LES VIVE 1RS
jeunes filles que Paul Véronèse a peints, et doivent quand ils s'animent, avoir une expression magnifique. Mais dans ce moment leur rayon semble mort. Fixés dans le vague, ils n'ont rien de rêveur, rien de triste, rien non plus de joyeux. Il n'y a pas d'attente dans ce regard ; il n'y a pas même d'insouciance ; il n'y a ni la langueur de la souffrance, ni l'alourdissement du sommeil; il n'y a pas de souvenir; il n'y a pas d'espérance; il n'y a rien enfin, rien que de l'ennui.
Si parfois ce regard se porte sur l'horizon qu'on découvre depuis l'endroit où cette jeune femme est assise, il ne s'arrête point aux tons magnifiquement
d'autrefois. 215
chauds dont l'automne a glacé le feuille des grands- arbres. Si parfois ses yeux s'arrêtent distraitement sur son pied charmant négligemment allongé devant elle, elle n'en admire point la coquette petitesse. —On peut être absorbé par la passion, par la douleur; elle, elle est absorbée par cet ennemi cruel des gens heureux, l'ennui.
On voit pourtant qu'avant de succomber elle a lutté beaucoup. — Des livres et des gravures gisent épars sur une petite table auprès d'elle. Devant l'autre fenêtre, un chevalet supporte un tableau commencé; la couleur n'est pas sèche encore aux pointes des pinceaux, et la musique du dernier opéra d'Auber est ouverte sur le piano,