‹ Les viveurs d'autrefoisChapitre 2 sur 11 · LIS V1VEU1.S · texte numérisé non relu

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laneoliquement après quelques secondes de silence. Hector sourit à la pensée que Péri tus regrettait sa chambre et son mobilier.

— Je tâcherai, répondit-il, que rien ne vous manque dans notre nouvelle résidence. — Oh! monsieur !e marquis, s'écria le savant, ce n'est pas à moi que je pense! mais la cour... le monde.;. M. votre père ne les fréquentait pas. — Mon père était colonel, il avait une carrière, la croix de Saint-Louis : son ambition était satisfaite; mais moi, moi, mon bon Peritus, il faut que je végète ici; et alors à quoi me servira l'instruction solide et brillante que vous m'avez donnée ?

La figure de Peritus s'épanouit sous le souffle de cette délicate flatterie, cest-à-dire que de très-laid qu'il était il devint horrible.

— Il est certain, répondit-il en se redressant avec un naïf orgueil, quemonsieurle marquis peut se montrer partout avec avantage, et qu'il serait vraiment fâcheux d'enfouir dans ce vieux château des facultés qui peuvent le pousser aux premiers emplois; ainsi s'il juge convenable de partir pour la capitale ou pour la cour, son très-humble serviteur Chrysostôrne Peritus est prêt à le suivre partout. — Merci! merci, mon bon maître, mon digne ami! s'écria Hector; mais je n'attendais pas moins de votre affection et de votre dévouement. Maintenant laissez- moi vous dire que, si vous envisagez avec un certain effroi le changement d'habitudes auquel notre départ donnera nécessairement lieu, je ne négligerai rien pour vous en dédommager. Versailles n'est pas loin de Paris où vous trouverez la bibliothèque du roi, et celle, admirable aussi, dit-on, fondée par le cardinal Mazarin... — Je pour-

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rai donc encore travailler, interrompit le savant avec un sourire radieux. — Mieux qu'ici, mon bon Peritus; sans compter que vous serez à même de rencontrer une foule d'hommes célèbres qui seront trop heureux de faire avec vous un échange de lumières. — Et je ne quitterai pas monsieur le marquis? demanda Peritus avec une certaine inquiétude. — Ceci dépendra de vous, répondit Hector d'un ton moins résolu.

— Monsieur le marquis sait bien... — Oui, mon bon Peritus, je sais que rien n'égale votre attachement... mais votre costume, mon vieil ami... — Mon costume! mon costume! interrompit Periius avec l'accent d'un profond étonnement,qu'a-t-il donc de si extraordinaire?

— Il est très-bien, très-convenable pour Cout-Kérieux, mon bon maître; mais pensez-vous qu'a Versailles on ne le trouvera pas un peu trop simple? je m'en rapporte à vous. — Je ferai ce que monsieur le marquis voudra, repartit Peritus avec résignation. — Eh bien! on vous apportera demain d'autres vêtements; vous les mettrez pour l'amour de moi, n'est-ce pas, mon ani? Mais soyez tranquille, ils auront toute la gravité qui convient à un homme comme vous, vous pouvez vous en rapporter a moi aveuglément. — Je mettrai ces habits, monsieur le marquis; mais je pourrai laisser ceux-làici pour les retrouver quand nous reviendrons; car nous reviendrons quelque fois j'espère... — Faites plus que l'espérer, Peritus; et laissez ces vieux habits ici si vous le voulez : j'aime à croire que les vers les respecteront.

Peritus ne remarqua pas le sourire qui accompagna ces dernières paroles d'Hector : il n'était plus préoccupé que de la crainte de n'avoir pas le temps de mettre un peu d'ordre dans ses livres avant son départ,

— Quand quittons-nous le château, monsieur le marquis? demanda- t-il d'un ton timide. — Nouspartirons après-demain, et nous voyagerons à cheval pour faire moins de dépense. Vous monterez la vieille Fanchon, qui est bien douce, comme vous savez? à bientôt, mon bon Peritus; je vais tout disposer pour le voyage.

L'hôtellerie.

Hector mit une si grande activité à faire tous ses préparatifs pour une longue absence, que, le jour du départ venu, il n'y eut pas le plus petit obstacle a l'accomplissement de son projet. Il se rendit donc de bonne heure à la salle à manger, où Peritus devait venir le joindre, revêtu de ses habits neufs. Le marquis, occupé d'une multitude d'affaires sérieuses depuis l'avant-veille, avait oublié ce détail du changement de costume de son gouverneur, de sorte qu'il en eut toute la surprise, ce qui doubla l'hilarité que lui causa la petit scène qu'on va lire.

Quand Peritus entra dans la pièce où le marquis l'attendait, ce dernier était appuyé contre un panneau de boiserie qui séparait deux hautes et larges glaces de Venise. Le vieux savant, chaussé de longues bottes à l'écuyère et tenant un énorme fouet de chasse à la main, s'approcha d'Hector qu il salua d'abord profondément; puis, inclinant à droite et àgauche la tête vers les deux glaces, il fit deux nouveaux saluts aussi profonds que le premier. Hector qui le contemplait avec

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une vive curiosité, ne put s'empêcher de lui dire :

— À qui, diable! adressez-vous donc toutes ces révérences, mon bon maître? Yous exerceriez-vous déjà à faire votre entrée dans les salons de Versailles?

— A qui? à qui? balbutia Peritus, mais à ces deux messieurs qui veulent bien me rendre mes saluts avec toute la courtoisie possible.

Hector fut saisi d'un fou rire, et il lui fallut quelques minutes pour reprendre son sang-froid.

— Mais, dit-il enfin, quand il put prononcer quelques paroles, c'est à vous-même, mon bon Peritus, que vous témoignez tant de déférence et de respect. Ne reconnaissez-vous donc pas votre image, deux fois réfléchie dans ces glaces? •

Peritus joignit les mains, et, quand il vit son geste deux fois répété, il fut convaincu et il s'écria :

— C'est pourtant vrai, mon Dieu, que c'est bien moi! qui m'aurait dit qu'à mon âge je changerais au point de ne pas me reconnaître moi-même?

Et il examinait chaque parlie de son costume neuf avec une douloureuse stupéfaction.

— Yous êtes très-bien comme cela, mon ami, reprit le marquis, et si vous êtes un peu changé, je vous jure, foi de gentilhomme, que c'est à votre avantage. Ces habits ont vraiment toute la gravité désirable, et je vois avec plaisir que mes ordres ont été ponctuellement suivis. Maintenant que votre ideir tité est bien reconnue, mettons-nous à table, car nous avons une terrible journée à faire pour commencer notre voyage.

Le repas fut triste et silencieux. Hector chercha vainement à l'animer par quelques joyeux propos, sa gaieté ne fut pas communicative parce qu'elle n'était

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