Ç. SAINTE VALÉRIE
ET UN ANGE. (Mans.)
I. Voy. Calques des vitraux de la cathédrale du Mans, E. Hucher.
par
j8 LES VITRAUX.
toutes ces vitres peintes, chacune demanderait une analyse détaillée; on est contraint de les mentionner en de brèves paroles. Aussi, on ne parlera pas longuement de la Glorification de la F/er^e conservée à Vendôme, dans Péglise de la Trinité. Elle est de 1180. D^aspect très byzantin, on lui trouve quelque ressemblance avec la Vierge de Chartres qu'on essayera vainement, selon nous, de reculer jusqu'au siècle précédent. Marie, représentée le front ceint d'une couronne, vêtue d'une robe bleue, enveloppée d'un long voile blanc, tient son fils sur les genoux, assise de face, dans un grand nimbe amandaire très allongé. Des anges voltigent auxécoinçons. Bordé de perles, le nimbe est jaune, semé d'ornements, enrichi de fleurons verts ou bleus. Le champ est rouge ; celui des écoinçons, bleu. Dans son ensemble, coloris un peu terne et sourd, en somme. A la galerie haute de la même église se trouve un panneau exécuté peut-être avant cette Vierge. Il réplique, au moins, dans son ordonnance générale, celui de Saint-Denis où Dieu le Père soutient la croix de son fils.
Quoi qu'on en ait écrit, les fenêtres du chœur de la cathédrale de Lyon ne sont point du xir siècle, non plus celles de l'abside de Saint-Etienne, cathédrale de Bourges. Mais, dans l'église souterraine de Saint- Etienne, deux petits panneaux, VAdoration des Mages et V Annonciation, semblent bien appartenir à la première moitié de la période. Ils proviennent de l'ancienne basilique.
Çà et là subsistent encore des vestiges de vitraux du xii^ siècle, à Saint-Serge et à l'hôpital d'Angers, à Fontevrault, malheureusement dépareillés et frustes.
Fig. IV. ARBRE DE JESSÉ.
(Vitrail de l'église de Varennes.)
Des fouilles opérées en 1875 à l'abbaye du Mont-Saint- Michel ont fait découvrir des parties de verrières fondées, soit vers ii35 par Bernard du Bue, abbé du monastère, soit par Robert de Torigny, élu abbé en II 54. Voici un fragment intéressant conservé à réglise de Varennes (Seine-et-Oise), qui n'avait pas été reproduit encore, à notre connaissance, ni signalé. Entière, la verrière représentait /M r^re de Jessé. Dans les deux compartiments restants, la Vierge, un prophète debout de chaque côté; Jésus-Christ, au-dessus, entouré des sept colombes, emblèmes des dons de Dieu. Jésus et Marie sont assis dans des nimbes amandaires à fond rouge, formés par les rameaux mêmes de Tarbre ; la Vierge, un livre dans la main gauche, semble bénir de Pautre; les bras à demi levés, à demi écartés, Jésus-Christ fait le signe de la bénédiction et tient la boule du monde. Comme proportions et dessin d'ensemble, comme vérité d'attitudes, ce fragment, certainement du siècle, est d'un art plus souple et moins rude qu'on le voit dans la plupart des vitres de la même époque. (Fig. loj.
Au siècle dernier, onrencontrait encore beaucoup de ces vieux vitraux, de date et d'origine certifiées, échappés au désastre des incendies, au fléau des guerres, qui avaient résisté, circonstance plus extraordinaire, à l'indifférence des hommes. S'ils nous étaient parvenus, on visiterait au moins avec curiosité ceux de l'abbaye de Saint-Hubert-en-Ardennes, et celui de l'abbaye de Braines, près Soissons, où se voyaient deux personnages présentant à la Vierge Marie le modèle de l'église, le comte Robert, fils de Louis le Gros,
LE XIF SIECLE.
et Agnès, son épouse, vitrail donné à la comtesse par sa parente la reine dWngleterre. Il s'en trouvait à Notre- Dame de Paris. Ainsi, un Tj^iomphe de la Vierge offert par Suger, « d'une grande beauté «, s empresse d'écrire le moine Guillaume dans son Eloge de Suger, que Levieil fit disparaître, obéissant à Tordre du Chapitre, et de grandes figures d'évêques aux fenêtres hautes du chœur, « dont j'ai démoli en 1741, ajoute Levieil, les deux dernières pour les remplacer par des vitres blanches ^ ». Et, vers 1820, presque de nos jours, une bande noire qui s'abattit en Anjou sur Tabbaye du Loroux détruisit dans une dévastation stupide une verrière certainement plus ancienne que celles de Saint-Maurice d'Angers, donnée par le duc Foulques V, roi de Jérusalem.
Pertes affligeantes, certes. En maints endroits, par suite de remaniements, de reconstruction d'églises, les verriers du xiii« siècle furent- appelés à substituer des vitres nouvelles à celles de leurs prédécesseurs ; mais, on le dirait, ils respectèrent les plus belles. Du moins, les vitraux du xii® siècle qui restent ne craignent, en général, aucune rivalité pour le goût et la force de Fornementation, pour la beauté suprême du coloris, et plusieurs, sous ce double rapport, l'emportent sur tous les similaires de la période qui suivit. Cette remarque fait regretter davantage qu'on n'en ait pas sauvé un plus grand nombre de cet ordre incontestablement supérieur.
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