I. École française, n
relations de famille ou d’amitié qui unissaient les la Trémoille et les Châtillon aux Montmorency et cet exemple suffit pour démontrer qu’il n’est pas inutile de connaître les alliances de ces grandes familles pour contrôler les attributions que peut suggérer l’observation, dans différentes œuvres, de caractères artistiques communs.
Guillaume avait entrepris vers la meme époque d’importants travaux au château de Chantilly; ces travaux paraissent avoir été terminés en 15301. M. de Yilleroy secrétaire des finances, en avait surveillé l’exécution. « Mon frère, écrivait M. de Laval au grand maître, je passé à Chantilly où je trouvé Monsieur vostre père, qui fist la meilleure chère du monde à M. de Chasteaubriant2 et à moy, au plus beau lieu que je vey de dix ans; et ay veu vostre tapisserye estrange et autres meubles. Mais je m’esmerveil, veu le lieu et le passe temps que vous y auriez, que n’y hantez plus souvent. »
Les devoirs de sa charge retenaient le grand maître à la cour. Son mariage avec Madeleine de Savoie, nièce de la reine-mère, fut célébré en grande pompe à Saint-Germainen-Laye le 10 janvier 1527. Le roi donna aux jeunes époux le comté de Beaumont-sur-Oise et les baronnies de Montbéron et de Fère-en-Tardenois. Anne reçut de son cousin, le comte-évêque de Beauvais, Charles de Villiers, les terres de l’Isle-Adam, de Nogent, de Yalmondois et autres.
1. Anne de Montmorency , pp. 168-109. Au grand maître M. de Laval (fr. 3,039, 71), cf. Villeroy (2,976, 53 et 91).
2. Après la mort de Guy de Laval, M. de Chateaubriant le remplaça dans le gouvernement de Bretagne.
Le grand maître justifia la confiance du roi par les actes de son administration. En véritable homme d’État, il subordonna toutes ses décisions aux intérêts supérieurs de la France. Sa foi vive ne l’empêcha pas de poursuivre, même contre le souverain pontife, la défense des droits de la couronne, et ses lettres à l’ambassadeur François de Dinteville attestent une hauteur de vues qu’on a rencontrée rarement.
Les représentants des cours étrangères s’adressaient à lui comme à l’arbitre de la paix en Europe. Henri VIII et Charles-Quint avaient pour lui la plus grande déférence et l’immense fortune qu’il recueillit en 1531 à la mort de son père augmenta encore son prestige.
Quand la paix intérieure fut troublée par des discordes religieuses, Anne, bon catholique et peu disposé par tempérament à la tolérance, fut l’adversaire résolu des réformés, qu’il considérait comme des fauteurs de désordres.
Cependant il entretenait des relations diplomatiques avec les princes protestants d’Allemagne, accueillait avec faveur l’ambassadeur de Khaïr-Eddin-Barberousse et négociait avec Soliman, ne négligeant aucune des alliances défensives qu’il croyait profitables à la grandeur de la France.
Philippe Chabot, en décidant François 1er à rompre la paix, contrairement à l’avis du grand maître, fournit à Anne de Montmorency l’occasion de son triomphe. Après avoir assuré la défense des frontières du Nord et de l’Est, Anne concentra entre Marseille et Avignon des forces considérables, abandonnant à l’armée impériale la Provence systématiquement dévastée. L’échec de Charles-Quint en Provence, et les succès de Montmorency d’abord en Picardie, puis en
Italie, où il pénétra par le Pas de Suse, réputé inexpugnable, grandirent encore la renommée du grand maître. Le roi lui confia à Moulins (le 10 février 1538) l’office de connétable de France, resté sans titulaire depuis la défection de Charles de Bourbon.
Lapaix assurée, Anne de Montmorency put entreprendre, dans ses domaines, les grands travaux qu’il y projetait. Une maison s’élevait pour lui à Compiègne ; il construisait à Paris, rue Sainte-Avoye, l’hôtel neuf de Montmorency; mais c’est dans l’ancien domaine de ses ancêtres, à Écouen, aux portes de Paris, qu’il avait choisi l’emplacement de sa nouvelle résidence, et il y a lieu de penser que les travaux durent être commencés immédiatement après la fin de la guerre et l’élévation d’Anne de Montmorency à la plus haute dignité de la couronne.
L’échec de la politique pacifique du connétable, après la réception de Charles-Quint en France, détermina sa disgrâce. 11 quitta la cour emportant les regrets du roi, et se retira dans ses terres. « Je ne peux trouver qu’une faute chez vous, lui dit François Ier, c’est que vous n’aimez pas ceux que j’aime1 2. »
Le château de Chantilly avait été terminé vers 1530, avant la mort de Guillaume de Montmorency. Le petit château qui précédait la cour des offices, et qui subsiste encore aujourd’hui, paraît avoir été la seule construction ordonnée
1 . Francis Decrue, Anne de Montmorency, p. 3ot>, note 3. Lettres du connétable à M. de la Rochepot, 8 mai (fr. “1995, 257-260), 7 juillet {id., 285). et p. 357, note 1. Registre du parlement, X, 1541, 5U, 13 juillet 38.