I. Amt. archéoL, t. I
j+ LES VITRAUX.
Assurément. A condition d^une réserve, pourtant. Car enfin, si Ton parvient à déchiffrer ces verrières, à déterminer leur graphique, ce sera sur les reproductions précises qui en ont été faites. Autrement, sur place, le pétillement répercuté des tons et des reflets empêche de rien saisir d'arrêté, de défini. Cest la magie du kaléidoscope avec ses surprises, ses caprices soudains, ses créations brusques, fugitives, interrompues, avec, aussi, ses confusions qui mêlent tout, où tout s'éparpille. A Chartres même, on verra bientôt les vitraux du xin^ siècle d'un effet de kaléidoscope également, ou plutôt ressemblant à ces tapis d'Orient dont Venise, maîtresse du commerce levantin, expédiait en tous lieux des exemplaires, mais d'une lecture plus coulante, plus facile à suivre, grâce à un procédé qu'on ne manquera pas d'expliquer.
Les vitraux du Mans, qu'un zèle complaisant fait exécuter au xi^ siècle, seraient dus plutôt, semble-t-il, à la générosité de Guillaume Passavant, grand fondateur de vitres peintes, évêque de 1 142 à 1186, et elles auraient été mises en place en 11 58, lors de la consécration de la nouvelle cathédrale.
Au bas de la nef, à droite, quatre panneaux inférieurs d'une Ascension de Jésus-Christ ^ à fonds bleu et rouge alternatifs, se recommandent par leur ancienneté surtout. Cependant la coloration en est fort agréable, douce et vive à la fois. La Vierge entre deux groupes d'apôtres (fig. 8); au-dessus, six apôtres en deux groupes. La disparition d'une tête d'apôtre, à gauche, permet de suivre les traces d'un procédé qu'on peut observer également dans un autre vitrail de la cathédrale du
LE XIF SIECLE.
Mans, celui des Saints Gervais et Protais, mais qu'on ne rencontre pas dans les verrières du siècle suivant : les cheveux se continuent en petites mèches sur le nimbe, au delà du plomb qui contourne la tête. On remarque la même particularité à toutes les têtes de ce vitrail de VAscension. Du reste, la fabrication matérielle de cette verrière, et d'une autre, les Rois Mages, qui sera notée plus loin, est médiocre : la peinture des contours et des hachures s'est soulevée en des endroits, soit que le fondant destiné à fixer la couleur au verre ait été employé trop dur, soit par insuffisance de cuisson.
La verrière des Saints Gervais et Protais comporte dix-huit médaillons superposés trois à trois, ceux du sommet déformés par Tamortissementde la fenêtre. Plus hauts que larges, sans bordure, le champ rouge, les médaillons latéraux contiennent trois
Fig. 8.
-LA VIERGE UU VITRAIL DE l'ascension.
(Le Mans.)
if, LES VITRAUX.
personnages, ou deux, ou même un seul. Les médaillons du milieu, carrés, circulaires, ou bien octogones, sont mieux fournis en personnages. Plusieurs compositions ne manquent pas d'un certain accent dramatique, celle, principalement, où le bourreau s'apprête à couper d'un revers de son glaive la tête de Protais. Des petits sujets, à droite, sainte Valérie et un ange (fig. 9), à gauche, saint Vital qu'un ange accompagne également, se font remarquer par leur coloration faite de nuances délicates et fines, et les auréoles sont hardiment jaunes, pourpres, vertes, ou rouges, ou bleues, — comme dans V Ascension, d'ailleurs. Le fond des compartiments du centre est rouge. Au Mans, le rouge tient plus de surface qu'il n'est coutume dans les vitraux du xir siècle. Le coloris du vitrail des Saints Gervais et Protais a dQ l'éclat, de la force; l'harmonie en est riche et très vibrante.
Ce vitrail n'est point à sa place primitive. Pour le loger où il se voit à présent il a fallu le diminuer en largeur, quitte à faire sauter la bordure qui l'entourait, quitte à rogner celle des médaillons, comme l'indiquent l'interruption, sur les côtés, des cadres circulaires, et la suppression, aux panneaux rectilignes, des bordures montantes. La date de cette mutilation n'est pas certaine; on n'a pas à la rechercher ici.
Aussi à la cathédrale du Mans, et du même temps, un panneau à fond rouge égaré dans la chapelle de la Vierge, les Rois Mages endormis; les médaillons, également à fond rouge, de Jésus devant Pilate et do, Jésus dans les limbes; au bas de la nef^ provenant d'une lancette du chœur, cinq panneaux de a l'histoire » dt Saint
E tienne, k fonds bleus.
et le vitrail de Saint Julien. Sur vingt-neuf
panneaux, dix seulement sont anciens, de forme carre'e, le fond rouge. Ils se distinguent assez des modernes de près ou à distance. Les vêtements épiscopaux du saint personnage sont agrémentés d'ornements enlevés à la pointe, dont le goût et le dessin, d'une très souple élégance, contrastent avec les proportions pesamment incorrectes et le contour barbare des figures. Sur les panneaux de Saint Etienne et la verrière de Saint Julien on relève des ornements du même genre, obtenus par le même procédé ^
Embarrassé devant