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L'Œuvre des peintres-verriers français

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trer à Ecouen trois verrières de Le'cuyé. Il a, depuis, reconnu une méprise dans laquelle il était aisé de tomber, à bien prendre : le même écusson, de formes pareilles, portant le même emblème et des initiales identiques, étant répété àJEcouen et à Bourges, on pouvait croire, à première vue, à la signature d'un seul peintre, d'autant que la date d'exécution, inscrite sur Tune et l'autre verrière, est aussi la même. En fait, cet écusson, à Bourges, est celui de la donatrice, Laurence Fauconnier, on l'a dit tout à l'heure, et du donateur, à Ecouen, chanoine inconnu.

L'hypothèse de M. Magne n'eût point résisté à une étude attentive des œuvres. A Ecouen et à Bourges, la préoccupation religieuse a aussi bien conseillé les peintres sans doute; ici et là, l'influence italienne saute aux yeux, mais autrement indépendante chez Lécuyé, sans aucune des réminiscences fréquentes, serviles parfois, auxquelles a cédé le verrier d'Ecouen, et il s'en fallait, en outre, que celui-ci disposât d'une facture égale à celle de son contemporain du Berri.

De ces trois verrières d'Ecouen, remarquables par le coloris, par l'élégance de l'ensemble et la grâce des détails, — Naissance de Jésus. Adoî^ation des Mages ^ sujets superposés traversant les deux meneaux de la baie, — VAnnonciation^ la Visitation. — Afor/ de la Vierge, — c'est la deuxième qui se rapprocherait le plus des vitres de Lécuyé. Comme la vitre de Saint- Bonnet, à Bourges, la Mort de la Vierge est datée de i544, le chanoine donateur au soubassement, et l'écusson, cause de l'erreur dont il a été parlé. Plus loin, on s'occupera des autres vitraux de l'église d'Ecouen.

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i io- ;V- — ECCt HOMO. (Moiufort-rAmaury.)

Allons auparavant aux verrières de Montfort-

PAmaury. Non qu'elles soient toutes dignes d^une grande estime. Trois sont datées de 1572, 1574 et 1576, verrières de Sainte Anne^ des Litanies de la Vierge, de La:{are, et Part du verrier avait décliné déjà. Plusieurs, postérieures, accusent une valeur encore moindre; mais deux sont de la bonne époque, 1543, sujets empruntés à la Vie de la Vierge, i544» Ecce homo, huitième baie à gauche, celles-là magistralement composées et peintes, d'un vif effet décoratif, surtout VEcce homo (fig. yj), morceau de premier ordre, parfaitement mis en scène, des meilleurs de la période qu'on puisse signaler. Dans le haut, Jésus au iardin des Oliviers. Au bas, deux donateurs agenouillés, un élégant cartouche avec armoiries au milieu. On louera aussi la fenêtre à deux lancettes où l'épisode de la Manne est représenté. (Fig. 78.) Dans le tympan. Moïse frappe le rocher. Il y a des figures de donateurs sur presque tous les vitraux de Montfort-PAmaury, sans que nulle part leur rôle soit encombrant, le plus souvent d'un art supérieur aux compositions qu'elles accompagnent. Cette supériorité des effigies sur les grands sujets ne se reconnaît pas, il est juste d'en faire la remarque, à Monfort-PAmaury seulement. On la peut relever dans presque toutes les verrières de Pépoque où des donateurs se sont fait peindre.

Ainsi, ce qui fera, au gré des connaisseurs, le prix des vitraux de la Sainte-Chapelle de Champigny-sur- Veude, en Touraine, ce sont les figures de fondateurs plutôt que le reste. Il y a certainement de Pexagération dans la renommée des vitraux de Champigny. Très favorablement disposé par les dehors aimables de la

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petite église, péne'trant dans l'enceinte, bien ordonnée elle-même, ajourée par onze grandes fenêtres garnies de leurs vitres d'origine, que le visiteur reçoive une impression d'heureuse surprise, cela se conçoit sans peine. S'il sait apprécier les choses^ cependant, un long examen ne sera point indispensable pour en rabattre de son premier enthousiasme. Les grands sujets, — actes mémorables de la vie de saint Louis; au-dessus, en petit, scènes de la Passion, — ne se distinguent, en effet, par aucune qualité essentielle. Là, peu de style, peu de dessin, coloration gâtée par des verts trop acides, des bleus trop intenses, des gris sans légèreté, aussi par de fâcheuses restaurations, et, pour la verrière centrale de l'abside, purement religieuse, — la

Pig. 78. LA MANN E.

(Momfort-l Amaury.)

Création du Monde dans le haut; au-dessous, Jésus entre les deux larrons ^ la Vierge, Madeleine, saint Jean au pied de la croix; — le peintre n'a pas su trouver des élans d'un ordre plus relevé, ni une facture meilleure.

Une exception, peut-être, en faveur de la deuxième fenêtre à gauche, où Blanche de Castille confie le jeune roi son fils à des frères prêcheurs et mineurs, pour le spirituel, et, pour le temporel, « à de saiges chevaliers et barons de France )>. Il y a aussi des cartouches heureusement agencés, ceux de la troisième baie à droite, entre autres.

Maintenant, si les verrières de Champigny s'imposent par une incontestable magie d'ensemble, par l'intérêt archéologique de leur réunion intégrale, les portraits de personnages de la famille de Bourbon dont elles sont ornées, on a commencé par le dire, en font l'attrait incontesté au point de vue de l'art. Trente-six se répartissent sur les onze fenêtres, chaque personnage à genoux sur un prie-Dieu, devant un livre ouvert. Aucun n'est indifférent; plusieurs sont même remarquables. On y trouve de belles qualités de sincérité dans les physionomies de l'individualité, garantie d'une sérieuse ressemblance, et une exécution souple et précise. La première effigie à gauche, non la première d'après la chronologie, est celle du cardinal de Givry, évêque et duc de Langres, pair de France, lequel « a doné les vittres de cestes chapelle », dit l'inscription. Elle a de la valeur, certes. Disons les deux effigies de la fenêtre centrale absidale très médiocres, au contraire ; d'un côté, saint Louis, patron du lieu ; de l'autre,

Isabeau, diaprés le carthouche, — probablement Isabeau de Beauveau, qui porta la seigneurie de Champigny dans la maison de Bourbon, par son mariage, vers 1452, avec Jean II, comte de Vendôme, et mère du fondateur de la chapelle, Louis P"^ de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon.

Sans être de la même date précisément, il ne semble pas que l'exécution des verrières de Ghampigny se soit prolongée au delà de vingt à vingt-cinq années. Commencée en i5o5, la chapelle était achevée en i543. Dans rintervalle, en i538, Jacquette de Longwy, nièce du cardinal de Givry, donateur « des vittres de cestes chapelle », épousa le seigneur de Ghampigny, Louis II de Bourbon-Montpensier. (Les portraits de Jacquette, morte zélée calviniste d'ailleurs, et de son époux, à droite, dans la deuxième baie.) Or, chose probable, à l'occasion de cette union fut fait le riche cadeau, et, il est permis de le supposer aussi, le cardinal, qui mourut en i56i, put voir en place presque toutes, sinon toutes, les verrières dues à sa libéralité. Les plus récentes, aux fenêtres de la nef, à droite, sont inférieures aux plus anciennes, de l'autre côté.

Quant aux auteurs de ce vaste ensemble, aucun indice n'autorise à en citer un seul avec assurance. On a bien nommé Robert Pinaigrier pour les fenêtres du chœur et celles de la nef à gauche *. Mais l'étude qu'on peut faire des ouvrages encore existants du grand verrier démentent la conjecture, et, d'autre part, on sait

I. L'abbe L.-A. Bossebeuf, le Château et la chapelle de Cham» pigny.

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que Pinaigrier fut fort employé par des églises de Chartres, à Paris, par Saint-Gervais, par Saint-Méry, Saint-Victor, Saint-Lazare, la Madeleine, Saint-Jacques-la-Boucherie, Sainte-Croix-en-la-Cité, les Enfants-Rouges, Saint-Barthélémy, etc. Il serait, en vérité, bien surprenant que les traces d^une collaboration aussi importante à Champigny se fussent toutes égarées et perdues.

Deux des verrières de Féglise de Montmorency, exécutées vers i563, sont à peu près contemporaines des plus récentes de Champigny. Œuvres de décadence, elles intéressent par les portraits historiques qu'elles contiennent : dans la quatrième baie à gauche, ceux du connétable Anne de Montmorency, de ses fils François, Henri, Charles, Gabriel; en face, à la quatrième fenêtre à droite, Madeleine de Savoie, femme du connétable, et ses filles, au nombre de sept, ces personnages dans la posture accoutumée, en prière, à genoux, les mains jointes. La disposition générale est la même dans ces fenêtres à deux meneaux : au-dessus des donateurs, une ligne architecturale trop maigre, puis des saints, des saintes. Au-dessus de Madeleine de Savoie, V Adoration des Mages : au-dessous, contre un stylobate mouluré et décoré de bas-reliefs, des armoiries accostées d'anges, un peu raides et patauds, de profil, les ailes éployées. Le vitrail de Madeleine de Savoie est supérieur à l'autre et moins embarrassé. Médiocrement composés tous les deux, ils sont aussi d'une exécution qui décèle une main négligente, sauf dans les effigies, elles, d'un dessin correct, serré sans sécheresse, et modelées avec finesse. Du même temps que ces ver-

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Hères, la cinquième à droite, dont le portrait d'Odet de Châiillon, frère de Tamiral de Coligny, soigneusement rendu, fait le principal intérêt.

Les onze autres vitres de Montmorency remontent plus loin. Elles ont été exécutées de i523 à i533. Celle au centre du chevet porte la date de 1524. Elle est à deux lancettes divisées en trois parties à peu près égales : en des arcades superposées, saint Joseph et la Vierge, saint Martin et saint Biaise, dans le haut saint Denis et un autre personnage. Pas d'effigies.

Les deux baies avoisinantes offrent la même ordonnance. Seulement, à la partie inférieure, bordée à sa base d^un rang d'armoiries, il y a des portraits : à gauche, sur un des panneaux, Guillaume de Montmorency, fondateur de Téglise, et saint Guillaume son patron; sur l'autre, saint Michel et les fils de Guillaume, Anne, Philippe, Jean, François et le bâtard de Montmorency; — à droite, sainte Anne, Anne Pot et ses filles, ces figures, celle de sainte Anne exceptée, de fabrication moderne. Au-dessus des hommes, en deux étages, saint Pierre et saint Paul, saint Benoît et saint Jérôme; — sainte Madeleine et sainte Marthe, sainte Barbe et sainte Geneviève au-dessus des femmes. De riches étoffes sont tendues derrière les personnages.

L'aspect général de ces fenêtres absidales ne laisse pas d'offrir quelque confusion; le dessin des figures a de la lourdeur par endroits; mais, presque partout, l'exécution se maintient sérieuse et délicate, se distingue par maints détails d'une savante habileté.

Une autre verrière, la septième à gauche, est aussi datée de 1524, et, trois fois répétées sur des cartouches

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les initiales E. L. P., semblent garantir son origine. Engrand Le Prince en serait Pauteur. Elle fut fondée par Charles de Villiers, comte-évêque de Beauvais, représenté au bas. A gauche du donateur, saint Charles; saint Adrien à droite, en armure; au milieu, la Vierge assise sous un riche baldaquin, son fils sur les genoux, tenant une perruche. Verrière trop librement exécutée, néanmoins fort harmonieuse à distance, et décorative.

Contraint à ne point dépasser des limites prévues, on dira peu de chose des autres verrières de Montmorency. La série des effigies s^ continue. Dans la sixième fenêtre à gauche se voit François de Dinteville, évêque d'Auxerre, chapelain de Louis XIl et de François I"; en la suivante sont Guy de Laval et Anne de Montmorency sa femme. Très endommagée, celle qui suit conserve cependant Pimage de Jean, fils aîné de Guillaume. De l'autre côté de l'abside, François fait face à son frère Jean. Apparaissent ensuite, d^abord Gaspard de Coligny, père de Tamiral, puis les Bonnivet, eux suivis d^Odet de Châtillon, duquel il a été déjà parlé.

Bien composés, dessinés et peints dans une couleur vibrante, brillamment assortie, les vitraux où figurent ces effigies accusent souvent, chez Texécutant, un ferme savoir, de hautes qualités d^élégance et de force. La portion ancienne d'une verrière à gauche, en partie restituée, sainte Marie Cléophas et sainte Marthe dans une galerie qui laisse entrevoir un paysage délicieux, n'est guère moins qu'un chef-d'œuvre. (Fig. 79.) Toutefois, ce qui satisfait surtout la curiosité et remplit en même temps les conditions de l'art, ce sont ces portraits de la plus absolue sincérité, d'une entière réussite, témoins

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authentiques, comme vivants, d'une époque depuis longtemps disparue, et, sans forceren rien la louange, on a pu dire que celui de Guillaume de Montmorency « est certainement une des meilleures œuvres de l'École française pour les premières années du XVI® siècle^ ».

Revenant à Féglise d^Écouen, on rencontre là aussi de significatives et belles effigies dans les vitraux de la nef et du chœur. A droite, première fenêtre, la duchesse Henry de Montmorency, Antoinette de LaMarck, présentée par sa patronne à Notre- Dame -des- Sept- Dou leurs, et suivie de ses deux filles, Charlotte, Marguerite, sainte Marguerite derrière. —

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