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SOUBASSEMENT DUN VITRAIL

(Écouen.)

noine et un saint. Au-dessous des personnages, des armoiries accompagnées d'anges vêtus ou nus, autrement élégants que ceux de l'église de Montmorency, moins orthodoxes si Ton veut, mais spécimens plus aimables de la Renaissance française. (Fig. 80, 81.) Le reste des deux fenêtres est vitré en blanc, avec compar-

timents dessinés par les plombs, et bordure d'arabesques dans Tesprit des Loges du Vatican, où, d'espace

Fig. 8l. SOUBASSEMENT D'"UN VITRAIL.

( Écouen. )

en espace, apparaissent les M et les alérions des Montmorency.

A quelques égards, les verrières suivantes mé-

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ritent plus d^estime. Elles sont plus anciennes.

D^abord, au centre de la troisième fenêtre, à deux meneaux, le cardinal Odet de Châtillon, enrobe rouge et rabat d'hermine, agenouillé entre deux rideaux rouges; dans le compartiment de gauche, le Christ; dans le compartiment de droite, saint Paul, debout sur des socles décorés d^arabesques, au-devant de niches que limitent des pilastres; au-dessus, trois sujets de la légende du Bon Pasteur; dans le haut, la Chute d'Adam^ en deux scènes, le Père Eternel au milieu, tiare en tête, porté sur des nuées. Les séries sont séparées par des bandes transversales d'ornements, — cartouches, masques, têtes d'anges, etc., — qui ne se détachent pas suffisamment des sujets, même, parfois, se confondent avec eux. Cette verrière est datée de 1545, d'un côté; de l'autre, de iSSj, le dernier millésime, — C'est à supposer, — celui d'une importante réfection de vitres avariées ou détruites.

Au-dessus du soubassement de la première fenêtre de l'abside, formé d'armoiries soutenues par des anges, Madeleine de Savoie est en prières, ses cinq filles à la suite, — autant de portraits d'une rare délicatesse, — les saintes Madeleine et Marthe auprès, très élégantes, parfaitement ajustées. Malheureusement le temps en a rongé le modelé par places. Une frise de cartouches et de masques, en grisaille, encadrée de moulures, sert de base, d'abord, à l'Apparition de Jésus à Madeleine ^ ensuite au Portement de la croix, imité du Spasimo de Raphaël, sujets superposés l'un à l'autre, au-dessus des effigies. Mais ces divisions ne laissent pas de rester indécises, à cause de notes vertes trop multipliées, ce qui

affaiblit Taccent décoratif de la verrière, datée de 1545.

Point d'effigies à la fenêtre centrale absidale. Au sommet, la Vierge assise dans les nuages, son fils sur les genoux, un croissant sous les pieds, couronnée par de charmants petits anges qui volètent de chaque côté de sa tête.

A la troisième fenêtre du chevet, laquelle répète exactement l'ordonnance et les divisions de la première, mais d'une façon plus lisible et dans une tonalité plus claire, le connétable avec ses cinq fils. — Au milieu du vitrail, dans le sens de la hauteur, Flagellation du Christ; au sommet, Jésus insulté an prétoire^, d'un dessin lourd et banal, avec des réminiscences italiennes. — Cette figure d'Anne de Montmorency et celle de saint Charles debout à côté, fort médioces, auront été refaites en 158/, quand furent peintes d'autres verrières de l'église. Par bonheur, les fils du duc et saint Etienne qui les accompagne nous sont parvenus sans avoir éprouvé de trop rudes dommages, et l'on admire sincèrement la vérité des attitudes, l'exécution précieusement poursuivie des têtes, des mains, des vêtements opulents, le caractère individuel de chaque visage et l'accent de douce intimité répandu partout.

Cependant, aux baies nord et sud de la chapelle de Chantilly, sont conservées d'autres effigies des enfants d'Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie, d'une perfection plus achevée peut-être. Elles proviennent de la chapelle privée du château d'Écouen, — où étaient aussi les portraits d'Anne de Montmorency et de sa femme, détruits à la Révolution. Quoique l'action du temps ait altéré les vitres restantes, le soin minu-

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tieux du dessin et de la facture, Tintérêt pittoresque, la grâce, le charme en font des pièces d'une qualité très exceptionnelle. Pour le sentiment des physionomies, pour l'expression de la vie, elles sont, avec certaines des églises d'Écouen et de Montmorency, de la lignée des portraits célèbres que les Janet, les Dumonstier, Bélange, Caron, Rabel et d'autres ont laissés, en autant de vrais chefs-d'œuvre, de personnages leurs contemporains.

Naturellement, ces panneaux de Chantilly ont une grande analogie avec ceux de l'église d'Écouen. Datés de 1344, ils sont de la même époque; on peut les supposer en outre du même peintre. A Chantilly, debout derrière les garçons, saint Jean l'Evangéliste, sainte Agathe derrière les hlles, figures de noble style, exécutées en grisaille. (Fig. 82.) Jadis, à la petite sacristie de la chapelle du château d'Ecouen, dans les annexes de la chapelle de Chantilly à présent, deux compositions, la Nativité, la Circoncision^ d'un caractère moitié français, moitié italien, un peu gauchement agencées, peintes non sans délicatesse, en grisaille rehaussée de quelques notes de jaune d'argent. Lenoir les attribua, légèrement, au Primatice.

Quoi qu'il en soit, dans les églises de Montmorency et d'Ecouen, à Montfort-l'Amaury, à Champigny, à Couches, ailleurs, se rencontrent des verrières de la Renaissance, empreintes d'un sentiment religieux très intense. Il convient d'insister; car, au regard de bien des esprits exclusifs et prévenus, les magots des xiii^ et XII* siècles jouiraient seuls du privilège d'exprimer la ferveur et la foi.

Fi^' 83. — LE g ciNQ^ FittEs d'Anne de montmorency

tT DE SA FEMME MADELEINE DE SAVOIE. (Chantilly.)

IpO

Comme verrières dont on nierait malaisément le caractère chrétien, celles de Guillaume de Marcillat, originaire du Berry, à peine connu en France, — il fait pourtant grand honneur à son pays, — doivent être mises au premier rang. Pour les convenances décoratives, pour les différentes parties de la technique de Part, peu réclament autant Téloge , peu imposent autant l'estime. De Marcillat a travaillé en Italie surtout. Il s"'était rendu à Rome avec maître Claude, Français également, verrier renommé que Bramante avait appelé sur l'ordre de Jules II, afin d'orner de vitraux le palais apostolique du Vatican. C'était vers i5o6. Beaucoup des ouvrages de Marcillat ont disparu.

Cependant, à Rome, au chœur de Santa Maria del Popolo, à la cathédrale et à Féglise de TAnnonciation, d'Arezzo, au Bargello, Musée national de Florence, on en voit qui affirment victorieusement les mérites de leur auteur. C'est principalement à la cathédrale d'Arezzo que Marcillat triomphe. Le Baptême du Christ, la Résw'7-ection de La:[are^ la Vocation de saint Mathieu, Saint Nicolas y les Vendeurs chassés du Temple, la Femme adultère forment un ensemble superbe de verrières aux colorations éclatantes et profondes. Vasari, enthousiasmé, en a écrit : a Ce ne sont pas des vitraux, mais des merveilles tombées du ciel pour la consolation des hommes! »

Les vitraux de la cathédrale d'Arezzo furent exécutés de i5i9 à 1524. Ceux de Santa Maria del Popolo, à Rome, trop sobres de coloris, mais extrêmement remarquables aussi par l'ordonnance, le style, le dessin et la facture, l'avaient été vers 1509. On y voit, en deux

fenêtres et douze compartiments, V Histoire de la Vierge. Ce beau travail fut entrepris et terminé en collaboration * avec maître Claude. Celui-ci mourut peu après Fachèvement de Toeuvre commune. « Désordonné et gros mangeur, comme les gens de sa nation, selon Vasari, chose funeste dans le climat de Rome, il tomba malade d'une fièvre si grave qu^il mourut le sixième jour. » Lui, Guillaume de Marcillat, peignait aussi à la fresque ; il contracta à ce genre de travail une maladie à laquelle il succomba en iSSj. Il avait soixante-deux ans ^

I. Si Guillaume de Marcillat, Français d'origine, mais Italien d'adoption, est, sans contredit, le plus excellent verrier dont l'Italie possède des ouvrages, avant lui, ou au même temps, d'autres ont exécuté des verrières d'un très réel mérite. Pour s'en convaincre, il suffit de visiter, à Florence, le Dôme, Santa Maria Novella, Santa Croce, San Spirito, la Chartreuse, la bibliothèque Laurentienne; la basilique d'Assise, San Petronio de Bologne, Saint-Dominique de Pérouse, où est la plus vaste verrière italienne (20™, 80 de haut., 7^,40 de larg.), Santi Giovanni e Paolo à Venise, la cathédrale d'Orvieto, San Martino de Lucques, le Dôme de Milan, etc. La peinture sur verre était cultivée principalement par des Ordres religieux ; l'Ordre de Saint-Dominique a fourni une légion de verriers. De Marcillat était dominicain. Sauf quelques rares exceptions, les verriers italiens ne composaient pas eux-mêmes leurs vitraux; ils transportèrent sur verre des compositions faites à leur intention par Gimabué, Angelo Gaddi, Ghiberti, Donatello, Paolo Ucello, Pérugin, Baldovinetti, Ghirlandajo, Filipino Lippi, Vivarini, Mocetto, Lorenzo Costa, Jean d'Udine et plusieurs autres. M. Mûntz, qui a relevé plus de deux cents noms de verriers italiens, fait une réflexion bien juste : « Raphaël, dit-il, à qui la plupart des autres branches des arts décoratifs, — tapisserie, mosaïque, sculpture sur bois, sculpture en stuc, marqueterie, etc., — durent une si vive impulsion, n'a pas composé de cartons de vitraux. » — Sur Guillaume de Marcillat et les vitraux d'Italie, consultez des articles de M. Mûntz, publiés dans le Tour du Monde (avril i883) et dans la Revue des

La beauté des vitraux du xvi^ siècle, sous le rapport de Texécution, manifeste et reconnue, en bien des circonstances leur caractère religieux démontré, disons quel autre genre de supériorité sur ceux des premières périodes les distingue.

Si Ton tentait d'introduire dans une architecture de la Renaissance des verrières du moyen âge, leur âpre archaïsme, leur byzantinisme roide, dans un centre élégant et civilisé, ne laisseraient pas, immanquablement, de produire un contraste désastreux. Du contraste inverse ne résulte, au contraire, rien de pénible, de choquant. Voici des exemples à l'appui de cette thèse qu^on n'a nulle part abordée encore, à notre connaissance du moins.

Chaque transept de Sainte-Gudule de Bruxelles, du xiv^ siècle, est percé d'une fenêtre très haute, large à sept meneaux, et les verrières qui garnissent ces deux fenêtres datent de iSSj et de i538. Cadres et peintures sont donc d'époques différentes, bien tranchées. Le vitrail du transept septentrional représente, sous de pompeuses arcades Renaissance, d'une conception ferme et légère en même temps, décorées de gracieuses guirlandes, d'ornements infinis, Charles-Quint et Isabelle de Portugal son épouse, vêtus magnifiquement, à genoux de profil, devant Dieu le Père, assis sur un trône élevé. Auprès d'eux, leurs patrons. Quelques blasons occupent des nervures du vaste tympan flamboyant. (Fig. 83.) A la baie de l'autre transept, dans le même

arts décoratifs (2® année). A consulter aussi VHistoire des arts industriels, de Labarte, &t Peintres-verriers étrangers à la France, par Lasteyrie.

motif architectonique, sur la même donnée triomphale, Louis de Hongrie et Marie sa femme, sœur de Charles- Quint, aussi en leurs atours d'apparat. Ces verrières sont de Bernard van Orley, Flamand formé aux leçons de Raphaël.

Dans la chapelle dite du Saint-Sacrement qui longe le collatéral gauche du chœur, construite au xvi^ siècle, mais de style ogival, un autre vitrail de van Orley, deux de Michel van Coxie, élève de van Orley, un quatrième exécuté par Jean Haecht, d'après les cartons d'un peintre resté inconnu. Chaque vitrail est divisé en deux parties, par

Fig. 8j. CHARLES- Q UI NT

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