QUATRIÈME PARTIE
Etude économique des virements
en banque
D’après M. Haristoy (virements en banque), on peut estimer que tant par perte que par usure, le stock des métaux précieux existant dans le monde occidental avait été presque épuisé avant la découverte de l'Amérique.
Si, d'autre part, on tient compte qu'avec l’adoption presque générale de l’étalon or l’argent ne joue plus que le rôle de monnaie d’appoint, on peut estimer qu’il n'y a comme or en circulation dans le monde entier, d’après les statistiques publiées annuellement par les Etats-Unis d'Amérique, qu'environ vingt-cinq , milliards de francs or, tandis que le commerce des différentes grandes puissances dépasse en moyenne, pour chacune d’elles, cent milliards.
Il ‘en résulte que même en supposant que la monnaie circulant de mains en mains sans interruptions ait une circulation idéale, il est certain que le stock mondial serait nettement insuffisant pour régler l’ensemble des transactions; et, par suite, le premier rôle
des virements et des compensations c’est de permettre de régler sans monnaie des opérations, qui, autrement, n'auraient jamais pu être liquidées.
Un autre avantage, sur lequel nous avons déjà insisté dans notre historique, consiste dans l’économie des frais d'envoi de l'argent, et dans la diminution des risques de perte ou de vol.
Enfin, permettant d’utiliser sans se déplacer les di pôts effectués dans les banques, les virements ont favorisé la multiplication des dépôts. Or les dépôts, méme de faibles sommes, constituent par leur nombre des capitaux considérables, qui, au lieu de rester improductifs à domicile, servent aux banques à aider le commerce et l’industrie.
Mais si les virements présentent l’avantage de favoriser les règlements, il ne faudrait pas croire, comme certains ont tendance à le faire, que par la multiplicité des virements on pourrait arriver à supprimer la monnaie, et par là guérir tous les maux économiques.
D’abord, même en admettant qu’on soit arrivé à un stade très évolué des procédés de règlements, il nous semble que la monnaie aurait toujours son rôle à jouer comme étalon des valeurs.
D’autre part, les règlements par virements peuvent conduire à l'inflation par crédits produisant des effets à peu près analogues à ceux résultant du cours forcé, et à son corollaire : l'inflation de papier.
Un exemple caractéristique a été fourni par l’Angleterre pendant la guerre. Le nombre des billets de banque n’a presque pas augmenté dans le pays, mé-
me en tenant compte des currency notes, mais si le client d’une banque voulait souscrire aux emprunts d'Etat, les banques lui avançaient le montant de la souscription et les titres étaient comme garantie conservés en nantissement par les banques. Comme l’intérêt servi par les emprunts était plus élevé que celui exigé par les banques pour les avances sur titres, presque toutes les souscriptions aux titres d'Etat furent basées en Angleterre sur le crédit des banques. Et comme ces dernières réglaient entre elles, et avec l'Etat leurs opérations par le mécanisme des virements, des compensations et des clearing-house, il en est résulté que si la monnaie anglaise paraissait saine en réalité tout le crédit anglais reposait sur des avances de banque sans contre-partie en argent ou en marchandises, et ultérieurement la livre sterling devait perdre sa parité par rapport aux monnaies saines, et en particulier par rapport au dollar ; aussi quand les Anglais décidèrent après guerre de rétablir la livre au pair, il en résulta ultérieurement pour eux la crise économique, qui les força à nouveau à abandonner l’étalon or.
Nous en tirerons la conclusion que si les virements sont indispensables pour régler les transactions, il est nécessaire que l’ouverture de crédit, à laquelle ils peuvent donner lieü, repose sur des valeurs stables : or ou marchandises, si l’on ne veut pas courir le ris-
que de déprécier la monnaie par inflation de crédit.
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