L HISTOIRE D'UNE NUIT
— SUITE
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l'hiitoirc d'une nuit. (Suire).
Au cri d'angoisse poussé par madame de Villarcy, le comte et le docteur, nous l'avons dit, se précipitèrent vers le lit.
Un terrible spectacle s'offrit alors à leurs yeux.
La jeune femme, secouée par les der-
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iiières et effroyables douleurs de renfantement, se roulait sur sa couche, déchirant convulsivement ses draps, et la batiste de sa chemise et n'interrompant un instant ses cris que pour faire entendre un râle sourd semblable à celui de l'agonie.
Aucune expression ne peut donner une idée de la beauté céleste de son visage, devenu, grâce à un extrême amaigrissement, pour ainsi dire diaphane, et tout à fait semblable à celui des anges, peints ou sculptés par l'art pieux du moyen-âge.
Ses grands cheveux, d'un blond doux et cendré, tordaient comme des serpents leurs mèches éparses autour de sa figure, tantôt pâle comme de la cire vierge, tantôt
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embrasée d'une rougeur ardente mais passagère.
Un tressaillement terrible sembla disloquer subitement les jointures de tous ses membres qui se raidirent, la pupille de ses yeux bleus s'agrandit et se vitrifia, et elle cria d'une voix entrecoupée :
— A moi ! à moi ! au secours ! je meurs ! je meurs! ayez pitié de moi! mon Dieu
que je souffre ! j'aime mieux mourir
tout de suite...! mon Dieu! mon Dieu!
mon Dieu!
— Il faut la tenir, dit tout bas le docteur au comte, il faut la contraindre à une immobilité absolue, sans cela tout est perdu. Si vous ne vous sentez point assez
de courage, appelez les femmes de madame la comtesse.
— J'aurai du courage, docteur, j'en aurai.
Et M. de Villarcy, tremblant, s'apprêta à remplir les fonctions d'aide du chirurgien.
L'opération fut longue et effrayante.
Au bout d'une heure la jeune femme épuisée retomba sans connaissance sur son lit de douleurs, et les vagissements d'un enfant nouveau-né retentirent seuls dans le silence de la chambre à coucher.
— Eh bien? demanda le comte d'une voix frémissante.
— C'est un garçon, répondit le docteur.
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— Et , balbutia M. de Villarcy.
Le docteur comprit le sens de cette simple syllabe et dit simplement :
— 11 vivra.
— Mais... la mère. . lanière...??
Le docteur s'approcha du lit, contempla longuement le corps inerte de la pauvre accouchée, posa sa main sur le cœur et sur les veines, puis il répondit sourdement ;
— Du courage, Monsieur le comte...
— J'en ai ; mais, parlez vite !
— Dans une heure... elle sera morte!
— Ainsi... plus d'esj)oir?
— Aucun... à moins...
— A moins... docteur?...
Et l'âme du comte était suspendue aux lèvres du vieux médecin.
— A moins que Dieu ne fasse un miracle ! dit celui-ci d'une voix sombre.
— Prions donc! murmura le comte.
En ce moment l'accouchée fit un mouvement, ses yeux se rouvrirent, ses membres s'assouplirent, son regard erra sur ceux qui l'entouraient, un sourire doux et triste effleura ses lèvres et elle dit :
— Donnez-moi mon enfant.
Le docteur le lui présenta.
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— J'ai beaucoup souffert, ajouta-t-elle après avoir couvert de caresses l'innocente créature; j'ai beaucoup souffert, mais c'est fini maintenant, et Dieu permettra que je meure en paix !
^ Mourir! s'écria le comte en prenant la main de sa femme; que parles-tu de mourir? Tu vivras! tu vivras!
— Non, mon ami, répondit la jeune femme avec le même sourire doux et triste ; la vie est épuisée en moi jusqu'à la dernière goutte. Je sens que les battements de mon cœur s'arrêteront dans un instant, tant ils sont faibles et lents; j'entends déjà bruire à mon oreille un lointain écho de la voix des anges, et je sais que désormais il me reste une heure à peine à
passer dans ce monde. De cette heure, mon ami, fit-elle en tendant de nouveau au comte sa main pâle et fluette, je vous demande la moitié, afin de me réconcilier avec Dieu; le reste sera pour vous... et pour lui, ajouta-t-elle en désignant l'enfant qui s'était endormi dans les bras du docteur.
Elle se tut pendant un instant, puis elle reprit :
— Monsieur l'abbé, voulez-vous recevoir ma confession?
Le chapelain s'avança, et le comte alla appuyer son front brûlant contre la vitre de l'une des fenêtres.
Le vent s'était abattu ; la lune était bril-
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lante et reflétait ses calmes lueurs sur le manteau de neige qui recouvrait au loin la campagne.
Il sembla tout-à-coup à M. de Villarcy qu'il entrevoyait dans le lointain une forme grise se dessiner au-dessus de la brèche d'un mur d'enceinte, s'élancer et retomber dans le jardin.
Au bout d'un instant cette forme parut s'évanouir, puis se remontra plus rapprochée, et enfin, disparut, non loin du château, derrière un massif de sapins.
Le comte vit cela, disons-nous, mais comme à travers un nuage, ou comme dans un songe. Son* esprit était ailleurs, et quand la forme grise disparut, il oublia tout aussitôt cette vision bizarre.
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Madame de Villarcy avait commencé sa confession.
Nul regard humain ne cherchait à surprendre le secret de ces aveux faits à Dieu lui-même dans la personne de son ministre sur la terre; mais, certes, si quelqu'œil profane eût épié l'impression produite sur le prêtre par les paroles que murmurait la jeune femme, il aurait frémi en voyant la surprise et l'épouvante qne reflétaient successivement le visage bouleversé du pauvre chapelain.
Quand la comtesse eut achevé, le confesseur et la pénitente étaient aussi pâles l'un que l'autre, et c'est d'une voix entrecoupée par une émotion excessive que le représentant du Seigneur prononça les
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paroles sacramentelles de l'absolution.
— Monsieur l'abbé, fit alors la comtesse, veuillez prier M. le comte de s'approcher de moi.
— Ainsi, Madame, dit le chapelain tout bas, votre décision est irrévocable?
~ Oui.
— Songez cependant. . . ^
— Je ne puis songer qu'à une chose, c'est que je vais mourir, et que si je ne faisais point ce que je vous ai dit, mon âme ne s'envolerait pas libre, pure et tranquille.
— Que votre volonté soit faite, Madame la comtesse... Vous êtes une sainte! et
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je voudrais être aussi sûr de mon salut éternel, que je suis sûr que Dieu vous a pardonné.
Puis le chapelain, tirant le comte de sa préoccupation profonde , le prévint que madame de Villarcy l'attendait.
En voyant , debout devant-elle , son mari, dont les yeux étaient baignés de larmes, la jeune femme fit un effort pour se soulever sur sa couche, et elle dit :
— Plus près... plus près... car ma voix est bien faible.
Le comte se pencha; mad'ame de Villarcy continua :
— C'est Dieu qui m'a inspiré la pensée
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que je réalise en ce moment, et je vous supplie de croire que, sans ma faiblesse qui ne me permet pas de me lever, ni même de faire un mouvement, c'est à genoux, à deux genoux que je vous parlerais...
— A genoux ! toi ! devant moi ! interrompit le comte; que dis-tu, mon amie..?
— Oui , à genoux, comme devant un juge suprême, car c'est à un juge que je m'adresse en ce moment
— Un juge...! répéta M. de Villarcy, croyant presque à un délire momentané, supposition démentie cependant par l'abattement profond des traits delà mourante.
— Ne m'interrompez pas, continua la
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comtesse; mes instants sont comptés, et je n'aurais pas la force d'aller jusqu'au bout... J'ai à v^ous faire un aveu terrible... J'ai commis une faute... un crime... Pardonnez-moi... Ne me maudissez pas !
La comtesse, épuisée, s'arrêta pendant une seconde. Son mari, stupéfait, l'écoutait sans la comprendre.
Elle reprit :
— Lorsqu'il y a trois ans, je devins votre femme, j'avais pour vous de l'affection et de l'estime, mais point d'amour. J'en aimais un autre. Ma famille le savait, et comme elle désirait me donner à vous, on vint me dire un jour que celui que j'aimais et qui était un cadet de famille, of-
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iîcier de fortune, venait d'être tué en duel. Je crus ce qu'on me disait, et je vous donnai ma main en me jurant à moi-même d'être toujours une honnête femme... Je n'ai pas tenu mon serment!...
La comtesse s'interrompit de nouveau, respira fortement comme pour ranimer un peu sa poitrine épuisée, puis elle continua :
— On m'avait trompé... il vivait
il m'aimait toujours,.. Je le revis... 11 me reprocha ce qu'il appelait une trahison... Il parla de mourir... Il se jeta à mes pieds en me suppliant de vous abandonner... de fuir avec lui... d'aller nous cacher en ItaHe... en Allemagne... que saisje? Je résistai... je résistai deux ans!