DIAMANTS DE FAMILLE
— Des diamants de famille! s'écria ramie, mais ta mère était portière. Voyons, ne nous la fais pas.
— Mais certainement, riposta mademoiselle R. • ., ce sont des diamants de famille. M. de Saint-Tripotar me les a donnés hier, ils étaient depuis trois cents ans dans la famille de sa mère, qui est morte il y a deux fours!
Tous les crevés applaudirent en disant :
« A-t-elle de l'esprit, mon Dieu, a-t-elle de respritl»
An milieu de cesbald, ces dames font jouer; il leur en reste toujours quelque chose.
D'ailleurs le jeu achève la ruine de ceux que leur amour ne tue pas. Ce sont les sœurs de charité du mal, qu'on trouve toujours prêtes à s'installer au chevet de l'homme riche; elles ont éteint en elles toute espèce de dégoût physique. Aucune plaie morale ne les effraye, aucune lèpre sociale ne les rebute : plus l'homme est vieux, plus il faut le soigner.
Chacun connaît mademoiselle Y... dont les consciencieux travaux ont été récompensés parTaveugle fortune. Elle jouit en grande dame de ce qu'elle a amassé comme petite dame ; périodiquement elle réunit dans ses salons les braves gens qui Tont aidée dans ses spéculations.
Elle aime à voir réunis en groupe ceux qui Tont aimée en particulier. Il va sans dire que toutes les dames présentes gagnent.
Un jeune étranger bien connu faisait partie àe cette réunion, il perdit une somme énorme
et une fort belle montre, qu'on lui vola sans doute. Le jeune étranger supporta ces pertes avec le sang-froid apanage du grand seigneur. Mais, au moment de partir,il ne trouva, à la place de son chapeau ne.uf, qu'un immonde gibus graisseux et déformé que lui tendait le domestique de mademoiselle Y...
Il ne put plus se maintenir; d'un vigoureux coup^ de poing il envoya rouler à dix pas le domestique qui se releva pour recevoir dix louis que le jeune étranger lui donnait comme indemnité.
Elles vont aussi aux courses, elles y vont pleines d'espoir : peui>être en reviendront-elles avec une position ; mais au retour le peuple siffle, il hurle, il a la tentation de leur jeter
delà boue; il est vrai qu'elles s'en préoccupent peu : cela les connatt.
Une jeune dame bien connue sur le turf de
ia galanterie, d'une réputation (ne
parlons pas des absents), revenait un peu tard des courses de Vincennes. Sa» victoriai ou plutôt LEUR Victoria était traînée par deux superbes chevaux. La dame revenait vite.
C'est à peine si elle avait trois heures pour se mettre sous les armes, avant d'aller à un dîner très-sérieux où de graves intérêts devaient se débattre — elle devait se marier.
Tout d'un coup le cocher fait un brusque mouvement et arrête ses chevaux, qui allaient renverser un vieil ouvrier qui passait son pain sous son bras et sa pipe à la bouche. Le brave homme articule un s. n. de D. énergique, la dame pousse un cri, saute de leur voiture et tombe dans les bras du bonhomme, qui n'en peut croire ses yeux.
Ce bonhomme, honteux et attendri, était le père.
L'émotion commençait à (ragner le voisinage.
— Brave fille to^it de même, disaient les commères; elle a mal tourné, mais elle a bon cœur.
Et chacun s'attendait à voir la brebis égarée appeler le marchand de chevaux d'en face et vendre chevaux, Victoria et cocher.
Mais la dame, après avoir consacré quel ques instants à ses devoirs de famille,,, sur le trottoir, au lieu de retourner à la vertu, retourna à son hôtel.
C'était moins loin 1
Ces travailleuses de Tamour sont intrépides :
riôn ne les rebute, rien ne les arrête : elles ont faim, elles boivent ; elles ont soif, elles mangent; il pleat aux courses, le sol détrempé colle aux pieds, les chevaux les éclaboussent, elles rient; elles détestent les fleurs, elles en acceptent des monceaux, qu'elles étalent cyniquement sur le devant de leur voiture, c'est à qui en aura le plus, cela fait crevrer de jalousie celle qui en a le moins.
Ce sont les cochers qui sont curieux à étu-^ dier.
Au retour des courses de la Marche, une •
petite dame bleue, aux jupons bordés de den* telles et aux talons dorés , nonchalamment étendue dans sa demi-Daumont, disait à son rubicond jockey :
— Mais vous avez trop bu, Joseph!
Réponse de Joseph entre deux hoquets :
— Ma petite chatte, c'est pas moi, c'est les chevaux»
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CN TEMPS D'ABllÉT
ÏÏB temps d'arrêt.
Elles se mettent quelqueiois à aimer. <c Ce^t du temps de perdu, » disent-elles, mais elles s'y laissent prendre tout de même, les unes par désœuvrement, les autres par la crainte de la solitude, car elles n'aiment pas être seules. La solitude, c'est le souvenir, et le souvenir les brûle comme le ferait un fer rougi au feu.
Le souvenir, c'est le passé, la famille abandonnée, le cbapelet d'amants égrenés qui Fout
laissée tour à tour, comme un enfant abandonne un jouet qu'i] a eu en sa possession quelques minutes.
Le secret de leur vie n'est peut-être pas sans analogie avec le criminel, qui ne chante si haut en allant à Téchafaud, qu'afin de ne pas entendre la voix de sa conscience qui le flétrit.
Vamaxit de cœur est quelquefois qualifié d'un nom énergique dans un certain monde ; souvent les apparences sont contre lui*
Supposons-en un amoureux fou d'une de ces femmes; la misère, en convive inopportune, vient sans permission s'asseoir au foyer, le travail de Thomme n'est pas en rapport avec les dépenses de la maison, le terme arrive, les créanciers défilent comme une armée lugubre; ils sont là pressants, impitoyables, sachant fort bien qu'ils tiennent la femme par le luxe et par sa paresse, et que rien ne résiste à cette chose abominable qui a nom misère; ils savent bien que la femme a le cœur émoussé, qu'elle n'aime que momentanément, leurs intérêts dominent : ils menacent de la saisie, de la vente, la femme cède sans trop se faire prier, et l'œuvre de régénération que poursuivait Thomme s'en va à vau-Feati^
En effet, que peut répondre Thomme à cette menace sm^ cesse suspendue sur sa tête comme Tépée de Damoclés : « Crois-tu donc que je vm me laisser vendre pour si peu de €hosef9
Pour sî peu de chose ! Elle a raison; comme il n'y a que le premier pas qui coûte, et que le premier pas est franchi depuis longtemps, c'est peu de chose.
La femme prend alors Thorame en haîae.
Comme elle n'a plus que peu ou point de sens moral, il est pour elle un obstacle. De môme
l'ivrogne bat le passant qui veut le sortir du ruisseau où il est tombé.
La morale de ces lignes est terrible, elle prouve qu'une fois sur la pente il est impossible de s'arrête''
Souvent elles entraînent l'homme avec elles dans le gouffre. L'homme ne peut pas se prostituer ; vendre sa conscience, il ne peut pas non plus, il j a encombrement sur le marché.
Il vole, pas à d'autres amours, mais son patron.
De temps en temps les journaux enregistrent des faits. En voici un.
. a Que tont-elles faire, mon Dieu, que fontelles faire ?
Encore un; naturellement, il était d'une famille honorable ; son père était un modèle d'honneur et de probité, sa mère une sainte femme.
On avait placé le jeune homme chez un banquier connu. L'oisiveté est la mère de tous les vices, on peut dire que l'argent est le père de beaucoup d'entre eux. La vue de l'or tourna
la tôte du jeune homme, tête déjà ébranlée par mademoiselle A..., sirène fort appréciée dans un certain monde.
Mademoiselle A... avait des aspirations luxueuses, le jeune homme se fit un point d'honneur de les satisfaire, il s'endetta, vieille histoire ; afin de ne pas causer à son patron Thumiliation de voir son commis arrêté pour dettes, il emprunta de l'argent à la caisse, il joua à la Bourse, il perdit, il emprunta encore, et un beau matin il devait cinq cent milla francs.
Le banquier découvrit les détournements,
il se fAcha et parla de faire arrêter le jeune homme . On voit d'ici la malheureuse famille du jeune homme.
Elle paya tout, trouvant dans sa ruine complète un motif de consolation. Si le jeune homme avait pris dix mille francs de plus, il eût été impossible de les rendre*
Le jeune coupable fit voile pour la Chine; le père obtint une place de douze cents francs pour vivre, La mère pleure encore en entendant le vent qui souffle et la tempête qui mugit, elle pense que la mer a été man-
valse et qu'elle n'a pas de noayelles de son filai
Qnant à mademoiselle A..., on layoitft toutes les premières, partout où il y a du monde.
Dernièrement elle était la maîtresse d'unjeane lord veni^ à Paris pour admirer les splendeurs dé la capitale.
Lord H... 7 resta plus longtemps que ses héritiers ne l'eussent désiré. On en comprend
facilement la raison : mademoiselle A. • . .
hourî mabilienne, faisait sauter gaillardement les livres sterling, etc.
Le tuteur du jeune homme, instruit de ce qui se passait, vint le trouver et lui tint à peu près ce langage :
— Mon cher lord, si vous ne partez au plus vite, votre patrimoine est flambé I
— Quelle hprrenr, vous doutez de mademoiselle A... C'est un ange de désintéresse-, ment, c'est un ange, entendez-vous?
•— Je sais, c'est un ange, mais savez-vous comment sont faites ses ailes? Elles sont fiâtes avec des plumes de pigeon I
Nos poëtes ont chante les greniers, Ta-
mour, la mansarde, un bonnet de linge, la robe d'organdi; folies que tout cela! Et la jouissance immédiate, et les meubles de Boule, et la soie, les bijoux, le velours, qu'on ont donc fait ces philosophes de carton? Kien. Ils n'ont pas tenu compte de l'orgueil et de la faiblesse du cœur humain; ils n'ont pas compté sur l'ennui résultant de la paresse qui tue tout, qui éteint tout; ils n'ont pas compté sur la vanité, apanage de -la femme, devise immuable de la virtuose du trottoir, qui, plutôt que de perdre son bien d'emprunt, fait tout.
Mais elles brûleraient l'univers entier, pourvu qu'elles entendent dire, quand elles passent dans la rue : Comme cette femme est bien mise, ou quand on entre chez elles • Comme c'est beau.
— no —
Pour exciter cette admiration, elles passent d'un lit à un autre, sans attendre qu'il soit froid.
Cela est si vrai. Combien de femmes sans entourage diraient : Je t aime, je vis avec toi, et à qui l'entourage crie : Folle ! où vas-tu î Ton amour, c'est ta ruine, il ne te restera de cet amour-là que des reconnaissances... du mont-de-piété.
Où vas-tu ? C'est un cri d'alarme quand a femme est seule, mais c'est un cri de joie
quand elle est dettx^ car la vie est une civière, il faut être deux à la porter.
L'homme qui aime une de ces femmes est un fou, soit ; mais songeons que l'amour ne se commande pas.
Ce qu'il faut à cet homme pour oublier, c'est-à-dire pour laisser derrière lui l'abîme de sensations fausses et douloureuses où s'est englouti le Passé ou le Présent, ferait sombrer ce qu'il lui faut de courage pour ainsi meurtrir son cœur volontairement. Cela est immense.
J*en ai connu un qui, quand sa maîtresse lui disait : Mais tu vois bien que tu me gênes y qui, quand le monde le fajait comme on fuît un paria, un cholérique, un léprçux, mettait son mouchoir sur ses yeux et avait & peine la force de pleurer.
C'était pourtant jadis un fier garçon, qui eût pu marcher la tête levée dans la vie, qui, comme Thirondelle, eût pu s'approcher du soleil sans craindre d'être ébloui par les rayons du roi des astres , qui eût pu, comme le chêne altier de nos forêts, relever la téta et dire : Je m'appelle un tel ; eh bien, il préféra marcher dans l'ombre, subir tout, oui TOUT, plutôt que de la perdre. Que celui
qui n'a jamais péché lui jette la première pierre 1
Ce malheureux allait sous les fenêtres de sa maîtresse^ la tête en feu, au milieu de Thîver, ne sentant pas la neige qui lui fouettait le visage, les pieds dans la houe^ n'entendant pas les passants qui se moquaient de lui ou le plaignaient. Il ne quittait pas ses fenêtres, il eût voulu plonger sea jeux hagards dans Tintérieur de cette chamhre. La lumière qui filtrait au travers des jalousies décomposait son âme, sa chair, fibre à fibre ; de ses poings crispés par la rage et Timpuissance il se déchirait la poitrine, puis il jurait de la tuer. Les sanglots l'étouffaient, il essayait de dévorer ses larmes.
io.
La lumière s^éteignait^ Vautre sortait, honteux, rasant les maisons, pensant sans doutp à sa femme qui l'attendait, se cachant comme un malfaiteur, la main sur son porte-monnaie vide et flasque.
La fenôtre s'ouvrait, une tôte y apparaissait, la femme souriante (elle avait le pain du lendemain); lui s'élançait, gravissant Fescalier, comme une panthère qui va se précipiter sur sa proie; elle lui ouvrait la porte...
Toute sa colère s'affaissait, se fondait sous le sourire dominateur de la femme... et il pleurait.
Le lendemain, lorsqu'il était seul, il lui écrivait qu'il voulait rompre, il écrivait dix lettres avant d'en pouvoir mettre une seule à la poste.
Voilà dix ans que cela dure.
Cela ne se passe pas toujours ainsi, il en est qui les tuent ou d'autres qui se tuent.
Mais le plus souvent elles se font épouser.
Pendant t^Ëxposition, les ûlles avaient le vertige, cela se conçoit : la jfrésence & Paris d*un si grand nombre de personnages augustes, de souverains, de princes, etc., etc., leur avait tourné la tête, ce qu'elles auraient bien voulu leur rendre.
Une véritable fièvre s'était emparée de ces ambitieuses, une fièvre monarcho-purpurale, il leur fallait du souverain, elles l'attendaient et ne pouvaient croire qu'il ne viendrait pas un jour ou l'autre visiter leur exposition, pa« universelle, mais permanente; d'aucunes avaient fait poser dans leurs antichambres des patéres spéciales, afin que les nobles
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étrangers pussent accrocher leur couronne commodément.
Ces femmes étaient devenues inabordables pour les simples mortels. Elles avaient donné les ordres les plus sévères à leurs femmes de chambre : les visiteurs royaux devaient être seuls admis dans le sanctuaire... s'ils se présentaient.
Elles ne recevaient même pas leurs créanciers.
Pourtant Tune d'elles» mademoiselle N..., reçut M. de A...
Voici pourquoi :
M. de A..., gentilhomme bien connu à Paris, avait tout à coup disparu. Comme il était de notoriété publique qu'il avait mangé toute sa fortune dans un long banquet dont mademoiselle N... était la fortunée convive (elle avait eu le soin d'emporter les couverts et la vaisselle plate), ses amis avaient supposé qu'il avait été s'enterrer à la campagne, pour se livrer à la digestion pénible qui fait toujours souffrir ceux qui mangent leur avoir.
Ses amis se trompaient. M. de A... s'était retiré loin du monde pour nourrir une résolution aussi coupable qu'énergique.
La misère et la faim étaient ses conseillères. Un beau jour, n'ayant plus rien à perdre, il vint, ainsi que nous Tavons dit plus haut, forcer la consigne chez mademoiselle
n vint lui offrir son nom, elle répondit qu'elle n'en avait pas besoin, qu'elle avait su s'en faire un, sans compter ceux dont on la gratifiait.
En échange de son nom, M. de A... voulait avoir droit à la moitié des dépouilles opimes que la belle pécheregse avait pu amasser pendant plusieurs années d'une carrière fatigante, mais vigoureusement remplie.
Mademoiselle N... finît par accepter ; elle fut généreuse, car elle se fera bien du tort; elle ne sera plus reçue nulle part, même dans la mauvaise compagnie où elle avait ses habitudes.
Elle donna la moitié de ce qu'elle possédait contre un nom, mais elle oublia la valeur qu'il emprunte à la monnaie dont il est payé.
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LEUR 1NTÉR1ED&
ILenr intériecr*
Les appartements sont meublés suîrant 1 degré de richesse des locataires, mais partout l'armoire à glace domine : c'est le drapeau, l'enseigne. Si l'armoire à glace avait gardé l'image de tous ceux qui s'y sont mirés pour rajuster leur toilette, mon Dieu, quelle cohue ! La chambre à coucher est généralement blanche ou bleue; il n'y a d'autres meubles qu'un lit, une armoire à glace, une toilette; la toilette, après le lit, est la pièce principale; elle
recèle dans ses âancs toute une brosserie, toute une parfumerie : du rouge, du blanc, du bleu, du noir et toutes les couleurs de rarc-en-ciel.
Le boudoir ou la pièce qui en tient lieu ne possède que deux fauteuils et une chaise longue, autrement dit une satisfaction. C'est là que madame reçoit de deux à quatre.
Quant à la cuisine, pas ou peu de vaisselle, madame m^nge à la table d'hôte.
La bibliothèque ne contient que des romans à un sou; le Petit Journal traîne dans tous les coins. Si madame lit peu, en revanche, elle écrit beaucoup, c'est encore une bonne mine à exploiter : la correspondance de ces dames coûte plus cher qu'une correspondance ^ d'omnibus.
Il est à remarquer que tous ces apparte ments ont deux entrées, cela est fort utile » les ha Situés ne se rencontrent jamais, les reconnaissances fâcheuses sont ainsi évitées.
Et puis la bonne est intelligente, elle n'ou-
vre jamais qu'après avoir fermé toutes les portes à chaque coup de sonnette d'un nouvel arrivant; elle frappe discrètement chez madame.
— Madame, 6'est une dame qui vous demande.
C'est compris! I
Une particularité est à noter : madame se met bien à la fenêtre, cela lui sert quelquefois, mais elle ne permet pas aux hommes qui sont chez elle d'en faire autant. Dame! un habitué pourrait passer dans la rue. .
Dans Breda-street (le quartier général des
virtuoses du trottoir) toutes les maisons sont garnies de femmes ; les propriétaires et les portiers de ces maisons sont de curieux types : les uns louent en meublé à la journée, les autres profitent de la position exceptionnelle et délicate de leurs locataires pour louer 1,500 francs ce qui eu vaut 500»
Dans ces maisons, c'est un va-et-vient continuel, les portiers tirent le cordon toute la nuit. Pour se rémunérer de^leurs peines, il en est quelques-uns qui emploient un moyen que je ne saurais qualifier.
Si passé minuit un homme descend de la maison et demande le cordon d'une voix honteuse, le portier se lève et dit à Y étranger ;
— Monsieur, tous me dérangez de mon sommeil, vous comprenez?
— Non!
— Eh bien , il faut me donner quelque chose.
— Je n*ai pas de monnaie.
— Je vais vous rendre.
— Voyons, combien est-ce?
— Ce que monsieur voudra.
V étranger saigne encore une fois son portemonnaie au profit du chevalier... du cordon et se sauve jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendra plus.
Les propriétaires connaissent-ils cet infâme métier?
Assurément; ils payent peu leur concierge, ils comptent sur les bénéfices probables.
Si on leur signale cette odieuse spéculation, ils répondent avec beaucoup de sang-froid :
— Que voulez-vous ! il faut bien que tout le monde vive.
D'ailleurs, les propriétaires ont un singulier moyen pour garantir leur loyer. Le voici. ' Si une de leurs locataires tombe malade, ils supposent que, ne sortant plus, elle ne pourra pas payer immédiatement, ils lui donnent congé au de^ii-terme ; comme ils sont créanciers privilégiés, ils ont les meubles, qu'ils font vendre I
— \3{Q(o)IO' —
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