CHAPITRE IV
SYMPTOIES DE L'EHVENiMATION ET ACCIDENTS
SYMPTOMES LOCAUX. — SYMPTOMES GÉNÉRAUX. — ACCIDENTS LOIN- TAINS OU POSTÉRIEURS. — MÉCANISME DE LA PRODUCTION DES ACCIDENTS GÉNÉRAUX. — MÉCANISME DE LA PRODUCTION DES ACCI- DENTS LOCAUX. — CAUSES DE LA MORT.
Description générale des stjmptômes de l'envenimation vipérique. — Les résultats fournis par lobservation clinique et Texpérimentation physiologique permettent de tracer un tableau d'ensemble assez fidèle des symptômes de Tenvenimation \ipérique.
Les symptômes sont locaux ou généraux.
1° Symptômes locaux, — Ce sont : la douleur, la tuméfaction, les taches livides, la lymphangite et l'engorgement ganglionnaire, les abcès, les eschares, la gangrène, les hémorragies.
a. Douleur. — Au moment de la morsure, Thomme ou l'animal atteint ressent instantanément une douleur. Celle-ci est le plus souvent modérée, comparable à une piqûre d'aiguille; quelquefois cependant, elle est vive, aiguë et persistante; elle laisse souvent
après elle une sensation de brûlure qui se répand dans tout le membre et y détermine une sorte d'engourdissement. Cette douleur est annoncée chez les animaux par des cris, des plaintes et de la boiterie du côté du membre atteint. Ayant fait mordre dans un but expérimental un grand nombre de chiens, j'ai toujours vu ces animaux pousser des cris plaintifs plus ou moins prolongés et cesser aussitôt de s'appuyer sur le sol avec la patte atteinte.
Les expériences faites sur les cochons d'Inde, les rats, les lapins, ont donné des résultats analogues. La douleur est donc un symptôme presque constant.
b. Tuméfaction. — Peu de minutes après la morsure de la vipère, les piqûres, souvent peu visibles à cause de la rétraction de la peau, s'entourent d'une auréole violacée, puis la partie enfle. La tuméfaction, d'abord localisée au siège de la piqûre, s'étend bientôt peu à peu sur les parties voisines et atteint quelquefois la totalité d'un membre et même une grande partie du corps. Les parties tuméfiées sont généralement dures, rénitentes et plus ou moins douloureuses. Cette douleur secondaire varie dans son intensité suivant la région blessée et le degré de développement de l'engorgement ; quelquefois elle est légère^ d'autres fois elle est aiguë, à caractère tensif et s'exagère pendant les mouvements. La tuméfaction consécutive à la morsure de la vipère prend quelquefois un
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développement considérable, surtout dans les parties déclives par rapport à la partie mordue. Ainsi les morsures de la cuisse sont généralement suivies d'un fort engorgement qui non seulement envahit Tabdomen, mais s'étend en bas jusqu'à l'extrémité inférieure du pied. Quand un cochon d'Inde ou un lapin est mordu au nez, cette partie enfle bientôt et, le plus souvent, il se forme ensuite une tumeur sous la mâchoire inférieure qui ne tarde pas à envahir la partie antérieure et inférieure de la poitrine. Cette tumeur est molle, remplie de sérosité sanguinolente et crève souvent au bout de un ou deux jours en laissant échapper son contenu.
Chez le chien, les morsures faites au nez ou aux lèvres sont suivies d'une tuméfaction énorme de ces parties et des parties voisines jusqu'aux yeux, ce qui rend difforme la tête de l'animal.
Lorsque la tuméfaction est considérable, surtout dans certaines régions, les malades se plaignent d'engourdissement du membre ou de douleurs vives et lancinantes.
On conçoit aisément que la tuméfaction offre par elle-même un grand danger quand elle se produit sur des organes importants, comme la langue, les narines, le larynx. Alors elle empêche rapidement la respiration et entraîne l'asphyxie. M. Viaud-Grand-Maraisa observé un cas assez curieux : chez un enfant mordu
au pied, il se produisit un gonflement énorme de la face, avant qu'on n'eût rien remarqué au siège même de la blessure. Dans ce cas, le venin avait été versé dans une des branches d'origine de la veine saphène externe et entraîné immédiatement par le sang dans la circulation générale.
c. Taches livides. — Les tissus qui ont été touchés directement par le venin prennent toujours une couleur livide ; il se forme d'abord une auréole violette autour du point de pénétration de chaque crochet, puis le plus souvent des taches envahissent la peau, sur toute l'étendue de l'engorgement. Elles sont rouges, violacées, noirâtres ou bleuâtres, puis avant de disparaître, elles passent au vert et au jaune. Ces taches ne se produisent généralement que lorsque l'engorgement est déjà développé, et s'étendent le plus souvent sur les mêmes régions -et principalement sur le trajet des vaisseaux veineux et lymphatiques.
rf. Lymphangite et engorgement ganglionnaire. — Fréquemment chez l'homme, les vaisseaux lymphatiques de la région mordue se dessinent en rouge sous la peau, et les ganglions dans lesquels ils se rendent se tuméfient. La morsure aux doigts ou à la main amène souvent une lymphangite du bras et une hyperplasie des ganglions de l'aisselle ; celle du jnnembre inférieur, une lymphangite et un engorgement des ganglions de l'aine.