A I 4 LES VIVEURS
de formes herculéennes, Roland, disonsnous, se souvint, entre deux 'bàilleqients, de l'invitation çle Diane, et se dirigea vers l'hôtel Lormois, comptant s'ennuyer fort , car, vu sa grande habitude de la mauvaise compagnie , le monde aristocratique ne lui plaisait que très médiocrement.
A peine arrivé chez Diane , il se fit dans le cours de ses idées un revirement complet.
D'abord, la souveraine beauté de la jeune femme lui porta à la "tête comme un vin capiteux, et , pour nous servir du style maniéré de l'époque , l'éblouit ainsi que l'eussent fait les rayons du soleil.
Puis ensuite , la spleHdeur des salons,
d'autrefois. 4 15
la merveilleuse élégance des ameublements , la richesse des livrées , en% les mille détails de la fête , tout ce luxe , tout ce bon goût , simple en apparence , mais horriblement cher en réahté , témoignaient d'une fortune immense.
Une pensée nouvelle traversa l'esprit de Roland , et s'en empara bientôt entièrement.
Voici cette pensée dans sa nudité hideuse :
Se faire aimer de Diane , spéculer sur cet amour, et se faire payer chèrement sa discrétion, quand il y aurait entre eux un coupable secret.
Quelques courtes réflexions morales, nous semblent ici nécessaires.
N'ayez point peur, nous serons brefs.
Certes, nous n'avons pas la prétention de voir en beau notre siècle.
Certes nous ne disons point avec le docteur Pangloss, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Nous écrivons ces lignes en septembre de l'an de grâce dix-huit cent quarantehuit , et par les temps de Républiques qui courent, il nous semble bien, au contraire, que tout va pour le plus mal î
d'autrefois. 'i 1 7
Nous croyons connaître notre époque aussi bien que qui que ce soit.
Nous avons, à plus d'une reprise, soulevé le manteau qui voile ses plaies et ses ulcères.
Nous avons exploré ses boues.
Nous avons fouillé dans les égoûts de ses vices.
Et pourtant , nous devons l'avouer, rien ne nous a paru plus rare que l'ignoble calcul de Roland de Villarcy, calcul qui pourrait se formuler ainsi : l'exploitation de la femme par l'homme,
11 faut presque , pour rencontrer de semblables faits, descendre jusqu'à ces
^<8 LES VIVEIRS
hommes qui , n'ayant pas de nom dans notre langue, ont été obligés d'e« emprunter un au vocabulaire de la science ichtiologique.
C'est une anomalie, que de voir un homme appartenant au monde dans lequel nous vivons, faire d'un secret de cœur une spéculation honteuse , et battre monnaie avec Taniour, ou avec la crainte qu'il inspire.
Si quelque misérable ose encore l'essayer , et si le hasard vient à divulguer sa honte, il n'y a qu'une voix pour le flétrir , et les plus dissolus le renient et le repoussent.
Nous nous plaisons à le confesser, c'est un progrès , un progrès immense.
d'autrefois. ^49
A l'époque que nous avons choisie pour servir de cadre aux événements de notre récit , c'était chose commune, et parfaitement acceptée par une morale plus que facile, que de voirun gentilhomme . souvent possesseur d'un grand nom, mais ruiné jusqu'à la corde par les folies d'une jeunesse orageuse, vivre splendidement grâce à la bourse toujours ouverte de deux ou trois vieilles coquettes, riches et -dupées.
L'une soldait les mémoires du sellier et du carrossier. »
L'autre subvenait aux dépenses de la toilette, et comptait avec les bijoutiers, parfumeurs , coiffeurs , etc. , etc.
La troisième entin , remplissait d'or les
420 LES VIYEUKS
poches des habits fournis par ses grotesques rivales, payant ainsi sans le savoir quelqu'impure ou quelque grisette, avec laquelle le beau gentilhomme les trompait toutes les trois.
Et si ces mœurs exhorbitantes nous font taxer d'inexactitude ou d'exagération , nous sommes tout prêts à fournir les pièces à l'appui de ce que nous avançons.
Fouillez les mémoires, les épigrammes, les pamphlets du temps.
Parcourez les comédies de Régnard, celles mêmes que le Théâtre- Français à conservées au répertoire.
Lisez surtout les petites pièces de Dancourt : le Clievalier à la mode ^ l'Été des Co-
b' AUTREFOIS. 1 24
guettes, les Bourgeoises à la mode, etc. , etc.
Nous n'en finirions pas, si nous voulions citer.
Du reste , nous croyons avoir atteint le but que nous nous proposions , et qui n'était autre que de prouver à nos lecteurs que nous n'inventions rien en fait de corruption , et que bien loin de nous était la pensée de faire de l'immoralité à plaisir.
Le plan du comte Roland était simple.
Il ne s'agissait que de plaire à Diane , et dans l'esprit du roué habitué aux faciles succès en amour, la réussite ne se présentait point seulement comme probable, mais bien et tout d'abord comme certaine.
11 ne se faisait point faute d'ailleurs
^22 L£S VIVEUUS
d'interpréter favorablement le vif désir que Diane lui avait témoigné , peu de jours auparavant, de le recevoir chez elle.
De plus, il croyait lire un encouragement non équivoque dans l'expression des regards qui répondaient aux siens , quand ses yeux rencontraient les yeux de la marquise.
Avait-il tort? Avait-il raison ?
C'est ce que l'avenir nous apprendra.
Quittons, s'il vous plaît, le comte de Villarcy pour un instant, et rejoignons le marquis de Gout-Kérieux.
d'aux utFOis. 4 23
Deux Jours environ après la soirée du samedi, Hector se dirigea du côté de la rue des Tournelles.
Trois heures de l'après-midi sonnaient à l'horloge de Téglise Saint-Paul , au moment où il arrivait à la porte de l'hôtel Lormois.
Un gros suisse poudré et galonné , ventru comme un personnage de Rabelais , rouge de trogne comme un buveur de Téniers, se pavanait devant la porte de sa loge.
Il salua très respectueusement Hector.
— Madame la marquise est-elle à l'hôtel? demanda ce dernier.
— Oui, Monsieur le marquis, répondit le suisse.
Hector monta le large escalier, tout embaumé des fleurs les plus rares, qui conduisait aux appartements de Diane.
Il arriva dans l'antichambre.
Trois valets de pied en grande livrée jouaient au biribi et se trichaient les uns les autres.
Ils se levèrent en toute hâte à l'aspect du jeune homme, et l'un d'eux s'approcha de lui avec une très humble révérence.
D^AUTREFOIS. i25
— Annoncez le marquis de Cout- Kérieux, dit Hector.
— Pardon, fit le valet, mais je ne puis annoncer monsieur le marquis , madame la marquise est sortie.
— Ah!... fit Hector, elle est sortie...!
— Oui, Monsieur.
— Vous en êtes sûr?
— Parfaitement sûr; madame la marquise a demandé son carrosse, il y a à peu près une demi-heure. Je ne comprends pas que le suisse ait donné à monsieur le marquis la peine de monter !
Devant une affirmation aussi positive, il n'y avait qu'à se retirer.
42G LES VJVEUIIS.
— C'est ce que fît le jeune homme, mais non sans chagrin, sans soupçons et sans inquiétudes.
Mille pensées confuses, mille chimères, comme les amoureux s'en forgent à tout bout de champ, traversèrent en un instant son esprit.
Si l'on avait pu mettre en ordre et pour ainsi dire numéroter ces pensées diverses, voici quel eût été à peu près le résultat obtenu :
Nous faisons juges de l'exactitude de ce résultat tous les jaloux qui , en arrivant chez leur maîtresse, dans des conditions semblables, ont trouvé porte close.
n' AUTREFOIS. 427
V On vient de me dire deux choses, laquelle est la vraie ?
2° Qui s'est trompé? Est-ce le portier? est-ce le valet?
5° Diane est-elle réellement absente?
4° Ou bien, a-t-elle donné l'ordre de ne point recevoir?
5° Cet ordre est-il général?
6" Ou n'aurait-elle pas plutôt procédé par exclusion, et donné cet ordre pour moi seiil.
7" C'est cela, sans aucun doute ! elle me ferme sa porte, pour me faire bien comprendre que mes visites lui déplaisent.
428 LBS VIYEUUS.
8» Mais alors , c*est qu'elle ne m'aime plus! qu'elle ne m'a même jamais aimé !
0» Si elle en aimait un autre! î!
^0" Malédiction!!
W Après tout, peut-être est-elle sortie.
42° Il est très probable qu'elle est sortie..
45* Cependant, le suisse m'a affirmé...
•44" Oui, mais le suisse dormait dans sa loge quand elle a passé. Cet homme ressemble à un tonneau ; par conséquent il doit être ivre à perpétuité, et ne jamais savoir ce qu'il dit.
>la« Sans aucun doute, la marquise est
d'autrefois. A'19
sortie! c'est positif! c'est évident!
16° Mais alors, il n'y a pas d'exclusion?
47" Mais alors, elle n'a jamais cessé de m'aimer !
>l8o Elle m'adore! elle m'adore plus que jamais!!
49° Je n'ai pas de rival !
20° Je suis le plus heureux des hommes!!
Etcaetera, etcaetera, etcaetera...
Cette révolution d'idées et d'impressions
multiformes, se fit dans l'esprit du jeune m. u
^'0 LIS vivEciîS d'autrefois.
homme en bien moins temps qu'il ne nous en a fallu pour la mettre sous les yeux de nos lecteurs.
Comme , d'ailleurs , il n'avait aucun moyen d'éclaircir ses doutes, si toutefois il lui en restait, il lit de nécessité vertu, et quittant Tantichambre, il reprit assez gaillardement le chemin du grand escalier.
LE NOklUD D'UiWE INTRIGUE.
— SUITE
XXVïl
XJB NŒDD d'une INTRIGUE. [Suite.)
Il allait mettre le pied sur la première marche, quand, dans sa préoccupation, il heurta presque une jeune femme qui montait vivement.
Le premier mouvement d'Hector fut de se rejeter en arrière.
Le second fut de regarder l'inconnue.
134 LliS VIVEIRS
11 tressaillit tout aussitôt, car il reconnut, à n'en pouvoir douter, les jolis traits de la jeune fille qu'il avait vue une fois déjà, dans le corridor qui menait au logis de maître Lepieard, et que, devant lui, l'ex-valet de chambre du duc de Richelieu avait nommée Mariette.
— Vous ici, Mademoiselle ! dit-il avec un certain étonnement.
JLia jeune fille ainsi interpellée s'arrêta, se retourna à demi, car elle avait déjà dépassé le marquis, abaissa ses longues paupières . sur ses beaux yeux , et laissant tomber sur Hector un regard demi-voilé, demi-moqueur, un regard de soubrette enfin, elle répondit d'une voix de fausse! évidemment contrefaite :
DAUTUEFOIS. 'iôS
— Est-ce que c'est à moi que vous parlez, Monsieur?
— Sans cloute.
— Alors, qu'est-ce que vous me voulez?
— Vous ne me reconnaissez donc pas?
-Moi?
— Vous.
— Non, certainement, puisque je ne vous ai jamais vu!
— Mais vous vous trompez, Mademoiselle...
— Je ne crois pas, Monsieur.
406 LES VIVtlIRS
— Il n'est pas possible que vous ayez oublié...
— Quoi donc?
— Que nous nous sommes rencontrés déjà.
— Je n'ai pas de mémoire !
— J'aiderai vos souvenirs.
— A quoi bon?
— J'y tiens. Souvenez-vous de la rue du Mail...
— Après?
— Du numéro 30, et de M. Guillaume Lepicard, de chez qui vous sortiez.
DAUTUEFOIS. -1 37
— Voilà tout...
— N'est-ce point assez?
— Non certes , et bien décidément , Monsieur, vous me prenez pour une autre.
Tout en parlant, la jeune fille fît un léger détour, et glissant à côté d'Hector, elle entra dans l'antichambre.
— Allons, pensa le marquis, cette fois encore je me suis trompé 1 Mais il faut convenir que je suis poursuivi sans cesse par de bien étranges ressemblances !
Et il se mit à descendre l'escalier.
Son pied touchait à la dernière marche, f^|
quand le jeune homme entendit un pas
458 LES VIVEUf.S
léger derrière lui, et quand une petite voix douce murmura au-dessus de sa tête :
— Psit! psit! Monsieur... attendez-moi donc!!
Il se retourna et vit, non sans surprise, qu'il était poursuivi par la gentille inconnue.
Alors eut lieu la contre-partie de la scène précédente.
— Est-ce à moi que vous en voulez, Mademoiselle? demanda-t-il , prenant ainsi sa revanche de la réponse qui lui avait été
' faite par la jeune fille, peu d'instants auparavant.
— Monsieur, lui dit- elle tout bas et
d'autuefois. 459
d'une voix rendue haletante soit par l'émotion, soit par la vitesse de sa course, Monsieur, je suis la femme de chambre de madame.
— Quelle madame? demanda Hector.
— La marquise Diane de Lormois.
— Ah ! fit le jeune homme,
— Et je vous avais bien reconnu tout à l'heure...
-Vous...?
— Sans doute. , *^ v #
— Vous oubliez donc , dit Hector en souriant, vous oubliez donc que vous ne m'avez jamais vu !
440 LES VIVELUS
La soubrette, au lieu de répondre, baissa les yeux en rougissant avec une petite moue très gentille.
— Vous vous êtes trompée tout à l'heure ou vous vous trompez à présent, continua le marquis, entre ces deux erreurs, choisissez.
— Dame! c'est difficile de choisir... ça sera celle que vous voudrez...
— J'aime mieux que ce soit celle de tout à l'heure,
— Moi aussi.
— Pourquoi?
— Parce que ça se rapproche plus de la vérité... du moins je le crois.
— Et moi j'en suis sûr! mais dites-moi,
d'autkefois. ^A\
je vous prie, quelle est la raison, bonne ou mauvaise, qui vous empêchait de convenir que c'était bien vous que j'avais rencontrée il y a quelque temps ?
— Dame ! j'espérais...
— Quoi donc?
— Qu'en m'en tendant nier le fait vous vous figureriez vous-étre trompé...
— Très bien, et je dois avouer que vous avez failli réussir. Mais, vous aviez sans doute un but en espérant cela...?
— Certainement!
— Lequel?
EL Mariette baissa de nouveau les yeux et
ne répondit pas.
— Je devine ! reprit Hector en riant.
— Quoi donc? fit vivement la soubrette en attachant sur le marquis un regard curieux et inquiet.
— C'avait été du reste ma première
idée, le jour où je vous vis là-bas et
M. Guillaume Lepicard. ..
— Vous dites..? demanda Mariette, voyant qu'Hector s'interrompait.
— Peste! continua le jeune homme, c'est un heureux coquin !
^ Je ne comprends pas, Monsieur 1!
— Cela me paraît cependant assez clair!
— Expliquez-vous mieux, je vous en prie.
— Vous voulez que je mette les points sur lesi..?
— Oui, Monsieur.
— Eh bien ! puisque vous m'y forcez, je veux dire que plus d'un jeune seigneur s'estimerait heureux d'obtenir de vous les mystérieuses faveurs que vous réservez sans doute à maître Lepicard...
~0h! Monsieur! répliqua vivement Mariette, dont les joues et le front devinrent pourpres, oh ! Monsieur, poirvez-vous croire!!!
— Est-ce que cela n'est pas?
— ^'lonsieur Lepicard! lui! par exemple!!
— Cependant...
— Vieux comme il Test, et pas beau du tout, ni grand seigneur ! ah ! fi donc !
Une marquise n'aurait point prononcé ce : /2 donc! avec un plus grand air.
Hector, un peu ébranlé dans sa croyance, mais non encore convaincu, reprit:
— Il est vieux et laid, c'est vrai ! vous êtes jeune et jolie, c'est encore plus vrai, mais ce n'est pas une raison concluante pour...
— Si, Monsieur! interrompit Mariette.
d'autretois. -145
— Enfin, expliquez-moi.
— Rien ! Je ne puis ni neveux rien vous expliquer ; mais je puis et Je veux vous demander quelque chose...
— A moi ?
— A vous.
— Vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir! De quoi s'agit-il?
— Mais ne me refuserez-vous point?
— Non, sans doute!
— Promettez-le-moi.
— Le puis-je sans savoir de quoi il est question?
— Vous le pouvez.
— Mais si ce que vous me demandez est impossible?
— C'est au contraire très possible, et je dirai plus, très facile.
-- Allons, soit, j'agis en aveugle...
— Vous promettez..?
— Je promets.
— Vous jurez?
— Je jure ! mais au nom du ciel, parlez, 3 quel est donc ce mystère?
— Il s'agit tout simplement de me garder le secret...
D AUTRFFOIS. 4 47
— Le secret! je n'en sais pas qui vous concerne.
— Pardon.
— Lequel donc?
— Celui de notre rencontre.
— Ah ! il ne faut pas dire...?
— Que vous m'avez vue rue du Mail?
non Monsieur, à personne au monde, et surtout à madame la marquise.
— Fort bien ; mais puisque M. Lepicard n'est pas votre amant, pourquoi, diable, avez-vous si peur..?
— Ceci me regarde. J'ai votre parole et je compte que vous n'y manquerez pas.
418 , LES VIVEURi;
— Non, sans doute, mais à une condition.
— Une condition, soit! Laquelle?
— Je vais vous le dire , mais d'abord promettez de l'accepter.
— Le puis-je sans savoir?...
— TrèsJ3ien. . '
— Cependant...
— Oubliez -vous que je n'en savais pas plus que vous tout à l'heure et que j'ai consenti.
— Allons! je ferai comme vous.
— Vous promettez?
d'autuefois. 449
— Oui.
— Vous jurez?
— Je jure ! et maintenant de quoi s'agit-il?
— De parler de moi à votre maîtresse.
— Oh ! Monsieur!... et que voulez- vous que je lui en dise?...
— Mais, tout ce qui vous passera par la tête, que je la trouve laplus belle et la plus charmante de toutes les femmes, que j'en suis très passionnément épris, que ses rigueurs me rendront fou, et que dans un moment de folie quelqu'acte de désespoir peut me pousser à mettre fin à mes jours...
— Quelle horreur! j'espère bien que tout cela n'est pas vrai.
450 LES VlVEL'RS
— Tout cela est au contraire de la plus affligeante exactitude !
— Et vous avez la prétention que j'aille répéter...
— Sans doute... de temps en temps... le soir et le matin, par exemple, en habillant et en déshabillant madame la marquise.
— Si peu que cela! ! ^
— Mon Dieu, oui.
— Je suis fâché de vous le dire, mais vous comptez sans votre hôte, je n'en ferai rien!
— Pourquoi donc?
— Pour une foule de raisons , toutes meilleures les unes que les autres.
d'autrefois. 454
— Voyons un peu...
— Je n'ai pas le temps...
— Une minute, je vous en prie ! j'espère au moins, Mademoiselle, que vous ne refuserez pas de faire mon éloge devant votre maîtresse, et de lui rappeler mon nom....
— Ceci est différent.
— Ainsi vous consentez??
— Oui. Mais je pense à une chose.
— Laquelle?
— Je ne le sais pas, votre nom, Monsieur.
— C'est juste. Je m'appelle Hector, marquis de Cout-Kérieux.
-^52 LES VIVKUUS
— Je m'en souviendrai... je tâcherai du moins; car il n'est pas des plus faciles à retenir, ce nom là.
— Tenez, mon enfant, prenez ceci, et gardez-le, commesouvenir,etpour l'amour de moi.
Et tout en parlant, Hector mit dans la main de Mariette une petite bourse brodée, qui contenait environ une douzaine de pièces d'or.
La soubrette fit quelques façons pour accepter la bourse, qu'elle prit néanmoins, et elle répondit, tout en faisant une grande révérence :
— Mais en vérité. Monsieur le marquis... je ne sais... si je dois...
u'AlJTi>EFOiS. -153
— Vous devez, n'en doutez point, d'ailleurs c'est moins que rien !
— Cependant.
— Pas un mot de plus, ou bien je croirais que vous avez l'intention de me blesser par un refus.
— Alors je me tais.
Et Mariette fit couler lestement la bourse dans la poche de son tablier.
— A bientôt ma petite.
— Au revoir, Monsieur le marquis.
— N'oubliez pas votre promesse.
— Et vous, souvenez-vous de la vôtre.
— Vous avez ma parole de gentihomme.
Je serai muet comme la tombe.
Et tandis qu'il disait ces mots, Hector descendit les dernières marches de l'escalier.
Mariette se pencha sur la rampe pour le voir s'éloigner.
Il disparut bientôt sous la voûte qui menait à la porte cochère.
— Pauvre garçon ! dit alors la soubrette en secouant la tête d'un air triste ; pauvre garçon ! c'est dommage! mais qu'y faire?
Et elle regagna l'antichambre.