LE ROND-POINT
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LE RONB-POINT.
Le marquis de Lormois avait pris l'habitude de se promener seul dans le parc, pendant une heure, tous les jours à la nuit tombante.
Il affectionnait pour cette promenade une longue allée couverte qui longeait un des murs d'enceinte et aboutissait à un
rond-point environné de massifs épais.
Ce rônd-point, sorte de salon de verdure, était entouré d'un banc de granit circulaire, coupé par huit piédestaux placés à une égale distance les uns des autres.
Quatre de ces piédestaux supportaient des vases de bronze imitant l'antique.
D'assez belles statues de Faunes et de Bacchantes en pierre polie faisaient l'ornement des quatre autres.
Des ronds-points semblables à celui que nous venons de décrire se voyaient assez fréquemment dans les jardins du dix-huitième siècle, et Ton pourrait en retrouver
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quelques-uns de nos jours, dans certains parcs où ils ont été respectés.
Tout auprès, et derrière une des statues, se trouvait une petite porte ouvrant sur la campagne ; mais constamment fermée, quasi-condamnée, dont la forte serrure était rongée de jour en jour davantage par une rouille épaisse, et qui disparaissait derrière les touffes épaisses d'une végétation vigoureuse.
Il existait cependant une clé de cette petite porte, clé qui pendait en compagnie d'une infinité d'autres de toutes les dimensions, à l'un des clous d'un immense tableau numéroté, placé dans la chambre de l'intendant du château.
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Nous ne savons pourquoi l'avenue qui conduisait au rond-point avait reçu le poétique surnom de l'Allée des Soupirs.
C'était là, nous le répétons, que le marquis de Lormois allait passer une heure chaque soir.
Notons en passant un fait qui , pour Hector, passa presque inaperçu, et qui cependant doit jeter, pour nos lecteurs, une clarté singulière sur la suite des événements de cette histoire.
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Un malin, la chasse habituelle ne devait point avoir lieu.
Diane était fatiguée, et M. de Lormois avait à surveiller quelques travaux de terrassement dans une partie reculée du parc.
Hector se sentit la fantaisie d'explorer quelque peu la campagne des environs, il monta donc à cheval et quitta le château.
Environ à un quart de lieue du village il se trouva dans un site charmant.
A gauche, la lisière d'un bois protégé par un petit fossé en talus, couvert d'un gazon fin et doux.
A droite, une prairie coupée par des
bouquets de grands arbres, et traversée par un petit ruisseau, dont l'eau transparente comme du cristal courait en chantant sur un lit de cailloux.
Des saules pleureurs mouillaient dans ce ruisseau l'extrémité de leurs longues branches d'un vert pâle et argenté.
Au fond, à trois ou quatre portées de fusil, une maisonnette à un seul étage, recouverte comme d'un réseau par une immense vigne vierge qui formait des ogives naturelles pour les portes et pour les fenêtres.
L'air était doux, tiède, parfumé.
Les oiseaux chantaient amoureusement sur les arbres, et des myriades d'insectes
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brillants bourdonnaient entre les brins d'herbe.
Hector mit pied à terre, laissa la bride sur le cou de son cheval, et s'assit sur le gazon, où il s'abandonna bientôt à une rêverie profonde.
A quoi donc pensait-il?
Eh ! mon Dieu ! tout simplement à un sonnet galant qu'il se proposait d'élaborer en l'honneur de Diane, et qui lui vaudrait un gracieux sourire et quelques doux regards.
Mais, hélas ! notre pauvre marquis n'avait point reçu du ciel le don de poésie. L'inspiration était rebelle et la rime ne l'était guères moins.
Il avait bien trouvé cependant, après de laborieux efforts, quelques rimes dans le genre de celles-ci :
« Ame, « Flamme, « Réclame. »
Ou bien :
f. Amours, « Toujours, « Beaux jours. »
Ou encore :
« Espérance, a Constance, « Clémence. »
11 savait à merveille qu'il voulait dire à Diane : « Qu'elle était le soleil de son âme !
« Qu'il éprouvait pour sa beauté la plus inextinguible flamme ! •
« Qu'il attendait d'elle le don d'amoureuse merci que tout amant bien épris réclame !
<t Que leurs tendres amours ayant eu un commencement, mais ne devant point avoir de fin, dureraient incontestablement toujours!
« Et que pour eux la vie ne serait qu'une longue succession de beaux jours !
« Que, du reste, il nourrissait Yespérance de voir bientôt couronner sa constance.
« Et que quant à cet humble sonnet, il croyait pouvoir espérer que celle en l'hon-
neur de qui il avait été fait l'accueillerait avec quelque clémence!
L'imagination d'Hector avait été assez riche, disons-nous, pour moissonner ces lieux communs dans les champs de la galanterie banale, mais il éprouvait une insurmontable difficulté à les enchâsser dans la forme du vers.
Les épis étaient à terre , mais le faucheur ne pouvait point les réunir en gerbes.
Tandis qu'il était là, contractant les sourcils , se frappant le front, suant sang et eau, tantôt levant les yeux au ciel, tantôt les abaissant sur le gazon , son regard tomba tout-à-coup et s'arrêta pen-
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dant un instant sur la petite maison coquette dont nous avons déjà parlé.
Cet instant suffit pour qu'il vît la porte s'ouvrir, et deux hommes s'avancer sur le seuil.
L'un de ces hommes jeta tout à l'en tour un coup-d'œil défiant.
Mais la campagne était déserte.
Un groupe d'arbres masquait le cheval du marquis, et le marquis lui-même disparaissait presqu'entièrement, assis comme il l'était sur le bord du talus.
L'habitant de la maisonnette se montra donc à demi, et Hector put entrevoir, non point sa figure , la distance était trop