I. Hist. de la peinture sur verre en Limousin
LE XI I« SIECLE. 4j
Pontigny, de Mégennes, de Chablis, de Montréal, à la chapelle de l'ancien hôpital de Sens (fig. ii), qui n'avaient pas, toutes, relevé de la règle de Cîteaux *. Toutefois, de ces verrières incolores, les unes sont du début du xiii^ siècle, les autres d'époques plus rapprochées, excepté le petit panneau de Sens qu'on peut, sans tomber dans la manie de reculer les dates, attribuer à la fin du XII® siècle. Mais il n'égale pas les vitres de Bonlieu, mieux composées, d'un style plus élégant, plus nerveux, où des fleurs à cinq lobes s'épanouissent en des cœurs enlacés et liés par des agrafes.
Il est bien entendu que le blanc des vitraux incolores est tout relatif. Le verre blanc absolu resta inconnu aux verriers du moyen âge. On le voit, en effet, toujours verdâtre, tirant, suivant les imprévus de la cuisson, sur le jaune fumeux ou sur le bleuâtre un peu froid, et cette variété de nuances d'un ton fondamental n'était jamais négligée dans le même panneau, par les premiers verriers, très soucieux des agréments décoratifs.
Maintenant, les vitraux incolores d'Obazine, de Sens et autres lieux, est-ce l'action du temps qui les a dépolis ou bien un procédé spécial de fabrication, comme l'emploi d'une couverte ou d'une recuisson dans un bain de cendre ou de chaux, en conformité des indications de Théophile ? A coup sûr, le temps les a criblés de cicatrices, même de cavités profondes, et cela suffirait à expliquer leur translucidité sans transpa-
I. Recherches sur les anciens vitraux incolores du département de l'Yonne.
rence. Néanmoins, plutôt est-on disposé à croire que fabriqué à Taide de moyens fort simples et peu coûteux, le verre blanc eut, d'abord, seulement la translucidité nécessaire au passage de la lumière. Cest plus tard, avec les progrès réalisés dans la manipulation des matières premières, qu'il cessa d'être opaque, qu'on lui donna la transpai^ence,ct qui fut peut-être pour les verriers une ressource, mais non pour les vitraux un avantage.
A partir du xii*" siècle on fit beaucoup de vitres incolores. Il s'en rencontre en bien des églises ou chapelles. Dans les constructions civiles elles furent utilisées, égayées souvent d'écussons, d'emblèmes, de devises. Chaque époque en modifia le caractère, apporta des changements au dessin de la mise en plomb, à la disposition des motifs. Elles furent l'origine des belles grisailles en si légitime honneur au xiip siècle. Mais on en abusa, et cet abus compte pour quelque chose dans la décadence de la peinture sur verre.