Théophile Gautier, les Beaux-Arts en Europe
2. La première édition du Génie du christianisme est de 1802.
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leçons depuis longtemps méconnues, confondues en un général mépris, et, les expliquant, exerçant autour d'eux la contagion du savoir et de Tenthousiasme, les feront rechercher, aimer, admirer. Après quoi, débarrassée des incertitudes qui auront gêné son essai de réveil, rentrée dans le plein exercice de ses procédés et de son rôle, la peinture du vitrail ressaisira enfin la chaîne de ses réelles traditions.
Ceux, en effet, qui s^essayèrent, dès le commencement du siècle, à remettre le vitrail en faveur, perdirent, faute d'éducation personnelle, faute de direction éclairée, bien des années à des tentatives puériles. La Manufacture de Sèvres exécute, en 1800, des tableaux sur vitres d'une seule pièce, conséquemment sans plombs, sans verres teints dans la masse : on peignait sur une face de la vitre; la couleur posée à deux ou trois reprises passait par deux ou trois feux, naturellement, et, sur la face postérieure, une couche légère de couleur vitrifiable blanche était étendue, afin de donner au tableau une sorte de voilure et compléter son harmonie. Ce genre de glaçure avait été fort employé au siècle précédent. On obtint le même résultat d'une autre manière. Cette autre manière consistait à peindre sur deux vitres; on appliquait les deux surfaces peintes Tune à l'autre, de façon à produire l'effet désiré. On donna cela comme une conquête; .'c'était tout bonnement une curiosité. Dilh, un Anglais que Sèvres employa, ouvrit une exposition d'œuvres de ce style, en 1801. Il en organisa une autre en 1809; cette fois, tous les sujets n'étaient peut-être pas exécutés sur deux vitres accouplées. En tout cas, la mode prit des
petites vitres peintes. On en fit en Angleterre, on en fit en Allemagne ; à Paris, il n'y eut plus de Salon au Louvre sans des échantillons de cette industrie renouvelée en partie, avec moins d'esprit et de caractère, des vitraux suisses ^
La Manufacture de Sèvres avait lancé le vitrail complet en une seule feuille de verre ; elle lança un autre système de peinture vitrifiée, d'un ordre plus élevé, si Ton veut, même d'une exécution réussie, mais absolument erroné, sans aucune action décorative : elle imagina de s'adonner à la réplique de tableaux qu'on ne s'attendait guère à voir employés à cet usage. Déjà, en 1786, un nommé Séquin avait peint une imitation de Rembrandt dont parla Lenoir. La Manufacture fait plus : elle copie sur vitre laVierge aie coussin vert de Solario, la Sainte à la flèche de Zurbaran, un Saint Jérôtne^ un Saint Ferdinand du même, un Saint Jean d'André del Sarte, une Sainte Anne d'Alonzo Cano, l'Assomption de Prudhon ^ ; d'autres d'après Rouget, Delacroix (Bataille de Taillebourg)^ Horace Vernet, Wattier, Gué, Paul Delaroche, et dans toutes les occasions ses artistes déploient le zèle le plus méritoire, la docilité la plus patiente, la même docilité, au surplus, le même zèle, — et le même degré d'art, — qu'ils apportent à leur besogne habituelle, la peinture
1. A Dreux, à la chapelle funéraire de la famille d'Orléans, on en voit toute une collection dont l'intérêt comme art est enfantin et l'effet décoratif nul.
2. Ces vitraux, sauf VAssoynption de Prudhon et la Vierge^ de Solario, exécutés pour la chapelle royale d'Amboise. Violletle-Duc en avait dessiné, dans le style du xv" siècle, les encadrements.
sur porcelaine, où ils excellent, où ils rencontrent peu ou point de rivaux.
Cet écart énorme entre le but rationnel du vitrail et celui que Sèvres se propose et réalise tient à ceci : le directeur de rétablissement est chimiste; il faut que tout cède à la chimie. Au lieu d'aller au simple, il va au composé. Pas d'obstacle, de problème, d^oxyde métallique, de fondant qui Tintimident ; pas d'émaux récalcitrants, de couleurs incompatibles, de cuisson et recuisson, de fusion et refusion qui suspendent sa volonté. Cela, qui est fort bien, eût été mieux si plus de goût et d'art eussent concilié ces avantages. Brongniart fut avant tout un savant très convaincu, actif, tenace. Pour lui, la peinture sur verre était seulement affaire de couleurs vitrifiables. Rien au delà. En 1839 il écrivait: « Donnez-nous tels dessins que vous voudrez, aussi mauvais que ceux de la Sainte-Chapelle, aussi kaléidoscopiques que les vitraux de ce temps, et comme nous avons en France, grâce aux verreries, tous les verres teints dans la masse qu'avaient les anciens, que nous avons des couleurs de moufle aussi simples, aussi laides que celles de cette époque, et, en outre beaucoup d'autres, nous exécuterons tous ces dessins et bien d'autres... Je désire que l'art de la peinture sur verre ne tombe pas entre les mains des simples enlumineurs ; cela pouvait être suffisant au xiv'' siècle, mais je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas de peinture sur verre au niveau du xix*^ siècle ; il faut empêcher cette décadence ou plutôt cette reculade. » C'était parler en chimiste sûr de son fait, non en archéologue avisé et instruit du passé.
Le fait est que Sèvres, sans abandonner ses imi-
tarions approximatives de peintures à Ttiuile, se décida un jour à aborder, suivant les lois qu'il comporte, le grand vitrail décoratif, et y réussit parfois dans une honorable mesure, sinon de façon à désarmer toute critique. Ce qui lui fit quelque honneur, ce sont les vitraux de la chapelle Saint-Ferdinand élevée au lieu où. le i3 juillet 1842, le duc d'Orléans, fils de Louis-Philippe, trouva la mort. Là, une série de saints, de saintes, patrons et patronnes des membres de la famille alors régnante \ et aux trois roses des frontons les ligures symboliques des trois Vertus théologales. Ingres avait dessiné les cartons dans le style élevé et lier qui met son talent au rang des grands de toutes les écoles. (Fig. 1 12.) Le transfert sur vitres fut fait avec le soin méticuleux particulier à rétablissement, et, bien que Tharmonie des tons laissât à dire, l'ensemble recueillit des louanges. Dans le temps, en un mot, ce fut un succès, auquel Fauteur des dessins contribua, est-il nécessaire de le dire? pour la meilleure part. En 1842, la Manufacture avait été plus heureuse sous le rapport du coloris : deux fenêtres
I. Les cartons de ces vitraux, au nombre de dix-sept, sont au Louvre, collection des dessins : Saint Philippe, Saint Ferdinand^ Sainte Amélie, Saint Germain, Saint Louis, Sainte Hélène, Saint Henri, Sainte Rosalie, Saint Charles Borromée, Saint Antoine de Padoue, Saint François d'Assisse, Saint Robert, Sainte Adélaïde, V Archange Raphaël; plus la Foi, V Espérance, la Charité. — En 1844, Ingres fit les cartons de huit autres vitraux de dispositions identiques, exe'cutes aussi à Sèvres pour la chapelle funéraire de la famille d'Orléans, à Dreux : Saint Denis, Sainte Geneviève, Sainte Clotilde, Sainte Isabelle de France, Saint Rémi, Sainte Bathilde, Sainte Radegonde, Saint Clément. Ces cartons sont au Louvre également.
d'après Achille Devéria, d'un goût facile à contester, d'une archéologie des plus douteuses, se distinguaient, du moins, par l'intensité des couleurs; Aimé Chenavard, auparavant, avait fait exécuter à Sèvres, en un vitrail auquel les Annales de Didron accordèrent de chaleureux éloges, une très vaste composition, les Sciences et les A rts de la Renaissance. Sèvres connut aussi l'amertume des défaites, entre autres, en 1844, avec les verrières de Saint-Flour.
« C'est une bien mauvaise imitation du xiii*^ siècle, disent les Annales archéologi-
ques
ils sont telle-
ment Clairs et minces qu'on aperçoit très nettement le Louvre au travers,,. Il n'y pasau palaisde l'Industrie de vitraux
Fig. 112. l'archange RAPHAËL