cité; il se laisse saisir sans réagir, il a le poil hérissé".
A 3 h. 50. — Hématurie diminuée, l'urine rendue est moins rouge. Au point d'injection, de l'exsudation séro-sanguinolente.
Jusqu'à 5 heures, l'animal reste sensiblement dans le même élat. Il offre ensuite quelques contractions brusques de tout le corps, des espèces de secousses au nombre de dix à quinze, puis il retombe dans le calme.
Le lendemain, l'animal s'affaiblit de plus en plus; l'engorgement de sa cuisse est considérable et dégage une odeur septique. Il meurt à 1 heure 30. On pratique l'autopsie immédiatement.
Le membre postérieur inoculé est très volumineux et la peau est noire. La tuméfaction s'étend avec les mêmes caractères à la
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racine du membre, autour de l'anus et des organes génitaux externes, sous Tabdomen et le thorax, jusque entre les membres antérieurs. Quand la peau est incisée, tous les tissus sousjacents, tissu conjonctif et muscles sont gorgés de sang noir, et répandent une odeur gangreneuse. Le sang au contact de Pair ne devient rutilant qu'à la longue. La sérosité qui imprègne ces lésions locales, examinée au microscope, montre des globules sanguins à des degrés divers d'altérations; les uns sont ronds, les autres crénelées, quelques-uns sont fragmentés. On y voit aussi des bactéries longues et minces. Le sang du cœur offre à peu près les mêmes caractères. On ne constate pas de lésions dans les viscères, si ce n*est une ecchymose dans la musculature de la paroi vésicale, et une légère congestion des "vaisseaux qui rampent à la surface des hémisphères cérébraux.
[}iï autre cobaye, inoculé avec 1e même venin et à la même région, offre les mômes symptômes et les mêmes lésions.
Expérience n° 7.
Lapin, Venin de vipère conservé dans un tube capillaire depuis le mois de septembre. — Le 30 décembre 1886, injection d'une petite gouttelette de venin dissous dans Teau distillée, sous la peau de la face, un peu au-dessus des narines, sur la ligne médiane. Mouvements de défense pendant l'injection.
Après deux ou trois minutes, tuméfaction légère au point d'inoculation.
Après une demi-heure la tuméfaction est considérable, la peau est très rouge autour du point d'injection. On ne remarque aucun trouble dans les grandes fonctions.
Pendant toute la journée la tuméfaction reste stationnaire.
Le lendemain ma'tin, la tumeur a complètement disparu, et l'animal se retrouve dans son état normal.
Dans cette expérience, le venin conservé depuis longtemps n'a produit que des effets locaux, qui se sont rapidement dissipés.
Expérience n^ 8.
Grenouille. Venin de vipère frais. — Une vipère qu'on vient de captiver fournit du venin dont on injecle environ un quinzième de goutte, sous la peau de la cuisse droite d'une petite grenouille rousse. Pendant une demi- heure le batracien ne montre rien d'anormal, si ce n*est une respiration accélérée et un peu de rougeur au point d'injection. On cesse alors l'observation de la grenouille pendant deux heures. Au moment où on la revoit, elle n'exécute plus aucun mouvement; ses membres sont flasques et ne réagissent pas quand on les pince; ses yeux sont incomplètement couverts parla troisième paupière. On la croit d'abord morte; mais en l'examinant de plus près, on voit que le cœur continue ses battements. A chaque systole la peau de la région cardiaque est légèrement soulevée; quand on applique le doigt en ce point on sent nettement le choc à chaque contraction. Ces battements se sont éteints, sans qu'on ait pu saisir le moment exact de leur disparition complète.
Douze heures après on procède à Tautopsie; on observe une congestion pointillée du foie et des reins ; une hypérémie de la muqueuse gastro-intestinale. Rien d'anormal du côté du poumon. Le cœur a ses ventricules rétractés et ses oreillettes dilatées et gorgées d'un sang noir. Un peu de sang coagulé au point d'injection et un peu de congestion de la peau.
Expérience n* 9.
Grenouille, Venin de vipère frais. — Une grosse grenouille verte reçoit une injection hypodermique de 1/20 de goutte environ de venin de vipère frais. La vipère qui fournit le venin est en captivité seulement depuis quelques jours.
Après l'inoculation accélération de la respiration, augmentation de Texcitabilité réflexe. Des mouches qui se déposent sur la grenouille provoquent chez elle des mouvements de défense et de fuite. Les yeux sont plus saillants qu'à l'état
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normal. Après une demi-heure, un peu de paresse dans les mouvements.
Trois heures après, la grenouille est complèlement immobile, elle n'exécute plus aucun mouvement volontaire. Sa respiration continue légèrement; son cœur bat très régulièrement. Le pincement des patles provoque des mouvements réflexes dans les membres postérieurs. Je découvre le cœur pour observer directement ses battements. Ceux-ci sont très énergiques, réguliers et fréquents. Le nerf sciatique a conservé son excitabilité; quand on l'irrite, il se produit une forte contraction du membre correspondant.
Dans cette expérience ce sont donc les mouvements volontaires qui ont disparu les premiers. La moelle a conservé son pouvoir réflexcaprès la disparition des mouvements volontaires. Le venin a donc supprimé les fonctions cérébrales avant d'avoir éteint celles de la moelle et des nerfs périphériques.
Expérience n° 10.
Grenouille. Venin de vipère frais dissous dans Veau distillée. Le 3 juin 1887, à 11 heures, on injecte à une grenouille deux gouttes de la solution aqueuse de venin sous la peau du dos, au moyen de la seringue de Pravaz.
A 1 2 h. 30. — La grenouille est morte. —Autopsie. A l'extérieur, la peau du dos est rouge ainsi que celle du ventre et de la face interiie de la cuisse. Après l'incision de la peau, on constate, à sa face interne, des arborisations vasculaires abondantes ; il y a une vive congestion. Les muscles du ventre et du dos sont également gorgés de sang. Les muscles des cuisses n'offrent pas de congestion à leur surface. On constate que les oreillettes du cœur continuent à se contracter, mais les ventricules sont complètement en repos. Un courant induit appliqué sur les muscles produit leur contraction; le nerf sciatique excité ne provoque aucune contraction, il est inexcitable. Les muscles, quoique contractiles quand on les excite directement, sont moins excitables qu'à l'état normal. On a constaté
une congestion forte de la muqueuse stomacale et intestinale. Une expérience semblable faite sur deux autres grenouilles a fourni exactement les mêmes résultats. Lésions identiques. Immédiatement après la mort, le nerf sciatique était excitable ainsi que les muscles.
Les observations cliniques et les expériences qui précèdent démontrent suffisamment le danger des morsures delà vipère indigène. Elles établissent que ces morsures sont souvent mortelles sur les enfants et les petits animaux tels que le chien, et qu'elles peuvent même faire succomber Fhomme adulte et les grands animaux herbivores.