‹ Les Virements en BanqueChapitre 5 sur 40 · ANT · texte numérisé non relu

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La Grèce

Si pour Babylone nous en étions réduits en définitive à l’hypothèse très vraisemblable de M. Cuq, ce qui nous a empêché de rechercher les raisons profondes du développement des virements dans ce pays, nous sommes, par contre, mieux documentés sur la Grèce. Nous possédons, en effet, pour ce pays, en plus de sources historiques nombreuses, plusieurs plaidoyers : Pun d’Isocrate : le Trapézitique, les autres pro Posion et pro Phormion, attribués à Démosthene, qui nous permettent de suivre pendant près d’un demi-siècle l’évolution d’une banque d’Athènes sous trois directeurs successifs : Archestratos, Posion et Phormion.

Et s’il est certain que les banquiers athéniens jouerent un rôle de premier plan dans la Cité, il semble cependant qu’initialement ils devaient être assez mal considérés, si l’on s’en rapporte à Aristote, et à ses critiques relatives au prêt à intérêt (f). D’autre part la constitution de Solon interdisant aux citoyens de s'occuper d'autre chose que des affaires publiques, il est plus que probable que Iles premiers banquiers furent ou des esclaves affranchis, ou des étrangers, ce qui n’était pas fait pour favoriser le développement des établissements de crédit, vu le dédain qu’on devait éprouver pour d’anciens esclaves : et l’animosité, ou tout au moins la défiance plus ou moins grande, qui se manifeste chez presque tous les peuples primitifs à l’égard des étrangers.

(4) Aristote : Traité de la Politique, livre I, et principalement chapitre III. À ù se

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Cependant malgré des débuts probablement difficiles les banques avaient pris assez rapidement une extension considérable, et à la méfiance initiale du public avait succédé une confiance tellement grande qu’il n’était pas d’usage d’appeler des témoins aux dépôts de fonds effectués chez les Trapézistes (5) .

Or cette évolution complète de l’opinion publique à l’égard des banquiers ne p'eut s’expliquer selon nous que par le rôle particulièrement important qu’étaient appelés à jouer les trapézistes dans un pays dépourvu d’unité politique: et par la perfection technique des procédés employés, qui, en réduisant au minimum les erreurs et les risques, parvint à développer la confiance.

Ce qu’on est convenu de nommer la Grèce en tenant compte des affinités de langue, de race et de coutumes n’a, en effet, jamais existé comme Etat libre dans l’Antiquité. Bien loin d’être unies les cités grecques étaient, au contraire, indépendantes, et souvent rivales les unes des autres ; et toutes avaient le droit, qu’elles utilisaient, de battre monnaie.

Or, suivant l’importance politique et commerciale des cités, les monnaies qu’elles émettaient, avaient cours dans un rayon plus ou moins étendu ce qui, en les faisant rechercher plus ou moins, contribuait à créer une différence entre les valeurs nominales et

(5) Beauchet: Histoire du droit privé de la République Athénienne, tome IV : le droit des obligations, Paris, 1897, p. 326: — Le mot trapéziste, sous lequel on désignait les banquiers, vient des tables -peméiui sur lesquelles on comptait primitivement les monnaies.

réelles des unes par rapport aux autres, c’est-à-dire un change (6).

Les banquiers commencèrent donc par être principalement des changeurs de monnaie. Pour faire ces opérations ils étaient, en effet, indispensables, car, a une époque où l’imprimerie n’existait pas, il était difficile, sans être professionnel, de se tenir au courant des variations de cotations, et, d’autre part, comme les trapézistes possédaient des comptoirs nombreux dans la plupart des cités ils pouvaient accepter en paiement toutes les monnaies étant sûrs de pouvoir les écouler. Cependant l’existence du change entre cités de faible superficie, et aux rapports commerciaux, par suite de ce fait, extrêmement nombreux, devait conduire aux virements en banque en enlevant au paiement comptant son caractère de sécurité. |

On sait, en effet, à l’heure actuelle, que, dans une opération effectuée, même au comptant, avec des commerçants de pays étrangers, le bénéfice escompté peut être supprimé, et même se transformer en perte, si le taux des changes sur lequel on s'était fié pour traiter varie entre l’exécution du marché et le moment où on opère la conversion des monnaies. Or

cet inconvénient était beaucoup plus sensible dans

(6) Pour en citer quelques exemples tandis que les tétradrachmes de Tlosos avaient presque seules cours en Thrace, et les tétradrachmes corinthiennes en Illÿyrie et en Epire, les chouettes du Laurium se répandirent rapidement dans toute l’étendue du littoral méditerranéen. Les chouettes du Laurium désignaient en langage populaire les tétradrachmes athéniennes, et ce nom leur avait été probablement donné en raison de la chouette, emblème de Miet de Pallas Athénée, qu’elles portaient sur une de leurs aces.

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la Grèce antique vu le nombre des cités indépendantes, et, pendant un temps assez long, vu l’absence de la lettre de change (7), et d’autres moyens de compensation, qu’en obligeant les gens à régler leurs transactions en numéraire, augmentait les différences dues au change de frais de transport très élevés.

D’autre part comme le rapporte Aristote dans le chapitre consacré à l’évolution des monnaies le nombre de pièces fausses en circulation était très élevé, et cette raison contribuait à rendre moins sûr le paiement comptant.

Aussi pour se soustraire aux aléas dus aux changes et aux fausses monnaies les commerçants prirent l'habitude de consulter les trapézistes, dont l’expérience les rassurait et, d’autre part, afin d’éviter d’être lésés dans les paiements ils chargèrent ces derniers d'effectuer leurs recouvrements.

Comme, d’un autre côté, à cause des risques de perte ou de vol, les particuliers, après s'être servis au début des temples, déposaient volontiers leur argent disponible dans les banques, ce qui leur rapportait d’ailleurs un intérêt élevé (#) les banquiers disposérent rapidement de capitaux considérables (8 bis),

(7) L’existence de la lettre de change chez les Grecs a été soutenue par Caïllemer: « Note sur la question de savoir si les Athéniens ont connu la lettre de change » dans les Etudes sur les Antiquités juridiques d’Athènes, Paris et Grenoble, 1865, p. 90, cité par Beauchet, op. cit. p. 509-512.

(8) Lorsque le banquier Posion donna à ferme sa° banque à son affranchi Phormion, il était créancier de près de 50 talents prêtés à des particuliers; or le talent attique valait environ 5.600 francs or à une époque où l’argent avait une valeur bien supérieure à celle qu’il a de nos jours. (Maurice Chapoutot : Les dépôts en banque, 1928, page 11, note 1).

(8 bis) La constitution de Solon ayant interdit de limiter le taux

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qui leur permettaient de faire face à de nombreux engagements.

Chargés par leurs clients d’effectuer leurs recouvrements et leurs paiements ils s’aperçurent rapidement que pour effectuer une opération entre deux clients d’une même banque il était plus facile et plus économique d’opérer le règlement par virement plutôt que par déplacement de numéraire.

Si, en effet, Statoclès doit mille drachmes à Posion, supposés tous deux clients d’une même banque, au lieu d’aller toucher cette somme chez Statoclès pour la porter à Posion, ou en créditer son compte, il est plus simple, si les parties sont d’accord, de débiter le compte de Statoclès de mille drachmes pour en créditer le compte de Posion. En opérant ainsi on évitera des déplacements, c’est-à-dire des frais et des causes de perte ou de vol, et on supprimera également les opérations de caisse, qui peuvent donner lieu à des erreurs souvent irréparables.

Mais pour être autorisés par les clients à régler ‘ les opérations par virements il fallait que les banquiers leur inspirent confiance par l'exactitude et par l’honnêteté avec laquelle ils effectuaient les opérations, et par la façon sérieuse, dont étaient tenues les écritures.

Or les trapézistes pour prouver la solidité de leurs établissements exécutaient d’une façon tellement scrupuleuse leurs engagements que suivant une épi-

de l'intérêt, celui-ci était de 30 à 35 % pour les prêts maritimes ou à la grosse aventure, et de 10 à 18 % pour les prêts ordinaires (Haristoy): Les virements en banque, page 41).

gramme rapportée par Chapoutot (op. cit. p. 12) on disait que « Caicos (le banquier) restitue, même la nuit, à tout réclamant, l’argent qu’on lui a prêté ». D’autre part ils montrèrent Ja puissance de leur crédit en prêtant à un taux modéré des sommes considérables au gouvernement d’Athènes pendant les guerres du Péloponèse, et lors du siège de Syracuse (Démosthène : exception pour Phormion cité par Haristoy, op. cit. p. 40).

Quant à la tenue des livres nous sommes documentés grâce à un plaidoyer attribué à Démosthène (C. Callipe, $ 4, Beauchet, op. cit. 507). Les trapézistes possédaient deux sortes de livres : des journaux

ésnuéots , sur lesquels ils portaient chaque jour les. dépôts reçus et les opérations effectuées, et des livres sur lesquels chaque client possédait un compte ouvert à son nom avec une page pour l’actif et une autre pour Île passif. Ces livres étaient rédigés en partie double, et la même somme était mentionnée à son entrée et à sa sortie de la caisse. D’après Démosthène « on inscrit d’abord le nom du déposant, puis la somme déposée, et on mentionne en marge « payé à un tel ». Si la personne qui doit retirer les fonds est connue du trapéziste cette mention suffit ; dans le cas contraire on ajoute en marge le nom d’une personne connue du banquier, qui doit la présenter, et certifier son identité avant qu’elle puisse toucher ». Maintenant si créancier et débitéur possèdent le méme banquier l’opération s’effectuera par un simple jeu d’écritures, sinon il y aura lieu d'effectuer un virement de banque à banque.

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