DES GAZ
État normal
Action du venin.
Différence
Les analyses précédentes nous apprennent que pen-
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dantraction du venin, la quantité totale des gaz diminue dans le sang. Celte diminution porte surtout sur la proportion d'acide carbonique (Exp. 1 et 3). — Dans l'expérience 2, la diminution des gaz est légère et porte à peu près également sur l'acide carbonique et l'oxygène. En somme, on voit que le sang artériel contient une proportion d'oxygène sensiblement égale avant et pendant l'action du venin. Le sang conserve donc, à peu près comme à Télat normal, la faculté de se charger d'oxygène à son passage dans le poumon ; il est donc permis de dire que l'hématose n'est nullement gênée pendant l'action du venin.
Si nous considérons ce que devient le sang à son passage à travers les capillaires généraux, nous constatons qu'il se dépouille de presque tout son oxygène et se charge d'acide carbonique. On voit aussi que l'absorption d'oxygène est toujours plus forte que la formation de l'acide carbonique. L'oxygène, en disparaissantdans la trame des tissus, n'est employé qu'en petite quantité à la formation de l'acide carbonique, une grande partie semble avoir une autre destinalion. Ainsi dans l'expérience 3 il disparaît 9,9 d'oxygène, presque 10, et il ne se forme que 2,3 d'acide carbonique. 11 y a donc 7 volumes d'O environ qui ne se retrouvent pas sous forme d'acide carbonique.
La respiration des tissus semble se faire comme à l'état normal, avec cette différence que l'oxygène
SYMPTOMES ET ACCIDENTS. lil
disparu, au lieu de se fixer sur le carbone pour faire de l'acide carbonique, sert surtout à des oxydations des matières azotées dont les produits ultimes sont fixes et excrétés par les urines.
Si, dans les tableaux précédents, on ne considérait que la disparition de l'oxygène dans la trame des tissus, on arriverait à cette conclusion, que les combustions sont plus actives pendant l'action du venin. Ainsi dans Texpérience 2, la quantité d'oxygène contenu dans le sang veineux est de 3,1 pour le sang normal et de 1,45 seulement pour le même sang pendant l'action du venin. Il y a donc, dans ce dernier cas, une plus forte proportion d'oxygène retenu dans les tissus, en supposant que le sang artériel contienne la même proportion, ce qui me paraît exister à peu de chose près. En effet, dans l'expérience 1, il y a une diminution de 2,3 d'oxygène dans le sang artériel; mais dans l'expérience 3 il y a une petite augmentation de 1,3 pendant l'action du venin.
Il ressort manifestement de ces expériences : 1° que le sang conserve comme à l'état normal la propriété d'absorber l'oxygène et de le céder aux tissus; 2° que les tissus ne semblent pas utiliser l'oxygène exactement comme à l'état normal; 3° que l'oxygène au lieu de former presque un volume égal d'acide carbonique ne forme plus qu'une très faible proportion de ce gaz; de sorte que le sang veineux.
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quoique dépouillé de son oxygène, ne s'est que faiblement chargé d'acide carbonique (Exp. 3).
S'il avait été possible de recueillir les gaz de la respiration, on aurait certainement constaté ce fait étrange que la quantité d'oxygène absorbée, aurait été beaucoup plus forte que la quantité d'acide carbonique éliminée.
Les analyses précédentes montrent clairement combien est erronée l'opinion de certains auteurs, qui admettent que sous l'influence du venin, le sang perd la faculté d'absorber de l'oxygène et de le céder aux tissus.
Le venin ne tue pas non plus en paralysant les nerfs moteurs et les muscles, puisque ces organes sont généralement encore très excitables immédiatement après la cessation de la vie, comme le démontrent la plupart des expériences citées. D'ailleurs, la respiration artificielle ne retarde que fort peu la mort.
D'après nous, la vraie cause de la mort réside dans l'action paralysante qu'exerce le venin sur les petits vaisseaux et les capillaires, dans une modification des globules sanguins qui les rend aptes à sortir des vaisseaux, dans l'action stupéfiante et paralysante qu'il exerce sur les centres nerveux, surtout du centre respiratoire.
Pour appuyer notre opinion, il suffit de rappeler que les symptômes prédominants sont : les nausées,
les vomissements, la diarrhée, Thémalurie, la dépression générale de la circulation et des fonctions des centres nerveux; et, que les lésions les plus constantes consistent dans des congestions, des extravasations sanguines, deTestomac, de l'intestin, des reins, du poumon et du cœur.
Les lésions des centres nerveux sont peu marquées à Tœil nu ; quelquefois il y a de la congestion de la surface de Tencéphale et de la moelle, mais elle est loin d'être constante. On a signalé aussi une altération des fibres qui composent les cordons postérieurs de la moelle (Alt). Au microscope, les cylindres-axes de ces fibres avaient disparu en certains points.
Les phénomènes nerveux ne sont donc pas exclusivement le résultat des modifications vasculaires des centres, mais doivent être attribués surtout à une action directe exercée par le venin sur les éléments nerveux centraux.
2° Mort par infection microbienne secondaire. — Le venin, quoique absorbé en quantité insuffisante pour tuercomme un simple poison, peut cependant amener la mort par les désordres locaux qu'il détermine au point de morsure. Ces désordres peuvent aboutir à la désagrégation des tissus, à leur mortification, et enfin à leur envahissement facile par des microorganismes septiques.
Les tissus touchés par le venin deviennent rapide-
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ment le siège d'une tuméfaction œdémateuse, localisée d'abord exactement au point inoculé ou mordu. Si aucun traitement n'intervient, la tumeur prend généralement, dans l'espace de quelques heures, des proportions considérables et envahit rapidement les* parties voisines, surtout celles qui sont déclives par rapport au point d'inoculation. La peau se colore en noir dans la presque totalité de la partie tuméfiée, soit uniformément, soit par taches plus ou moins étendues. Cette coloration est l'indice de la stase et de l'extravasation sanguine. Par suite de l'arrêt de la circulation, les tissus ont une grande tendance à se mortifier, et constituent un milieu très favorable à la multiplication des germes de la putréfaction et autres. Ces germes pénètrent dans les tissus, soit au moment de l'inoculation, parce que le plus souvent ils se trouvent mélangés au venin,- soit après la morsure, par l'ouverture laissée par les crochets. Us pullulent rapidement et amènent bientôt la mortification des parties envahies. Les tissus privés de la vie et habités par les microbes, constituent alors un véritable foyer d'infection pour l'organisme entier. Non seulement les microbes agrandissent peu à peu les désordres locaux et envahissent les tissus voisins, mais ils sécrètent des poisons solubles qui achèvent la désorganisation et qui, après leur absorption, agissent comme des toxiques puissants. Les tissus frappés de mort
doivent s'éliminer plus ou moins vite, d'où l'explication de ces sphacèles et de ces plaies hideuses, si longues et si diîFficiles à se cicatriser.
Les accidents locaux, au point de vue de leur évolution, passent donc généralement par deux phases : dans la première, il y a simplement extravasation sanguine et formation d'ecchymoses sous l'influence d'une substance soluble du venin; dans la deuxième, qui n'est pas constante, mais qui est fréquente, il y a multiplication de germes qui envahissent les tissus gorgés de sang épanché, les détruisent plus complètement et en même temps sécrètent des poisons solubles. A l'action primitive du venin vient donc souvent s'ajouter une action microbienne secondaire qui lui est étrangère, mais qui n'en est pas moins très dangereuse.
LE VENIN EST SANS EFFET SUR LA PEAU", SUR LA MUQUEUSE DE l'œIL, SUR LA MUQUEUSE DE LA BOUCHE ET MÊME QUAND IL EST AVALÉ. — LE VENIN n'est PAS MORTEL QUAND IL EST DEPOSE A LA'SUR- FACE d'une plaie LARGEMENT OUVERTE. — ANIMAUX NATURELLE- MENT RÉFRACTAIRES A l'iNTOXICATION VIPÉRIQUE.
i"" Le venin ne tue pas quand il est placé sur la peau, sur la muqueuse de fœily sur la muqueuse de la bouche et même quand il est avalé. — Déposé simplement à la surface de la peau intacte, c'est-à-dire pourvue de sa couche épidermique, le venin ne produit absolument aucun effet, ni local, ni général ; mais si Tépiderme est enlevé ou s'il existe une excoriation superficielle qui met le derme à nu, il peut se développer quelques effets locaux, mais ils ne sont jamais mortels.
Les anciennes expériences de Fontana sont très concluantes à cet égard. Cet habile expérimentateur a déposé du venin pur ou mélangé d'eau, sur la peau excoriée avec une lime, avec le rasoir, ou incisée