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CHAPITRE VI II

D'un côté, le déplacement du goût et des préférences, rincapacité croissante des verriers, de Tautre, et le besoin préconisé d'ajourer plus largement les églises et les appartements que les vitraux x obscurcissaient ». dit Sauvai, furent les causes parallèles qui préparèrent la décadence de la peinture sur verre, et déterminèrent, en notre pays, sa chute à la fois totale et momentanée. Aussi cet art disparu de nos usages, on fut amené à croire Tordre et

Fif^. III. VITRP. RIE BLANCHE

AVEC BORDURE COLOREE (x 1 X*^ S I È C L E ). (Carton de Grasset.)

la marche de ses procédés ensevelis, à jamais peutêtre, en de mystérieuses ténèbres. Dès 1787, un dernier verrier, de son nom Avelin, adressait à une docte compagnie un mémoire où ce passage : « Cet art est tellement tombé en désuétude que c'est une opinion généralement reçue que le secret de la peinture sur verre est perdue »

L'opinion générale dont Avelin est ici Técho est faite d'une grosse erreur. Cette erreur prévalut longtemps ; elle persiste en bien des esprits, qui l'acceptent encore comme tout à fait fondée.

Il est vraiment aisé d'en faire justice.

D'abord, les livres ne manquent pas où le prétendu secret est dévoilé sous toutes ses faces, sans que rien n'en demeure inexpliqué, depuis le traité du moine Théophile, écrit aux environs du xi^ siècle, jusqu'à Pierre Levieil, qui fit hommage de son travail, en mars 1772, à l'Académie des sciences, Levieil, dont la famille, originaire de Normandie avait pratiqué pendant deux siècles, en cette province, la peinture sur verre, et lui en transmit toutes les recettes et formules. Aussi, dit-il : « Si la cessation des grands travaux de peinture sur verre, dès le commencement du xvin^ siècle, a donné lieu parmi nous à l'extinction des fours de verreries où l'on composait des verres de couleurs, le secret n'en est pas perdu -. »

1. Cependant, des vitraux déposés au musée de Lenoir, aux Petits-Augustins, étaient de 1780 et de 1786. Mais quel leur sens esthétique, quelle leur fabrication?

2. Même avant le milieu du xvii^ siècle, la pénurie de verres peints apparaît générale déjà et inquiète les peintres-verriers

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Et, entre le Presbyteri et monachi diversarum artiiim schediila. de Théophile, et VArt de la peinture sur verre, de Levieil, VAî^te vitraria. de Neri, publié pour la première fois à Florence, en 1 6 1 2 ; — la traduction anglaise que Merret fit du livre de Neri en 1662, Paugmentant de notes historiques ou techniques et d'une préface; — celle, allemande, de Kunckel, habile verrier, des deux précédents ouvrages, avec additions nombreuses, parue en 1679; — les écrits du baron d'Holbach, de Haudicquer de Blancourt, de Félibien, tous antérieurs à celui de Pierre Levieil. Peut-être en omettons-nous.

En second lieu, ceci achèvera de mettre à néant la légende du secret perdu, parce que tous les fourneaux de verriers étaient chez nous éteints, ce n'est pas une raison, cependant, pour qu'ils ne fussent pas allumés ailleurs. Les faits sont constants : en 1760, on copiait à Amsterdam de beaux vitraux du xiii® siècle, et les peintres sur verre hollandais surent imiter à s'y tromper leurs vieux modèles périssant de vétusté. En même temps, et jusqu'à la fin de la période, remarquons-le, ceux d'Angleterre poursuivirent sans interruption leurs travaux : William Price, de Londres, qui mourut en 1765, peignit aux fenêtres proches de l'autel, à la chapelle de « Magdalene-College », à Oxford, deux grandes figures; — les vitres septentrionales delà chapelle de « New-Gollege », même ville, ont été exécutées de 1765 à 1774, par Peckitt, d'York, lequel est,

quand il est question d'achever le décor vitré de la cathédrale d'Auch.

probablement aussi, le peintre de la grande croisée orientale de la cathédrale de Lincoln; — une autre verrière de « New-College » fut exécutée en 1777, par Jervais, — ce nom paraît révéler une origine française, — d'après des cartons de sir Joshua Reynolds (au-dessus d'une rangée de figures symboliques, dans un vaste espace de 3"%33 de large sur 10 mètres de haut, est représentée la Naissance de Jésus ; les auteurs figurent dans un groupe de bergers, à gauche; — une belle vitre de la chapelle de « Brazen-Nose-GoUege » (le Christ et les Evangélistes^ d'après Mortimer), par Searson, daté de 1776; — Francis Eginton répara en 1794 un Jugement dernier de « Magdalene-College ». Il avait peint déjà les huit baies qui éclairent le vestibule de cette chapelle. Il fit des vitraux pour Windsor et pour la chapelle de « All-Sours-CoUege », à Oxford. Eginton semble avoir exercé son art jusqu'en i8o5, année de sa mort. A peu près dans le même temps, J.-H. Miller peignit, pour la cathédrale de Duncaster, en Yorkshire, des verrières dans le goût du XVI* siècle. Durant la première moitié du siècle, les verriers anglais n'étaient pas restés inactifs. A Oxford, à Holborn, église Saint-André, il y a de leurs ouvrages de 1700, 1715, 1740, non seulement supérieurs à ce qu'on faisait en France à la même époque, ce serait peu dire, mais à beaucoup de ceux de nos peintres sur verre du xvii* siècle. Toutefois, — dans son Histoire de la peinture surverre^ Lévy ne manque pas d'en faire l'observation, — ces fréquentes et amples manifestations des ateliers anglais ne sont point à recommander quant à la matérialité des produits : « La mise en

plomb est la même qu'au siècle précédent, les couleurs sont peu solides. » Un autre juge très expert, Bontemps, directeur des ateliers de Ghoisy-le-Roi où se sont formés nos meilleurs peintres-verriers contemporains, écrivait en 1845 relativement aux verrières anglaises du XVIII® siècle : « Les Anglais font leurs vitraux entièrement avec des couleurs d'émail appliquées sur verre blanc; c'est une sorte de peinture dont les procédés sont plus difficiles sans doute que ceux de la peinture sur verre des anciens, mais dont les effets sont incomparablement moins beaux K » Tout cela est d'une vérité non contestable. A nos voisins d'outre-Manche revient cependant, dans une belle proportion, le mérite d'avoir conservé plusieurs des traditions de la grande vitrerie peinte. Il faut le reconnaître sans détour. Du même coup se manifeste sans réplique la preuve que « le secret » de la peinture sur verre n'a jamais été perdu '-.

Si le goût du vitrail s'éteignit chez nous au dernier siècle, s'il eut tant de peine à renaître en celui-ci, une des causes de ce déclin, ou plutôt de ce complet affaissement, doit être attribuée aux peintres dont les manières prédominèrent alors, successivement. Boucher, Watteau, Chardin, Doyen, Lagrenée, Fragonard, Van Loo, eussent pu, sans nul doute, s'ils s'y étaient intéressés, conserver de la faveur aux vitres d'ap-

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