ANIMAUX RÉFRAGTAIRES AU VENIN
trent amplement que le venin de la vipère d'Europe n'exerce aucune action délétère sur le reptile luimême, ni les individus de son espèce.
Des expériences aussi démonstratives ont été faites sur les serpents exotiques.
En 1834, le D'' Guyon a rapporté dans sa thèse une série d'expériences qu'il a faites avec le venin de la vipère fer-de-lance de la Martinique ou bothrops lancéolé. Le venin était fourni par des reptiles vivants ou récemment tués; il était introduit par les crocs de ces mêmes serpents dans les parties choisiespour l'inoculation. Cette introduction s'opérait d'abord naturellement, à l'instant de la pénétration des crocs, puis à l'aide d'une compression graduée de leurs vésicules ou réservoirs venimeux. L'expérience fut faite sur quatre bothrops ; plusieurs reçurent le venin fourni parhuitàdixindividus et aucun des inoculés ne montra de désordres pouvant être rattachés au venin.
Depuis, le même expérimentateur a fait mordre entre eux en Algérie divers serpents sans que jamais la mort s'ensuivît, savoir : des cérastes [Cérastes œgyptiaciis)^ des échidnées mauritaniennes [Echidne mauritanica), des échidnées à queue noire [Echidne melaniire vel atricauda)^ des cérastes avec des échidnées mauritaniennes, des cérastes avec des échidnées à queue noire; enfin des échidnées mauritaniennes et des échidnées à queue noire.
Au Jardiû des Plantes de Paris, on a eu souvent Toccasion de voir des serpents se mordre entre eux, ou se mordre accidentellement eux-mêmes sans qu'il en résultât jamais aucun accident.
En 1889, M. Waddell, de Calcutta, a publié des expériences qu'il a faites sur le cobra [Naja tripudians) dont voici le résumé :
Premier cobra. — Le venin frais est mélangé d'eau en volume égal. On injecte environ un centimètre cube de la solution sous la peau du dos.
Au neuvième jour on le tue, il n'a présenté aucun trouble. Ce qui restait de la solution a été utilisé dès le premier jour pour injecter deux poulets : ils sont morts en moins d'une demi-heure.
Deuxième cobra. — Même expérience, même résultat : même résultat fatal pour deux poulets.
Troisième cobra. — Exactement la même chose.
Quatrième cobra. — Même expérience, mêmes phénomènes.
Ce venin qui tue le poulet ne fait absolument rien au cobra, pendant les neuf jours où l'on conserve ce dernier.
Cinquième cobra. — Même expérience, avec même résultat.
Le cobra est conservé quinze jours, sans qu,'il présente le moindre trouble. Il en est de même pour quatre autres cobras.
Tous les faits précédents, qu'ils relèvent de l'observation ou de Texpérimentalion, conduisent à cette conclusion, que tout serpent venimeux jouit de Timmunité à l'égard de son propre venin, et que beaucoup de serpents sont réfractaires au venin des serpents d'une autre espèce.
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Si quelques observateurs sont arrivés à des conclusions dififérentes, c'estque les serpents mordus sont morts, non par intoxication, mais des suites des blessures mécaniques faites par les dents.
2° La couleuvre n'éprouve pas les effets toxiques DU VENIN de la VIPÈRE INDIGÈNE. — Foutana a fait mordre des couleuvres par plusieurs vipères à la fois, ou bien il leur a insinué du venin dans les blessures, sans pouvoir faire mourir un seul de ces animaux.
J'ai obtenu des résultats identiques en injectant directement le venin frais et pur sous la peau de couleuvres. Jamais je n'ai observé ni tuméfaction locale, ni troubles généraux les jours qui ont suivi l'inoculation.
3° L'orvet ne jouit pas de l'immunité a l'égard du venin de la vipère, contrairement a ce que croyait fqn- TANA. — Fontana n'avait pas vu périr les orvets qu'il avait fait mordre par des vipères. Cela tenait sans doute à ce qu'il ne les avait pas observés assez de temps. Voici en effet une expérience qui semble le démontrer :
Le 17 août 1890 à 5 h. 43, j'injecte avec la seringue Pravaz, sous la peau du dos d'un orvet, la valeur d'une goutte de venin de vipère (venin conservé à l'état sec depuis huit jours), dissous dans 3 ou 4 gouttes d'eau distillée. L'injection est accompagnée et suivie pendant quelques secondes d'une vive agitation. L'animal s'étant enroulé ensuite est resté immobile. On l'a observé le lendemain sans rien constater d'anormal, si ce
n*est un engourdissement un peu plus prononcé que d'ordinaire. Le 19, à 6 heures du malin, on trouve Torvet étendu sans mouvement.
Cet animal a certainement succombé à raction toxique du venin. L'empoisonnement s'étant développé lentement, si après le second jour on avait cessé d'observer l'animal on aurait pu conclure que le venin n'avait eu aucune action sur lui. C'est probablement cette circonstance qui a conduit Fontana à une conclusion erronée.
Les batraciens, les lézards, les poissons sont tués par le venin; les sangsues, les escargots, les limaces et les limaçons sont complètement réfractaires à son action, comme le démontrent les nombreuses expériences de Fontana.