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SIECLE

A la suite d'altérations graduelles et continues, Parchitecture gothique était tombée en une complète décadence. A la fin du xv^ siècle, elle paraissait ignorer les éléments qui avaient fait sa noblesse, sa vigueur, sa beauté; elle avait, semble-t-il, perdu jusqu^au sentiment des proportions, négligeant le principal, se laissant envahir par Taccessoire, substituant aux formes primitives, sagement entendues et raisonnées, des formes capricieuses et arbitraires. La tradition, le goût, la logique recevaient des atteintes également profondes et cruelles.

Fig. 74.. VITRERIE BLANCHE (XVI

(Saint-Waudru, à Mons.)

Héritier de ce désarroi, le xvi® siècle ne pouvait obliger un art aussi dégénéré à faire retour sur luimême, à revenir à ses pures origines. Les esprits préparés, d^ailleurs, au grand changement qui allait s'opérer dans les arts, quels efforts eussent été capables de suspendre, de refouler l'admiration qui se manifestait partout pour la Grèce et Rome tirées des ruines? Vitruve retrouvé, le nouvel idéal de Tarchitecture se fixa; les travaux d'Alberti, deBrunelleschi, de quelques autres Italiens en déterminèrent le caractère, et Tesprit de réforme, qui fermentait chez les artistes comme chez les théologiens, hâta, favorisa l'infusion de Part antique dans Part moderne. On sait que les idées nouvelles pénétrèrent en France sous Louis XII et François P"", lors des guerres d'Italie; elles y poussèrent des racines fécondes, avec des modifications nées du terroir et du génie national.

Même élan impérieux de la sculpture et de la peinture vers l'antiquité. Une vive tendance à se rapprocher de la nature s'était déjà, auparavant, prononcée chez des artistes d'Italie qui s'enhardirent dès le xiii^ siècle à secouer les formulaires byzantins, les lisières dogmatiques. Puis, aux xiv* et xv'' siècles, avides de savoir, ils s'appliquèrent à l'étude des fragments antiques, qu'ils interrogeaient avec passion. De sorte que, d'un côté, la connaissance de l'humanité les familiarisa avec les mouvements de la vie; de l'autre, l'antiquité leur laissa découvrir les secrets de sa grâce, leur communiqua son harmonie souveraine. Au xvi® siècle, les peintres atteignirent des sommets qu'on n'avait point connus encore, qu'on n'a jamais dépassés depuis.

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C'est le xvi« siècle qui vit la peinture sur verre parvenir à son apogée.

Tel n'est pas Tavis des amateurs à outrance des premières verrières. Selon eux, la Renaissance serait plutôt une période néfaste. L'art du verrier, en particulier, se serait avili dans le commerce des modèles profanes. « Nous sommes de ceux qui pensent qu'on n'a jamais fait de plus belles figures ni de plus belles draperies que celles qui se voient aux vitraux de Saint-Denis, de Sens et de Chartres, lesquelles sont du xif et du xiii^ siècle ^ »

Mais ce langage est excessif. Un instant d'examen réfléchi en a raison. A coup sûr, on ne dira pas que le XVI® siècle sut élever des cathédrales plus majestueuses que le moyen âge. Seulement, au temps où, dans ses diverses formes, l'art du moyen âge achevait péniblement sa carrière', la peinture sur verre, elle aussi, reçut le souffle nouveau, se fortifia de l'érudition qui se propageait, de l'étude des belles choses qui se développait, et, maîtresse de meilleurs procédés techniques, n'eut plus bientôt un seul progrès à poursuivre. A son tour, elle toucha la perfection. Voilà la vérité.

Entendons-nous. L'imagination et l'éducation du véritable artiste se révèlent presque toujours chez le verrier du xvi^ siècle. En revanche, dans les vitres primitives, si la composition générale du décor est excellente, si leur riche coloris, ce grand levier, au dire de certains, le seul attrait delà peinture, exerce ordinairement une séduction irrésistible, travaillées par des

:. Didron, Annales archéologiques, t. I'-"'", p. i5i.

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ouvriers rudes et inexperts, elles manquent de toutes les qualités d^exécution , et les figures n'arrivent à l'expression que par la laideur absolue. Voilà la vérité encore.

Cependant, en un point, il a une incontestable valeur, on sera d'accord avec les adversaires des vitraux de la Renaissance : les sujets religieux dont l'emploi, sur les vitres, avait progressivement décliné depuis le xiv^ siècle, furent parfois, au xvi% réduits à des rôles subalternes. Dans les premiers temps figuraient aux vitrages, exclusivement, des scènes tirées des deux Testaments ou de pieuses légendes, des patriarches, des apôtres, des martyrs, des patrons de la contrée, et si le fondateur d'une viire, roi, princesse, dignitaire de l'Eglise, corps de métier, désirait que l'œuvre conservât le souvenir de sa largesse, dans un angle retiré, sous une forme discrète, on introduisait sa « signature ». Mais à mesure que les années s'écoulent, plus orgueilleux, le donateur réclame des espaces autrement en vue et larges; au xvi® siècle, d'aucuns exigent pour eux et leurs blasons, pour la montre de leurs titres, des fenêtres entières. Même, comme à Liège, quand une fenêtre ne suffit pas à contenir tous les quartiers de noblesse du bienfaiteur, une seconde lui sera consacrée aussitôt. En Belgique surtout, on abusa de ce genre d'étalage. Aux fenêtres hautes du chœur de Sainte-Gudule, à Bruxelles, des personnages de la famille de Charles-Quint sont à genoux sur trois rangées d'armoiries. Deux rangées analogues au-dessus et deux au-dessous de Philippe le Beau, à Sainte- Wautru, de Mons. Marguerite d'Autriche fit venir des

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Flandres pour le chœur de sa richissime église de Brou des cartons de verrières armoriales, où Ton compte jusqu'à soixante et onze blasons en cinq fenêtres K

Les corporations obéissent à la même vanité. Il leur faut aussi des fenêtres héraldiques. « A Liège, les corporations remplissent toute une verrière de leurs grotesques armoiries; à Diest, sur une vitre donnée par la corporation des mégissiers et des épiciers, les chandelles, les balances, les paquets de toute sorte, remplacent les instruments de la Passion ou les anges du concert céleste -. »

N'est-ce pas encore la conséquence d'une aberration tout à fait surprenante si Engrand Le Prince, dans VAî^bre de Jessé de Saint-Etienne de Beauvais, sur quatorze personnages qu'il rassemble, en peint trois ou quatre de la souche de David et choisit les autres parmi les rois de France, dont François I**" et Henri II, qu'on ne songeait guère à rencontrer sur la tige généalogique de la Vierge? Néanmoins, tout cela peut témoigner, et témoigne en effet, d'un sentiment religieux refroidi,

1. « Voici les de Horn, les Croy, les Lalaing, les de Clèves et tant d'autres, qui, à Hoogstraeten, à Mons, à Liège, à Diest, à Lierre, partout enfin, occupent les verrières avec toutes leurs armoiries... Veut-on, comme à Mons, ne pas faire disparaître complètement le sujet religieux, la verrière sera partagée en trois parties, et un tiers seulement sera donné à Dieu. Parfois cette place, trop petite, forcera à tronquer le sujet. Dans les deux autres tiers, le donateur s'étalera fièrement avec Tappareil de tous ses titres. Dans ces vitres, les personnes divines et les saints patrons semblent venir, non pas pour être adorés, mais pour honorer le hautain bienfaiteur. » (Lévy, Hist. de la peinture sur verre en Europe et particulièrement en Belgique.)

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