LES V1YETI.S
l'honneur de lui faire sa [cour, le jeune marquis de Cout-Kérieux. Sa Majesté avait ajouté gracieusement qu'elle se souvenait encore de la belle conduite du défunt marquis à la bataille de Fontenoy.
Le jeudi suivant, et, un était au vendredi; c'était donc une semaine presqu'entiere qui restait à Hector pour admirer à son aise les splendeurs de Versailles, ou retourner jouer à Paris.
Il alla en compagnie de Peritus consulter Langeac, qui lui tint ce petit discours :
— Tout vous a réussi, jusqu'à présent, mon cher marquis, il est donc sage de penser que vous ne tarderez pas à voir le revers de la médaille. Avec l'or que
vous avez gagné , vous pourrez faire une brillante ligure à la cour et vous y pousser beaucoup plus vite. Laissez un peu reposer le jeu et essayez de l'amour. Si vous êtes malheureux de ce côté, vous reviendrez aux cartes pour vous consoler.
Ceci n'est pas de la morale bien sévère, cerne semble. Qu'en pensez-vous, monsieur Peritus ?
— Admirablement écrit, monsieur le vicomte, répondit Peritus, qui avait pris sur une table un nouveau volume de Buffon.
Hector sourit de la distraction du vieux précepteur, et il convint que rien n'était plus sage que les conseils du vicomte; puis, pour être conséquent, il rendit la li-
t'2*2 LES VIVEURS.
berté à Peritus, et il annonça à son ami qu'il le quittait pour visiter le parc dans les plus grands et dans les plus petits détails.
Quelques minutes après, il errait sous les beaux ombrages de la magnifique allée qui longe sur la gauche le bassin du char embourbé. Il réfléchissait à tout ce qui lui était déjà arrivé depuis qu'il avait quitté la Bretagne, et surtout à ce qui pouvait lui arriver encore, car le marquis était de ces hommes dans l'àme desquels le souvenir tient moins de place que l'espérance.
Tout-à-coup il fut arraché à ses méditations par le frôlement d'une robe de soie et un chuchottement de voix féminines.
dàutkeiois V2o
Il se retourna avec une vivacité qui an nonçait plus de curiosité que de savoirvivre et aperçut, à quelques pas derrière lui, deux femmes, jeunes, charmantes, vêtues avec une élégante simplicité, et ayant tout l'air d'appartenir au meilleur monde de la cour, car elles semblaient être dans le parc de Versailles comme chez elles.
Hector les salua profondément, bien qu'il n'eût pas l'honneur de les connaître, et les deux jeunes femmes, qui avaient déjà souri de la pétulance d'enfant avec laquelle Hector s'était retourné pour les voir, sourirent encore de son salut, car elles avaient compris que ce manque d'usage avait pour origine un trouble très flatteur pour elles.
D'abord, le marquis prit la résolution