FOND DAMASSÉ
(Quimper.)
légèrement roussâtre. Les personnages se détachèrent
Fig. 6H. — FOND DAMASSE.
(Bourges.)
sur des fonds de tapisserie, de perspectives architecturales, sur des paysages; les dais, les pinacles, les
colonnettes encadrant les figures isolées prirent une telle importance que ces figures occupèrent la moitié, ou seulement le tiers, de la verrière; des légendes écrites sur des phylactères fournirent Pexplication des sujets, ordinairement par un verset tiré des Saintes Ecritures, et les bordures se firent rares de plus en plus. Enfin, pour tout dire, le verrier du xv^ siècle, devenu indépendant, affranchi de la tutelle de Tarchitecte, semble alors travailler moins pour Tédifice qu'il décore que pour son propre compte, pour assurer à son œuvre une valeur individuelle. Les frères Hubert et Jean van Eyck, graves, studieux penseurs, praticiens savants, exquis dans le fini des détails, contribuèrent beaucoup à cette évolution. Avec les traités du Florentin Alberti et d'Albert Durer, la perspective commença aussi à s'introduire dans le vitrail.
Les sujets symboliques et de théologie, les compositions légendaires tombèrent alors en discrédit. Par exemple, à la cathédrale de Tournai, les verrières absidales des deux transepts relatent des faits qui intéressent le clergé de la ville, les prospérités du chapitre, nullement la religion : d'un côté, la querelle des frères Chilpéric et Sigebert, y compris l'assassinat de celui-ci par les deux bandits qu'a soudoyés Frédégonde, et les droits accordés à l'évéque Chrammer par Chilpéric, droits de pontenage, de balance, sur le vin, sur le marché, sur la cervoise; — de l'autre, l'histoire du rétablissement de l'évêché de Tournai, en 1146, qui fut très laborieux, à ce qu'il paraît, et le châtelain, l'avoué, le magistral de la cité prêtant serment à l'évéque comme à leur seigneur suzerain, selon les lois féo-
dales. Voilà plus de vingt tableaux emplis d'anecdotes locales, sans qu'un seul soit consacré à la Foi et au dogme, à une leçon de TEglise, à quelque apôtre, patriarche ou saint martyr. Ces vitraux, d'ailleurs, de la seconde moitié du siècle, ont une valeur artistique. Le travail en est très fin, d'une grande délicatesse. Ils proviennent de Técole des frères van Eyck, ou de celle de van der Weyden. Mais les auteurs n'en sont point formellement connus ^.
Cependant, l'abbé Lebeuf signale quatre panneaux d'un caractère singulièrement expressif qui se trouvaient de son temps à l'église de Thôtel Saint-Paul, « presque vis-à-vis le pilier de la chaire du prédicateur ». Sur le premier, Moïse, portant les tables, élevait une épée; sur le suivant, David tenait une tête coupée et un glaive. Au-dessus des personnages, cette inscription : Nous avons défendu la Loy. — Au troisième panneau, un croisé, saint Louis, évidemment, une épée dans la main droite, le monogramme du Christ dans l'autre, et ces mots : Et moi la Foy; — au quatrième, « une femme dont la coiffure est en bleu, les habits en vert; elle a la main droite appuyée sur un tapis orné d'une fleur de lis, et de cette main tient une épée; de sa main gauche posée sur sa poitrine, elle tient quelque chose qu'il n'est pas facile de distinguer : au-dessus de sa tête est écrit : Et moi le Roy. — L'abbé ajoute : « J'ai pensé que ce devait être la Pucelle d'Orléans. » Il y a toute apparence que c'est bien Jeanne qu'on
I. Sur les vitraux de Tournai, voy. l'Histoire de la peinture sur verre, par E. Lévy.
voyait là, en effet, et même, suivant Langlois, dans son Essai, Henry Mellein aurait été Tauteur de cette effigie exécutée en 1436, cinq ans après le martyre de la glorieuse héroïne ^. La même église avait d^autres verrières de ce temps, « d^un travail généralement estimé î), dit Fabbé Lebeuf, « peintes à Penvi, affirme Piganiol de la Force, par les meilleurs peintres sur verre qu^il y eût ». Elles devaient être belles, certes, si les « meilleurs peintres » y avaient travaillé; car plus d'un verrier excellait alors en son art, sachant bien dessiner et bien peindre, habile à régler avec grâce une draperie, à modeler avec précision. Entre autres, Pauleur inconnu de la verrière fondée en 1400 à Saint-Taurin, cathédrale d^Evreux, par Guillaume de Gantiers, pour « son joyeux avènement » à Tépiscopat.
On la voit à gauche, à la cinquième fenêtre de
I. Par lettres patentes octroyées aux peintres-verriers, les rois Charles V et Charles VI les avaient déclarés « francs, quittes et exempts de toutes tailles, aides et subsides, garde de porte, guet, arriere-guet et autres subventions quelconques ». En 1431, Charles Vil confirma ces privilèges à la requête d'Henry Mellein, le verrier dont on vient de parler, demeurant à Bourges, « dans sa personne et dans celle de tous les autres de sa condition ». Henri II, le ô juillet i555, les confirma de nouveau. — Mais si Charles VII aima et favorisa la peinture sur verre, le roi René, son contemporain, qui était poète, musicien et peintre, fut verrier aussi. Prisonnier à Dijon après la bataille de Bar, ou de Buligneville (juillet i43i), il employa les loisirs de sa captivité à peindre différents sujets. Il fut visité un jour par Philippe le Bon. « Or, il avait exécuté sur verre les portraits de Jean-sans-Peur et de Philippe lui-même. Il les offrit à son puissant geôlier, qui donna ordre de les placer dans les vitraux de la chapelle des Chartreux. » — Alfred Michiels, Histoire de la peinture flamande et hollandaise.
rétage supérieur, en deux lancettes. Dans celle-ci, Tévêque à genoux, sainte Catherine à côté, portant, en plus de la roue de son supplice et d'une palme, la mitre et la crosse du prélat; dans celle-là, la Vierge couronnée, son fils dans les bras. Le fond de la première lancette est rosé, celui de la seconde d^un vert pâle, et, au-dessus de chaque personnage, se profile sur un champ rouge un pinacle d'une rare élégance, d'une grâce parfaite. L^architecture et les figures sont en grisaille relevée de touches jaunes. A Pair des visages, à la souplesse des attitudes, au jet des draperies, à son exécution très remarquable, on dirait cette verrière plus récente. Sur la stricte limite de deux siècles, elle semble tenir plutôt de la fin du xv^ que de la dernière année du xiv«, ce qui explique son introduction en ce chapitre, et fait un frappant contraste avec d'autres vitres de Saint-Taurin, peintes à la même époque ou dans le courant du siècle.
Les verrières de Saint-Séverin, à Paris, eurent de la renommée. Leur ensemble devait impressionner, en effet, quand rien ne manquait aux quarante-neuf hautes lancettes de la nef et du chœur, contenant de grandes figures, ni au vitrage du faux triforium, répétant audessous, à peu près, les mêmes dispositions, lui aussi développant une longue théorie de saints personnages. Mais dès le dernier siècle, elles avaient souffert de la manie qui poussait les doyens et les fabriciens de paroisses à remplacer par du verre blanc des parties, sinon la totalité, de leurs vieux vitraux. Les vitraux de Saint-Séverin perdirent alors leurs fonds et leurs bordures. Soit en ce temps-là, soit plus tard, ils perdirent
aussi plusieurs des lancettes supérieures, et, dégât plus grave, toutes celles du faux triforium. Quant à ce qui resta, ce fut, on le pense bien, après avoir éprouvé encore mainte avarie de conséquence. Il y a peu d'années, la réparation de ces dommages fut confiée au verrier Lafaye.
D'abord, dans les cinq premières ouvertures à gauche et les cinq premières à droite, où il n'existait plus même un lambeau de verrière, on fit entrer les verrières absidales de Saint-Germain-des-Prés, auxquelles on venait d'en substituer d'autres, Jésus-Christ ^ la Vieî'ge^ saint Denis, saint Jean^ etc., exécutées par H. Gérente, d'après des dessins de Flandrin. Il y eut beaucoup à faire pour rendre aux vieilles vitres à peu près leur primitive apparence. Les pièces neuves y sont probablement en majorité. En somme, travail honorable, de précautions et de dévouement, dont il faut savoir gré à celui qui l'entreprit et sut le conduire à bien. Il y eut, en outre, à rendre aux lancettes les fonds supprimés et leurs bordures, à restituer aux lobes, aux rosaces des flamboyants presque toutes les figures, — anges musiciens ou chanteurs, en général, — également disparues. Et que de morceaux égarés, détruits, combien dépareillés, étrangers à la place qu'ils occupent! Tout cela a été intelligemment réordonné, refait, on aime à le reconnaître. Malheureusement, on ne fut pas aussi heureux dans la restitution complète des personnages aux baies du triforium, restitution qui atteint tout au plus le niveau d'une imagerie à vil prix. N'en disons pas un mot, sinon que les fenêtres nouvelles mettent grandement en valeur les anciennes, par la comparai-
LE XV e SIECLE. i^^
son qu'on peut faire. Lafaye n'est pour rien dans la fabrication de ces vitres par trop vulgaires ^
Elles ne sont pourtant pas de première qualité, les anciennes verrières. Travaillant avec trop de hâte, sans doute, le peintre ne se sera point assez soucié d'exactitude dans les proportions et les contours des figures, de soin dans la facture, et Timportante ornementation architecturale, toute blanche sauf quelques filets, quelques agréments jaunes, jette trop d'éclat pour ne pas gêner le reste; toutefois, par l'étendue et l'unité de leur ensemble, intéressant l'histoire de l'art, elles deviennent curieuses et précieuses. Elles sont de la fin du siècle, à la limite du suivant, celles du sanctuaire un peu antérieures. Dans chaque lancette, ordinairement, un seul personnage debout sur un petit socle mouluré, se détachant d'un fond uni, ou de lampas pourpre, ou bleu, ou vert, ou jaunâtre; au-dessus, un dais très élevé et ouvragé. A droite, un sujet prend deux lancettes : dans Tune, saint Thomas de Cantorbéry à genoux devant l'autel; les soldats qui s'apprêtent à Timmoler, dans Tautre. Des lancettes ont deux, même trois figures; plusieurs, des donateurs. Il en est de ces donateurs, surtout dans le chœur, qui sont accompagnés d'armoiries. L'abbé Lebeuf, on l'a dit ci-dessus, faisait remonter
I. On doit à Lafaye la restitution de beaucoup d'anciens vitraux des églises de Paris. Il a laissé en portefeuille plus de quatre cent cinquante calques relevés avec un grand soin, des verrières de Saint-Séverin, de Saint-Merry, de baint-Étienne-du-Mont, de Saint-Gervais, de Saint-Germain -des-Prés, de Saini-Eustache, de celles, du moins, qu'il a remises en état. Cette intéressante collection est au musée Carnavalet, acquise par la Ville à la mort du verrier.
ces dernières au règne de Charles VI; mais il éloignait trop leur date. Il les donnait, en outre, pour les plus anciennes vitres armoyées qu'on pût voir à Paris. Disant cela, il s'est trompé encore : l'église était construite à demi en 1489; les travaux, repris alors, ce qui sem-
Fig. 69. — BLASON.
(Cathédrale de Reims.)
blait achevé fut réparé à fond, remanié, et Ton refit le choeur en de plus vastes proportions. — Voici un blason, excellemment exécuté à la fin du siècle, qui provient de la cathédrale de Reims. (Fig. 69.)
La rose de la Sainte-Chapelle de Paris est aussi de la période. Elle est délicatement peinte. Mais sa timide harmonie fait un contraste qui n'est pas à son avantage avec les intenses vibrations des autres verrières du lieu.
A la Sainte-Chapelle de Riom, sept grandes verrières dont on a trop vanté la valeur, à notre avis. Elles sont loin d'être complètes, du reste. Toutes perdirent leurs panneaux inférieurs quand levaisseau fut divisé en rez-d e-chau ssée, pour rinstallation d'une salle d'audience de la Cour d'appel, et en étage pour recevoir les archives. Les panneaux déposés ont été détruits. On n'avait guère le culte de ces choses, en l'an de grâce 1822.
Les fenêtres sont à quatre lancettes.
Dans chaque lancette, un personnage, apôtre de Jésus, Père de l'Eglise ou prophète de l'ancienne Loi, tenant un long et large phylactère,
debout sur un socle, dans un habitacle, les piedsdroits portant un dais très divisé, magnifiquement orné. (Fig. 70.) A la fenêtre centrale de l'abside, trois donateurs et une donatrice présentés par des saints à la
Fig. 70. VITRAIL
(Sainte-Chapelle de Riom.)
Vierge assise à gauche, son fils, enfant, sur les genoux. Le vitrail d^une huitième baie, à droite, est si bouleversé qu'on ne parviendrait pas à le décrire; celui d'une neuvième, la première de l'abside, du même côté, qui a toute disparu, a été remplacé par du verre blanc. Sans les mettre au premier rang, les verrières existantes offrent cependant un intérêt considérable. Le dessin n'en est pas toujours fort régulier; il a souvent de la dureté, de la sécheresse; mais quelques têtes ne manquent point de caractère ni d'expression, et l'opulence des étoffes, les détails d'une architecture riche, abondante, le coloris des fonds de pourpre et d'azur, jettent un éclat certainement agréable, parce qu'il est harmonieux. Les parties surtout réussies, et parmi celles-là plus d'une est tout à fait charmante, sont dans les ouvertures des flamboyants, où l'on a peint les légendes de sainte Marguerite et de sainte Madeleine, des saints Marc et Jérôme, de saint Louis, de saint Jean, etc. On y trouve de la grâce et du style, de la naïveté, un faire précieux, le tout procédant de l'école des miniaturistes chrétiens, et aussi, peut-être bien, de la manière champenoise. Ces vitraux sont exactement du milieu du siècle. — Dans une église de Riom, Notre-Dame-du- Marthuret, se rencontre un vitrail du même temps, r Annonciation^ malheureusement très délabré.
A Bourges, également du milieu du xv^ siècle, la verrière fermant, concurremment avec la grande rose dont il a été ci-dessus parlé, la baie du pignon principal de Saint-Etienne. Ce gigantesque ensemble mesure près de cent cinquante mètres carrés. Aux côtés inférieurs de la rose, des lis en des écoinçons, et deux
quatre-feuilles ou, des anges comme supports, les armes de Nicolas I*''", pape de 1447 à 1455, et l'écu de France; au-dessous de la rose, à la pointe de deux grandes ogives qui se partagent la fenêtre, ces deux ogives divisées chacune en trois lancettes, à gauche, les armes de Charles VII, de sa femme Marie d^Anjou, à droite, aussi accostées d'anges; plus bas, quatre médaillons tréfiés, à fond rouge, un soleil d'or d'où partent trois branches de roses blanches avec feuillage, au centre; enfin les six lancettes occupées par autant de figures colossales, saint Guillaume, en commençant à gauche, saint Jacques, l'ange Gabriel, la Vierge Marie, saint Etienne, saint Ursin, premier évéque des Bituriges, nimbés de vert, de rouge ou de bleu, debout dans un habitacle, sous un dais très orné, à peu près le même pour tous les personnages. Le fond des habitacles est d'étoffe lampassée, variant de couleur de l'un à l'autre. Au lieu d'être posées sur des socles, suivant la coutume, les figures portent directement sur le champ uni de petits panneaux dans chacun desquels voltige un ange déroulant un phylactère. Cette vaste portion de la baie n'égale, pour l'effet décoratif, ni la rosace qui la surmonte, ni surtout les verrières des chapelles et des nefs de la basilique. Un coup d'œil suffit pour s'en convaincre. Il faut dire qu'elle a éprouvé bien des sinistres. Dès la fin du siècle déjà, on y faisait des réparations jugées indispensables,
A la cathédrale du Mans, la grande baie du transept nord a des dispositions analogues. Toutefois, moins logique qu'à Bourges, au lieu d'être garnie d'une simple mosaïque, la rose proprement dite est consacrée au
Couronnement de la Vierge et à des scènes du Jugement dernier^ complications bien inutiles à cetéloignement du regard. Dans les ouvertures de la partie rectangulaire de la fenêtre, contiguës à la rosace, également sous de riches pinacles dont le fond esttendu d^étoffes damassées, des figures d'apôtres et de saints patrons, debout, de donateurs et de donatrices priant agenouillés, entre autres Louis d^Anjou, bâtard du Maine, Louis III (ou René P^, Louis II, Marie de Bretagne, sa mère, Yolande d'Aragon, sa femme.
Il est aisé de s'apercevoir que les douze apôtres proviennent d'une autre école que le reste; le goût bourguignon est manifeste dans le caractère des visages, le style des draperies, le long enroulement des phylactères et le soin du travail. A bien prendre, les effigies de donateurs et de donatrices ont seulement un intérêt historique. D'ailleurs, l'effet de cette vaste claire-voie est décorativement médiocre, ce
Fig. 71. YOLANDE D 'ARAGON.
(Au Mans.)
qu'il faut attribuer en partie à la surabondante lumière que laissent pénétrer les autres fenêtres du transept, à travers leur vitrerie de verres blancs. Ces deux verrières, celle de Bourges et celle du Mans, datent à peu d'années près de la même époque.
On rencontre des verrières du xv<= siècle, d'un vif intérêt souvent, mais qu'il faut se borner à énumérer, au chœur de la cathédrale de Moulins, à la cathédrale de Clermont, — grandes figures, trois étages de niches, anges tenant des panneaux armoyés; — à Saint- Pierre de Chartres, à Notre-Dame de Bernay, à Notre-Dame de Saint-Lô (fig. 72), à l'ancienne cathédrale de Lisieux, à Saint- Gervais de Falaise, aux cathédrales de Bayeux et de Coutances, aux églises de Caudebec et de Carentan, d'Aumale, de Beaumont-le-Roger et de Verneuil, à Saint-Jean d'Elbeuf, où, dans le chœur, celle donnée par les drapiers de la ville, en 1466; là se voient, dans le couronnement, une force à tondre les draps et deux croisées de chardons pour les apprêter. Il s'en trouve encore d'importantes à Saint-Corentin, cathédrale de Quimper, bien qu'une partie ait été détruite au commencement du siècle actuel. Elles sont, celles qui restent, au premier étage
lancette
d'un vitrail.
(N'otre-Dame
de Saiiit-Lô.)
ISO LES VITRAUX.
du chœur, de la nef et des transepts. Les plus anciennes (1417 et 1419) occupent les baies du chœur. Dans la centrale, divisée en trois lancettes par deux meneaux, le Christ sur champ rouge, la Vierge, saint Jean sur champ bleu, vêtus de blanc, ces figures dans un style tout à fait archaïque. Les vitraux des transepts et de la nef appartiennent aux dernières anne'es de la période. Tous ont la même disposition : personnages de proportions plus petites que dans la nature, apôtre, saint, évêque, chanoine, ou bien un seigneur ou une dame, son patron, ou sa patronne, à côté, sur un socle, sous un dais d'architecture, le fond bleu ou rouge. A la chapelle absidale, dite de la Victoire, vitraux dépareillés du même temps, débris pieusement recueillis, tant bien que mal assemblés. Le vitrail (scènes de la Passion) du chœur de Saint-Mathieu, autre église de Quimper, est remarquable aussi. Dans le département des Côtesdu-Nord, nous avons à signaler des vitres du siècle à Pluduno,à l'église Saint-Sauveur de Dinan, à la chapelle Saint-Nicolas, commune de Plélan, et une à Notre-Dame-de-la-Cour, aux armes de Marguerite de Bretagne et du comte d'Étampes son époux, retraçant sur dix-huit tableaux la Vie de la Vierge, les personnages en costume du xv^ siècle.
Mais revenons à Bourges, pour les vitraux des chapelles latérales. Celui de la première à gauche, la chapelle des Montigny, appelée aussi des Fonts, étant du XVII' siècle, il en sera parlé à son rang chronologique. Les deux suivants à la chapelle des Fradet ou de Saint- Benoît (1456), à la chapelle de Saint-Loup (1457), ne nous arrêteront pas spécialement. Les quatre évangé-
listes dans Tun. dms Tautre saint Grégoire, saint Augustin, saint Jérôme, saint Ambroise, docteurs de rÉglise latine, ces huit personnages tenant des phylactères, debout dans une architecture excessive et trop claire, sur fond d'étoffe damassée, tantôt rouge ou bleue, tantôt verte ou pourpre. C'est ce que nous avons plus d'une fois rencontré ailleurs. Cependant, au tympan de la fenêtre de Saint-Loup, où le sujet traité est la Résurrection. on voit au-dessus des tombes qui s'ouvrent, à gauche, Tarbre du fruit défendu, la croix à droite, et ridée mystique de rapprocher ainsi la faute et le pardon, la perte et la rédemption, nous semble bonne à recueillir. Toute cette verrière, en somme, est supérieure à la précédente.
La chapelle des Trousseau a une verrière, de fabrication champenoise peut-être, du commencement du siècle en tout cas. dont TefFet serait meilleur si les damassés qui servaient de fonds aux personnages et aux dais d'architecture n'avaient été en grande partie remplacés par des verres blancs. Elle est également à quatre lancettes. Dans la première, devant, la Vierge et l'Enfant Jésus; saint Sébastien et un évêqueau second plan; dans la deuxième, le père et la mère du fondateur présentés par saint Jacques; dans la troisième, Pierre Trousseau, le fondateur, chanoine de Bourges, évéque de Poitiers, archevêque de Reims, le modèle d'une chapelle dans les mains et accompagnéde saint Etienne; dans la dernière, enfin, les deux frères de Pierre Trousseau et sa sœur, avec sainte Catherine, ou sainte Agnès, pour conductrice. A observer que sauf celle du donateur, de profil, les figures se présentent de
trois quarts, ce qui n'est point accoutumé quand il s'agit de personnages de ce genre, en prières. De l'autre côté de l'église, chapelle du Sacré-Cœur, des anges agenouillés près de l'écusson du duc Jean de Berry, vêtus d'amples chapes blanches brochées d'or, — détériorés et encastrés en des vitraux modernes, — semblent du même temps que la verrière des Trousseau, et s'en rapprochent beaucoup par le goût et le caractère de l'exécution. Le vitrail de la chapelle de saint Joseph s'en rapproche aussi de bien des façons. Fondé par Simon Aligret, de son vivant chanoine de la cathédrale, chancelier de l'Université et médecin du duc Jean, il s'y est fait représenter dans le compartiment à gauche, en aube blanche, à genoux, escorté de son saint patron et suivi de deux jeunes gens, à genoux, vêtus de blanc, ses neveux, paraît-il. Dans le compartiment correspondant, à droite, un personnage innomé, trois femmes de condition bourgeoise et saint Michel, probablement, le glaive à la main, les cheveux courts, très bouclés, dans lequel des auteurs ont prétendu reconnaître sainte Brigitte de Suède. Aux lancettes centrales, sainte Catherine d'Alexandrie, et un évêque richement mitre et chape, sur le nom duquel on n'est point tout à fait d'accord non plus. Dans les ajours trèfles et quadrilobés du tympan, la Résurrection des morts et le Jugement dernier.
Cependant, l'effet général de ces diverses verrières est éparpillé et creux, et la peinture, le dessin, sans être médiocres, n'ont point les qualités maîtresses qui font les œuvres hors de pair. Cette appréciation sur l'ensemble, on la portera aussi sur le vitrail de la cha-
pelle Saint-Jean, proche la sacristie. L'Adoration des Rois-Mages est le sujet principal contenu en quatre lancettes. Dans le tympan, la Naissance de Jésus, et les faits évangéliques qui la précédèrent ou bien la suivirent, comme la Visitation^ les Bergers avertis par les anges, la Fuite en Egypte, etc., et la légende du Semeur ou Moissonneur, adoptée surtout et répandue au iv^ siècle K
Des vitraux de la période conservés à Saint-Etienne de Bourges, le plus beau, — on peut en faire l'éloge sans contrainte, - — est celui de la chapelle joignant Tabside, à g;auche, la chapelle de Jacques Cœur. (Fig. jS.) Les meneaux du tympan dessinent une fleur de lis et deux cœurs; dans les quatre lancettes, abrités par la même large voûte qui traverse les meneaux perpendiculaires, toute fleurdelisée d'or sur fond d'un bleu exquis, quatre personnages : l'ange Gabriel et la Vierge figurant la scène de l'Annonciation; à Textrémité de droite, sainte Catherine; saint Jacques à celle de gauche. Assurément, voilà un fort bel ouvrage. On peut en placer l'exécution entre 1447 ^^ 145 1. Aussi n'est-il pas surprenant d'y rencontrer la sensation de l'art des frères van Eyck, qui moururent, Hubert en 1426, Jean en 1440, à considérer la naïveté grave, la ferme élégance des attitudes, le goût des types et des ajustements, la belle résonance du
I. Suivant cette légende, des soldats envoyés par Hérode à la poursuite de la Sainte Famille, qui se hâtait vers l'Egypte, en perdirent les traces. Ils interrogent un homme occupé à moissonner son champ. Cet homme, averti par une révélation, leur repond avec serment que, depuis qu'il a semé le champ dont il fait la moisson, nul n'a passé dans le chemin. Ce pieux mensonge sauva les fugitifs.