ET ISABELLE DE PORTUGAL
(Sainte-Gudule de Bruxelles.")
une élégante ornementation qui n'a rien de gothique,
à coup sûr. Dans la partie supérieure, un sujet; audessous, les donateurs, personnages fameux du temps, et leurs patrons ^ Eh bien, il est remarquable comme ici et aux transepts le désaccord des styles compte peu, ou plutôt comme les deux styles, indépendants Pun de l'autre, ne se faisant aucune concession, concourent à rharmonie de Tensemble, bien loin de la rompre; comme de principes différents peut résulter une agréable rencontre. Tous ces vitraux de plein xvi^ siècle s^accommodent des formes d'un autre âge où ils sont enchâssés 2.
On ne regrettera pas davantage de voir des verrières Renaissance dans Parchitecture ogivale, plus austère que celle de Sainte-Gudule, de la Sainte-Chapelle de Vincennes.
Commencée en 1378, achevée seulement en i552 sur le modèle, à peu près, d'une autre que Louis IX avait érigée au même endroit, cette chapelle appartient au XIII® siècle par Tagencement général des formes. A ses baies, un vitrage analogue à celui de la Sainte- Chapelle de Paris eût donc été dans son milieu légitime. Mais ce vitrage exprime le goût qui florissait au
I. La plus belle des verrières de la chapelle du Saint-Sacrement est la troisième. Pour le carton, elle est de van Orley. Les donateurs sont François I*"", roi de France, et Leonore, sa femme, sœur de Charles-Quint, veuve de Manoel, roi de Portugal.
2. Bernard van Orley ne fut pas employé seulement en Belgique; la cour de France occupa aussi ses talents. Aux Célestins, de Paris, l'opulente chapelle d'Orléans avait des verrières de van Orley où se voyaient, en pied, François le*", Henri II, Charles IX, etc. Lenoir les avait recueillies. Elles ont e'té perdues quand le Musée des monuments français fut dispersé.
temps de François I" et de Henri II. Or, le fait est constant, la différence des époques ne produit point de fâcheuse disparate, partant n'excite aucune récrimination, et les vitres de Jean Cousin, d'un dessin inégal sans doute, souvent conventionnel, mais toujours lier et hardi, avec leur coloration à la fois légère et forte, tiennent avantageusement la place de celles qu'on eût mises là trois siècles plus tôt.
Ces verrières avaient été éprouvées déjà par des calamités diverses, quand, à la suite de démarches longtemps infructueuses, Lenoir parvint à les faire entrer et dresser dans son musée des Petits-Augustins. Elles en sortirent en i8i6,pour être réintégrées à Vincennes. Alors, « ne sachant pas remplacer les bras, les têtes qui manquent à des personnages, pour faire quelques tableaux complets on emprunte aux uns ce qui manque à d'autres ^ ». Une réparation en 1837, une deuxième en 1871 laissèrent subsister la confusion. Aussi, quand on les restaura une dernière fois, de 1875 à 1878, il fallut à celui qui fut chargé du travail une patience bien zélée, bien intelligente pour mettre de l'ordre parmi tant de morceaux dépareillés. Il y parvint, et rétablit en même temps, avec une complète réussite, nombre de pièces ruinées ou disparues -.
Faute de place, ne pouvant donner au lecteur, sur ces vitraux, tous les renseignements que sa curiosité désire peut-être, on doit se borner à dire que les cinq
1. G. -G. de Laval, Esquisse historique sut- le château de Vincennes.
2. Cette restauration si bien faite est l'œuvre du verrier Oudinot, décédé récemment.
içô LES VITRAUX.
verrières de Pabside ont la même disposition : deux sujets de même surface sont superposés chacun sur un soubassement, dans une arcade portée par des pilastres; un édicule s^élève au-dessus de Parcade supérieure et se prolonge jusqu^au faîte du fenestrage. A gauche, au pied du premier vitrail, saint Henri et sainte Catherine; du deuxième, Técu de France accosté de deux anges et un trophée d'armes ; de la troisième, Henri II en costume de chevalier de Saint-Michel, beau morceau; la fenêtre suivante a le même décor que la deuxième; au bas de la cinquième, la première à droite, saint -François en extase et la Vierge avec l'Enfant Jésus tenant un globe surmonté d'une croix, orné de trois fleurs de lis d'or. Les sujets au-dessus ont été empruntés à PApocalypse, histoire prophétique de FEglise révélée à saint Jean. Toutes les baies à deux lancettes.
Les deux fenêtres de la nef, proches du chœur, plus larges, ont trois meneaux et sont différemment distribuées. Une seule composition, encadrée d'architecture dans chacune. A droite, des anges moissonnent et vendangent sous les yeux de Jésus-Christ assis sur des nuages, figure de l'Eucharistie et On:{ième vision apocalyptique (fig. 84); à gauche, non le Jugement dernier ou le Purgatoire^ comme l'avancent les « Guides », mais la Vision de V ouverture du cinquième sceau, quand l'apôtre aperçoit « sous l'autel les âmes des saints mis à mort Dour la parole de Dieu ». Parmi ces glorieux martyrs de la foi, on n'est pas médiocrement étonné de reconnaître la moins convertie des pécheresses, Diane de Poitiers, ni confuse de sa nudité, ni surprise de se voir en une telle assemblée. Son royal amant aura-t-il
exigé du peintre cette hardiesse ?
On a déjà rencontré Henri II au rang des ancêtres de la Vierge sur la ramure de/'^rère de Jessé, à Saint- Étienne de Beauvais.
L'ordonnance des autres fenêtres de la nef était celle des fenêtres du chœur: des chevaliers de rOrdre de Saint -Michel « et du Saint-Esprit», dit Lenoir, en costume cérémonial; au-dessus, des faits de Phistoire des deux Ordres.
En un point, Lenoir commet une erreur. La chapelle de Vincennes était effectivement le siège de rOrdre du Saint- Esprit; mais l'autre