Ù6 LES VIVEURS
s adresser le jour même au premier gentilhomme de la chambre pour sa présentation à Sa Majesté.
Le lendemain, M. de Cardillac envoya un de ses gens chez son jeune parent, pour lui faire savoir que le roi avait dit qu'il serait charmé d'admettre, le jeudi suivant, a l'honneur de lui faire sa cour, le jeune marquis de Cout-Kérieux. Sa Majesté avait ajouté gracieusement qu'elle se souvenait encore delà belle conduite du défunt marquis à la bataille de Fontenoy.
Le jeudi suivant, et on était au vendredi; c'était donc une semaine presque entière qui restait à Hector pour admirer à son aise les splendeurs de Versailles, ou retourner jouer à Paris.
Il alla en compagnie de Peritus consulter Lange.ic, qui lui tint ce petit discours :
— Tout vuus a réussi, jusqu'à présent, mon cher marquis, il est donc sage de penser que vous ne tarderez pas a voir le revers de la médaille. Avec Fer que vous avez gagné, vous pourrez faire une brillante figure à !a cour et vous y pousser plus vite. Laissez un peu reposer le jeu et essayez de l'amour. Si vous êtes malheureux de ce côté, vous reviendrez aux cartes pour vous consoler. Ceci n'est pas de la morale bien sévère, ce me semble. Qu'en pensez-vous, monsieur Peritus? — Admirablement écrit, monsieur le vicomte, répondit Peritus, qui avait pris sur une table un nouveau volume de Buffon.
Hector sourit de la distraction du vieux précepteur, et il convint que rien n'était plus sage que les conseils du vicomte; puis, pour être conséquent, il rendit la liberté à Peritus, et il annonça à son ami qu'il le quittait pour visiter le parc dans les plus grands et dons les plus petits détails.
d'autrefois, kl
Quelques minutes après, il errait sous les beaux ombrages de la magnifique allée qui longe sur la gauche le bassin du char embourbé. Il réfléchissait a tout ce qui lui était déjà arrivé depuis qu'il avait* quitté la Bretagne, et surtout a ce qui pouvait lui arriver encore, car le marquis était de ces hommes dans l'âme desquels le souvenir tient moins de place que l'esperance.
Tout a coup il fut arraché à ses méditations par le frôlement d'une robe de soie et un chuchotement de voix féminines.
Il se retourna avec une vivacité qui annonçait plus de curiosité que de savoir vvivre et aperçut, à quelques pas derrière lui, deux femmes, jeunes, charmantes, vêtues avec une élégante simplicité, et ayant tout l'air d'appartenir au meilleur monde de la cour, car elles semblaient être dans le parc de Versailles comme chez elles.
Hector les salua profondément, bien qu'il n'eût pas l'honneur de les connaître, et les deux jeunes femmes, qui avaient déjà souri de la pétulance d'enfant avec laquelle Hector s'était retourné pour les voir, sourirent encore de son salut, car elles avaient compris que ce manque d'usage avait pour origine un trouble trèsflatteur pour elles.
D'abord, le marquis prit la résolution de régler sa promenade de manière a ne plus rencontrer ces personnes, qui avaient paru se moquer de lui. Il prit donc une direction opposée à celle qu il avait suivie jusqu'alors; mais peu à peu il ralentit son pas, il s'arrêta, se retourna , bref, voyant les deux femmes s'engager dan? une allée sur la gauche, il manœuvra de façon à . e croiser avec elles et par conséquent à les voir en