ET L'ENNUI
Ce n'est pas une de ces charmantes villas qui ont emprunté à l'Italie leifr nom, leurs blanches statues et les terrasses de leurs toits. — Ce n'est pas une de ces fermes ornées qui nous viennent d'Angleterre, et où la riche bourgeoisie tâche de réunir à grands frais tout le luxe de comfort de
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nos voisins d'outre-mer. —Ce n'est pas un de ces jolis chàtelets prétentieusement patriciens, qui flanquent leur blanche façade de deux tourelles qu'on pourrait prendre pour un double colombier, humble demeure où vit moclestement quelqu'un de ces bons gentilshommes qu'autrefois on désignait sous le nom de hoberaux.— Ce n'est rien de tout cela : c'est un château dans l'acception la plus aristocratique de ce mot, un château qui s'assied vaste et fier au milieu des ombrages touffus de son parc.
Par un motif à peu près semblable à celui qui fit étendr^' au bon Cervantes un voile obscur sur le lieu de la naissance de
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son don Quichotte, nous désirons taire le nom de cette habitation , et ne point indiquera place qu'elle occupe sur la carte de France. Nous la désignerons donc par le pseudonyme de Neufcastel, et nous dirons seulement qu'il y a quelque part, entre Orléans et Paris, un endroit de la route royale d'où l'on entrevoit sa large façade, les vertes pelouses, qui, comme un riche velours, viennent mourir à sa base, et les grands arbres séculaires regardant trembler leur feuillage réfléchi dans l'eau des bassins. —Pendant plus d'une demilieue, la rou te côtoie les murs de ce parc, et par des percées, ménagées de distance en distance, le regard plonge dans de vastes. perspectives, dans de lointains aspects de fraîches eaux, d'arbres toutlus et de ga-
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zons verts. Puis on arrive à une large grille dont les lances dorées supportent une couronne de comte. Là, une avenue de vieux châtaigniers s'enfonce en tournoyant dans le parc et arrive jusqu'au perron du château. Suivez avec moi cette avenue , traversons ensemble un vaste vestibule, une salle à manger et une salle de billard, et entrons dans un salon qui fait suite à ces trois pièces.
Ce salon est meublé dans le style de la renaissance , avec goût, et d'une manière toute artistique. Le caractère de l'époque qu'on a voulu rappeler se reproduit partout; depuis le parquet en bois de chêne à petits compartiments , jusqu'aux cadres des tableaux ; depuis la che-
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minée aux armoiries sculplêes, jusqu'aux solives saillantes et peintes du plafond.
Il est à peu près dix heures du matin. Seule dans cette vaste pièce et près de la fenêtre, une jeune femme est assise dans un fauteuil blasonné. — Assise, disons plutôt étendue, car sa pose exprime le plus grand abandon et la plus complète nonchalance.
Cette jeune femme est fort jolie; sa peau est d'une blancheur mate et légèrement rosée ; ses magnifiques cheveux noirs encadrent sa figure dans leurs larges bandeaux, et se tordent dans une natte brillante qui se reploie et se noue avec des reilets veloutés derrière sa tête charmante. Ses yeux sont bleus, comme ceux des