F. Decrue, p. 401, note 2, state paper s, VIII
par le connétable à Chantilly; il est attribué depuis longtemps à l’architecte d’Écouen, Jean Bullant.
Le château d’Écouen dut, à la réserve des avant-corps de la cour et de la terrasse, être élevé entièrement de 1538 à 1545, avec la galerie, détruite en 1787, qui conduisait à la chapelle, et que nous connaissons seulement par les dessins de du Cerceau.
C’est à tort, selon moi, qu’on a voulu étendre pendant un quart de siècle les délais nécessaires à l’édification du château1. La construction du monument n’exigeait pas plus de cinq ou six années et il est permis de croire que le connétable, comme le moindre bourgeois de Paris, voulait jouir promptement de sa nouvelle résidence. D’ailleurs les vitraux, placés évidemment à l’époque de l’achèvement des travaux, portent les dates de 1542 et de 1544 et l’on peut difficilement reculer le commencement de l’entreprise au delà de 1538, c’est-à-dire jusqu’aux campagnes de Provence, de Picardie et d’Italie.
Le chœur de l’église d’Écouen fut construit à la même époque et porte aussi les dates de 1544 et de 1545.
Les additions faites par Jean Bullant aux façades de la cour et de la terrasse du château sont postérieures : l’architecte en a presque fixé la date dans la dédicace d’un livre intitulé : « Beigle généralle d’architecture des cinq manières de colonnes », et publié en 1564. Il remercie le connétable « lequel, dit-il, m’a toujours occupé et entretenu aux œuvres de son chasteau d’Écouen, afin de ne me consommer en
1. Léon Palustrü, Renaissance en France, Ile-de-France, t. II, p. 48-62.
oysiveté, d’autant que la pluspart du temps me restoit sans occupation ' ».
Cette dédicace môme invite à la prudence ceux qui seraient tentés d’attribuer sans preuves à Jean Bullant tous les édifices élevés au xvi" siècle dans le voisinage d’Écouen.
L’hypothèse d’un premier architecte du château, Billard ou Baillard, désigné comme « maistre maçon de Monseigneur le connétable1 2 » dans des réceptions de travaux à Fontainebleau et à Saint-Germain-en-Laye, est séduisante en ce qu’elle donnerait l’explication des différences de style souvent remarquées entre le château primitif et les additions qu’il a reçues.
Mais, si l’œuvre de Bullant à Écouen se réduit à la loge de la terrasse et aux avant-corps de la cour, on a peine à comprendre que cet artiste s’attribuât, dans la dédicace de son livre, le mérite d’une œuvre conçue par un autre et qu’il aurait simplement gâtée par ses additions.
Pour accepter sans réserve l’hypothèse d’un premier architecte du château, il faudrait admettre qu’à l’époque où le nom de Billard apparaît dans les comptes du roi aucune construction autre qu’Écouen n’eût été ordonnée par Anne de Montmorency; mais le grand château de Chantilly, la maison de Compiègne, l’hôtel neuf de Montmorency à Paris étaient ou achevés ou en cours d’exécution.
Je croirais plutôt que Jean Bullant, influencé tardive-
1. L. Magne, L'Œuvre des peintres verriers français , t. I, p. 117.
2. L. Palustre, Renaissance en France, t. II, p. 50, note 2. Comptes des bâtiments du roi, I. 211, 225, 232; II, 294, 305,
ment par les « reigle et doctrine de Vitruve », voulut donner au connétable un échantillon de ses connaissances classiques, en complétant les façades du château par des placages dans le goût italien.
L’époque de ces additions peut être contrôlée par les devises et les inscriptions conservées encore en place. Dans la cour intérieure, l’avant-corps du Sud porte sur la frise supérieure les croissants de Diane, enlacés de branches de laurier. Sur la grande terrasse, dont les baies ont été modifiées à l’époque où la loge fut construite, on remarque, sur les soubassements des lucarnes, tantôt les trois croissants enlacés entourés de la devise « Donec totum impleat orbem » et se détachant sur les chiffres de Henri II, tantôt le symbole du soleil perçant les nuées, encadré par l’inscription grecque I1EPÏ AMHXANIAS ETEAIIISTIA et s’enlevant sur un semis de lettres K adossées.
La lettre K suivant Berty serait l’initiale du nom latin « Karolus » de Charles IX'. Suivant M. de Guilhermy2 la devise grecque indiquerait les alternatives de faveur et de disgrâce du connétable. M. Palustre a réuni chiffres et devise pour les attribuer â Catherine de Médicis, ce qui n’a rien d’invraisemblable. Les dernières années du règne de Henri II seraient donc la date probable de l’addition d’avant-corps au château d’Écouen.
Quoi qu’il en soit le château d’Écouen, même dépouillé
1. A. Berty, Histoire générale de Paris, Région du Louvre et des Tuileries, I, p. 250. « On remarque, au contraire, des K affrontés, initiales du nom latin Karolus de Charles IX. »
2. F. de Guilhermy, Inscriptions de la France, t. II, p. 405. Écouen-Château.
la
de ses vitraux, de son autel, de ses statues1, de ses lambris, est encore justement admiré. Dans la chapelle, les tribunes en menuiserie, les peintures et les sculptures des voûtes témoignent de la splendeur de l’œuvre primitive.
Anne s’était entouré des artistes français les plus célèbres. Jean Goujon exécutait pour lui la « Victoire » dans la cheminée de la grande salle et les magnifiques bas-reliefs de l’autel dans la chapelle. Les fresques des cheminées, les peintures décoratives des poutres, les carrelages émaillés, les ferrures et les nielles d’or des portes, attestent le goût de ce grand seigneur qui fut, sous François Ie1' et Henri II, le protecteur des artistes français et leur défenseur contre les Italiens, entretenus par la faveur royale aux portes du Louvre. La fortune de quelques artistes, tels que Bullant, semble même avoir suivi la fortune du connétable.
Un magnifique émail de Léonard Limosin (frontispice)2, daté de 1556, nous conserve les traits du connétable, reproduits dailleurs sur une verrière de la nef dans l’église de Montmorency.
Les richesses considérables du connétable s’étaient accrues, au moment de sa disgrâce, par une donation de son parent et ami M. de Chateaubriant, et il en faisait le plus noble usage en augmentant ses magnifiques collections de tapisseries, d’armes, de bustes et de médailles. La bibliothèque du château de Chantilly réunissait, suivant Sauvai, les livres les plus rares et les plus précieux manuscrits.
1. Les captifs de Michel-Ange occupaient les niches ménagées entre les grandes colonnes corinthiennes de la cour.