II
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— A propos, veux-tu venir souper demain chez Albertine ?
— Ma foi! non.
— Il y aura de jolies femmes.
— C'est justement à cause de cela.
— Au fait, tu es pris, je n'y pensais pas î depuis quelque temps je ne te rencontrais plus nulle part, j'aurais bien dû supposer que tu avais quelqu'amour au cœur, et qui plus est quelqu'amour malheureux.
Rien ne rend sage comme les infortunes sentimentales, c'est bizarre ! J'ai un de mes amis qui est philosophe, il faudra que je le prie de m'expliquer ce phénomène.
— Bonsoir mon cher comte.
— A bientôt marquis.
rVAnTuEFois. >I95
Villarcy regagna les coulisses ou l'attendait Albertine, et M. de Gout-Kérieux fut rejoindre madame de Lormois qu'il reconduisit jusqu'à sa porte.
Nous allons, dans peu d'instants revenir au comte Roland, dont nous nous occuperons longuement, mais il importe, auparavant, de dire quelques mots d'une scène qui eut lieu entre Hector et la marquise le lendemain du soir où nous venons de les voir ensemble à l'Opéra.
Le jeune homme s'était reproché avec une véhémente indignation sa conduite indécise et ses continuelles tergiversations à propos de Diane, il s'était dit que jusqu'à ce jour il n'avait point cessé de jouer un rôle ridicule, et il s'était juré à lui-même
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de ne point quitter l'hôtel Lormois sans avoir fait à la marquise les tendres aveux qui depuis si longtemps lui gonflaient le cœur, et sans savoir enfin à quoi s'en tenir sur l'avenir de sa passion.
C'est animé de ces intentions amorosobelliqueuses qu'Hector se fit annoncer, et tout parut d'abord conspirer pour le faire réussir dans son entreprise.
Diane était seule , et jamais la jeune femme n'avait paru mieux disposée à une plus complète indulgence. Jamais son regard n'avait étincelé de feux plus voilés, jamais son sourire n'avait été plus chargé de tendres promesses. Il y avait autour de la marquise ce jour-là une atmosphère de volupté qui monta tout d'abord à la tête
d'Hector et lui donna le courage de parler. Mais semblable à un conscrit peureux à qui la nécessité donne un moment de courage et qui se hâte de faire feu sur l'ennemi, afin de n'être plus tenté d'abandonner son arme sans s'en être servi, Hector se coupa la retraite et ne dit qu'une phrase brève et sim])le mais fort concluante :
— Madame la marquise... je vous aime...
Puis, épouvanté de son audace, Hector attendit.
La riante et gracieuse expression des traits de Diane changea tout aussitôt, son regard se fit hostile, son sourire devint moqueur. Hector craignit un orage de violente colère, l'orage ne vint point, mais
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ce fut pis, car il fut remplacé par la raillerie et le dédain.
Par un phénomène que nous ne nous chargeons point d'expliquer, monsieur de Cout-Kérieux, au lieu de courber la tête sous la grêle de traits piquants qui vinrent fondre sur lui, sentit tout-à-coup renaître son sang-froid. Il trouva pour répondre aux sarcasmes de la marquise une présence d'esprit qu'il était bien loin d'espérer dans cette occasion, et enfin, poussé à bout, et faisant allusion aux deux circonstances dans lesquelles il croyait avoir rencontré Diane déguisée et à pied, il fit entendre qu'il avait découvert quelque chose qu'on avaitintérêtà cacher; qu'il soupçonnait un mystère et qu'il saurait s'en servir.
d'auiiiefois. ^99
A peine ces paroles étaient-elles prononcées que malgré de violents eftbrts sur ellemême, madame de Lormois pâlit sous son rouge et s'affaissa dans son fauteuil.
Cette é lOtion, du reste, ne dura qu'un instant, et la marquise se redressant soudain s'écria d'une voix tremblante :
— Au nom du ciel, Mofisieur, au nom de votre honneur de gentilhomme, que savez-vous? que voulez-vous dire?
Hector vit que le coup avait porté, et qu'en frappant au hasard il avait frappé juste: l'effet produit lui révélaitla puissance de l'arme qu'il tenait dans ses mains.
Aussi, comprenant tout l'avantage de sa position, et ne voulant pas la compro-
mettre par quelqu'imprudence qui montrerait combien peu il était instruit de ce mystère qu'il prétendait connaître, il entoura toutes ses réponses à h marquise d'un vague et d'une obscuritP^ propres à faire supposer que s'il ne parlait pas plus clairement, c'est qu'il ne le voulait pas.
Diane n'insista point, seulement son rôle changea de nuances, et elle redevint par degrés, gracieuse, souriante, presque tendre.
Si bien que M. de Cout-Kérieux sortit de l'hôtel Lormois en emportant une espérance qui semblait bien fondée.