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dans lé même but que la coiffure, dont j'avais l'honnur dé parler à madame la marquise. — Et de la ville, que dit-on? — Je né sais en vérité Dieu rien du tout! — Comment, rien? — Absolument... à moins?
— A moins? — A moins que je né parle à madame la marquise dé l'histoire qui court les ruelles, mais je né sais si je dois... — Dites! dites! — Alors ce sera pour obéir à madame la marquise. — Sans doute, allez, j'attends. — J'aurai donc l'honnur d'exposer à madame que j'ai parmi mes pratiques un jeune gentilhomme, lé plus beau, lé plus brave et lé mieux fait qui se puisse imaginer. — Voilà un pompeux éloge.
— C'est du reste l'avis dé toutes les personnes qui connaissent le gentilhomme en question. — Et ce phénix s'appelle?... — Lé comté Roland dé Yillarcy... madame la marquise en a peut-être entendu parlera la ville. — Non. — C'est étonnanl ! — Pas le moins du monde... Après? — Donc, monsu lé comté Roland dé Yillarcy est un vert-galant dans toute la force du terme, et je ne connais, en vérité Dieu, pas dé femme, qu'elle soit dé bourgeoisie ou dé condition qui soit capable dé lui résister. — Vous croyez cela, maître Merlac? fit la marquise avec un sourire railleur. — Je lé crois... répondit le coiffeur avec conviction. — C'est bien... continuez. — Or, monsu lé comté, honorait dé ses bonnes grâces mademoiselle Albertine... — Qu'est-ce que c'est que ça... mademoiselle Albertine?
— Une jeune danseuse du grand Opéra. — Et sans doute une de ces vertus farouches, dont votre pratique, comme vous dites, a l'habitude de triompher. — Madame la marquise veut plaisanter. — Avec vous, Merlac! répondit dédaigneusement la marquise... allons donc, mon cher! — Je démandé très-humble-
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ment pardon à madame la marquise... je voulais dire seulement que mademoiselle Albertine est une belle fille. Donc, il paraîtrait qu'hier au soir, comme elle quittait l'Opéra, pour rejoindre lé carrosse dans lequel l'attendait monsulé comté, elle fut abordée par deux officiers démessiurs les gardes françaises, qui l'avaient régardée de très-près pendant lé spectacle, et qui lui proposèrent... — Quoi donc? — Dé venir souper avec eux. — Ce qu'elle accepta, sans doute? — Gé qu'elle réfusa au contraire, ce que voyant, ils voulurent l'emmener malgré elle... — Ah! ah! qu'arriva-t-il alors?
— Il arriva, qu'elle se mit à pousser dé grands cris en appelant au secours. — C'est bien invraisemblable ce que vous me contez là, Merlac! — Ça n'en est pas moins vrai, madame la marquise... Monsur lé comte reconnut la voix de son amante, accourut l'épée à la main, souffleta les officiers, et se battant sur l'heure, avec l'un d'abord, puis avec l'autre, leur fit à chacun une belle boutonnière au pourpoint, puis rémettant mademoiselle Albertine dans son carrosse, la ramena tranquillement chez elle, comme si dé rien n'était. — Et l'on s'occupe de cette aifaire, dites-vous? — Je crois bien! tout lé monde en parle. Les soldats du guet sont allés ce matin chez monsu lé comté. — Pourquoi faire? — Pour lé prendre et lé mettre au Châtelet provisoirement, jusqu'à ce que lhistoire des deux duels soit éclaircie. — Alors il est en prison? — Du tout. — Comment cela? — On né l'a pas trouvé chez lui ; il se cache , et il a raison.
— Et quelles seront les suites de tout cela?
— Les suites né seront pas graves, et monsu le comte pourra reparaître dans quelque temps, car tous ceux qui ont vu lé combat, et il y en a beaucoup,
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ui donnent raison, et disent qu'il n'a fait que défendre sa maîtresse, comme l'aurait fait tout homme d'honneur à sa place. Oh! c'est un bien beau, bien brave et bien galant gentilhomme, que monsu lé comté dé Villarcy, ma pratique! — Merlac, fit la marquise qui, sans doute, avait assez des bavardages du coiffeur; Merlac, avancez-moi un peu plus cette touffe a gauche. — Madame la marquise trouve-t-elle que ce soit bien comme cela? — Oui! — N'y a-t-il plus rien qui pèche dans la coiffure dé madame la marquise?
— Mettez un peu plus de poudre de ce côté. Relevez ce crêpé. Bien, voilà qui est fini. — A quelle hure dois-jé mé mettre démain aux ordres dé madame la marquise? — A quatre heures précises. Je vais à la comédie italienne.
Et l'artiste se retira, après avoir renouvelé les trois saluts classiques, avec la même correction que lors de son entrée.
— Mariette... dit la marquise, restée seule avec sa femme de chambre. — Madame? — Allez demander à monsieur le marquis la liste des invitations qui ont été faites pour la fête de ce soir, et apportez-la-moi ici — Oui, madame.
La soubrette quitta le boudoir et revint.au bout de cinq minutes avec la liste demandée.
La marquise la lui prit des mains et la parcourut.
Et savez-vous ce que cherchait sur cette liste la digne petite fille d'Eve, notre première mère, et par conséquent la première curieuse?
Tout simplement le nom du comte de Villarcy.
Et elle ne l'y trouva pas.
— D'ailleurs, se dit-elle, il ne serait pas venu puisqu'il est obligé de se cacher pendant quelque temps.
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— Madame la marquise veut-elle s'habiller tout de suite? demanda la femme de chambre. — Sans doute.
— Quelle robe madame veut-elle mettre? — Je ne sais. — Une robe rose? — Non. — Bleue, alors. — Pas davantage, le bleu me va mal. — Madame veutelle une robe lamée? — Je suis chez moi, ce serait trop habillé. — Une robe de velours noir. — C'est trop simple. — Il me semble que madame la marquise pourrait choisir une robe blanche... — Je crois que vous avez raison. Oui, c'est cela.
La marquise mit en effet une robe de satin blanc, dont la jupe était toute parsemée de bouquets de perles dune inestimable valeur. *
Elle était ravissante ainsi.
— Madame veut-elle ses diamants? fit la camériste. — Non, donnez-moi des perles, cela ira beaucoup mieux avec l'ensemble de ma toilette.
La jeune femme se contenta donc de poser un collier de grosses perles sur ses belles épaules, dont la blancheur éclatante pouvait très-bien supporter ce redoutable voisinage.
Puis elle se regarda dans une grande glace, et de nouveau ne put s'empêcher de sourire à sa gracieuse image.
Nos lecteurs, du moins nous le supposons, ont bien voulu deviner, depuis longtemps déjà, que cette jeune femme n'était autre que la marquise Diane de Lormois.
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La fête.
Pendant que Diane mettait ses gants, on gratta légèrement à la porte du cabinet.
— Mariette, allez voir, dit la jeune femme à sa camérisle. — C'est M . le marquis, répondit cette dernière après avoir entre-bâillé la porte; c'est M. le marquis qui demande si madame peut le recevoir. — Sans doute, fit la marquise, qu'il entre.
M. de Lormois entra.
Nous ne ferons point le portrait de ce dernier personnage, car il ne doit jouer dans cette histoire qu'un rôle de comparse et il nous suffira de dire que c'était un charmant cavalier de trente-cinq a trente-huit ans, portant à merveille le chapeau sous le bras et l'épée de cérémonie sur la hanche, de plus jouant d'un air merveilleux avec les dentelles de Malines de son jabot et de ses manchettes.
On voyait qu'en matière d'élégance, M. de Lormois avait hérité des bonnes traditions, comme on dit encore aujourd'hui a la Comédie-Française.
Il baisa galamment la main de sa femme en lui disant :
— Ma parole d'honneur, marquise, vous avez trouvé le moyen de faire une chose impossible! — Moi? — Vous-même... — Et quelle est cette chose, je vous prie, mon ami? — C'est d'être ce soir plus charmante encore que de coutume. — En vérité, répondit Diane avec un sourire; en vérité, vo'us me trouvez jolie? —
A miracle! — Flatteur! — Ah! marquise!!!— Enfin, je veux bien vous croire... mais, dites-moi, que me voulez-vous?— D'abord, vous voir. —Et ensuite?— Ensuite, vous demander si vous vous sentez disposée à passer dans vos salons? Il est neuf heures et vos invités vont je pense arriver. — Je suis prête. Mariette, donnezmoi, je vous prie, mon mouchoir, mon éventail et mon flacon. Je vous suis, monsieur le marquis. — Me permettrez-vous de vous offrir mon bras? — Je fais mieux : je vous le demande.
Et Diane quitta sa chambre, conduite par son mari tout aussi solennellement qu'elle aurait pu l'être par un maître des cérémonies.
Les vastes salons, éblouissants de lumières et de fleurs, étaient encore complètement déserts.
Des laquais en splendides livrées rouge, blanc et. or, avec des aiguillettes de même, erraient çà et là dans les appartements, achevant de mettre en ordre quelque siège ou quelque draperie.
Bientôt les premières voitures vinrent tourner dans la cour de l'hôtel, et au bout dequelques instants, carrosses et conviés se succédèrent rapidement.
A neuf heures précises, ainsi que cela avait été convenu l'avant-veille, le marquis de Cout-Kérieux était venu rejoindre son oncle, le commandeur, à l'hôtel de madame de Contactes.
On eût dit que M. de Cardillac, en donnant rendezvous à Hector dans cette dernière maison, avait voulu procéder à la façon de ces dramaturges modernes, qui cherchent par-dessus tout à faire passer le spec-
tateur, sans transition, de quelque -tableau sombre et presque lugubre au riant aspect d'une décoration magique.
Rien en effet n'était moins réjouissant que le salon de madame de Contades, douairière fort respectable et fort respectée, mais nullement à la mode.
Là, tout était vieux : l'hôtel, les maîtres, les meubles et les gens.
Là. tout était triste : les visages et les tentures.
Quelques gentilshommes, anciens d'âge et antiques de noblesse, quelques marquises, qui, cinquante ans auparavant, avaient pu passer pour jolies, se réunissaient deux fois par semaine pour déblatérer contre le sans-façon incroyable des mœurs de la folle jeunesse du jour, et tailler, quelque pharaon, quelque lansquenet ou quelque bassette.
Toutes ces vieilles gens, immensément riches et jadis prodigues, étaient restés joueurs, mais étaient devenus avides et rapaces.
M. de Cardillac, si fort dévoué, malgré son âge, au culte de l'élégance et du plaisir ,ne se montrait que rarement chez madame de Contades, et n'y faisait jamais d ailleurs que de très-courtes apparitions.
Hector et son oncle ne tardèrent donc pas à prendre congé et montèrent dans le vis-à-vis qui les attendait à la porte.
— Touche à l'hôtel de Lormois, dit le commandeur à son cocher; puis il ajouta, en senfonçant mollement dans l'encoignure de son carrosse et en s'adressant au jeune homme : eh bien! mon ami, la marquise, comme d'ailleurs j'en étais certain, m'a écrit quelle serait enchantée de te recevoir sous mes auspices. — Aussi, mon oncle, j'ai de nouveaux et bien sincères remerd-
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ments à vous adresser. — Allons donc! entre nous, pas de cérémonie! j'aime beaucoup mieux que tu me considères comme ami que comme un oncle, et surtout comme un tuteur, la pire et la plus pédante espèce que je sache; au moins, je pourrai de temps à autre te donner quelques conseils... d'ami, avec la chance de te les voir suivre. — Mon cher oncle, j'espère que vous ne doutez pas... — Pardon, mon beau neveu, je doute beaucoup, au contraire. — Pourquoi donc? — Parce qu il y a une loi de nature qui veut que les jeunes n'écoutent pas les vieux! cela a toujours été, et cela sera toujours ainsi, malheureusement! Les vieux s'en plaignent et ils ont tort, car il me paraît démontré que la faute en est à eux. S'ils n'allaient pas toujours sermonnant et morigénant à propos de tout, comme des coquecigrues, la jeunesse leur ferait quelquefois l'honneur de vouloir bien les croire, et profiterait de leur expérience. — Vous êtes la perle des oncles! — Alors, répliqua le commandeur en riant, c'est bien le moins que tu sois pour moi le diamant des neveux! — Je m'y appliquerai... — Très-bien; mais d'abord tâche ce soir, mon ami, de ne pas trop oublier mes recommandations de l'autre jour. — Vos recommandations, mon oncle! lesquelles?— Vois-tu, comme j'avais raison de douter i!e ton attention. Tu ne te souviens même pas de ce que je t'ai dit! — Mettez-moi seulement sur la voie et vous verrez. — Il s'agissait de la personne chez laquelle nous allons. — La marquise de Lormois? — Juste. — Ah! j'y suis. — Voyons un peu? — Vous me recommandiez, dans le cas où je deviendrais amoureux de la marquise, et où je la verrais me ^préférer quelque autre gentilhomme, d'éviter au moins le ridicule d'être jaloux. Ce sont vos propres expressions.
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— À merveille! et te sens-tu disposé à suivre cet avis judicieux? — Je n'en aurai pas besoin. — Pourquoi cela? — Parce que je ne serai point amoureux de la marquise. — Tu crois? — J'en suis sûr. — Elle est bien jolie pourtant! — N'importe. — Tu dis cela d'un ton... est-ce que par hasard, depuis l'autre jour ton cœur serait pris quelque part? — Ma foi non, je vous assure, répondit Hector avec un peu moins d'aplomb, car de fait, l'image de la bourgeoise inconnue continuait à le poursuivre et a l'occuper plus que de raison.
— Dans tous les cas il n'y aurait pas de mal... mais nous voici arrivés, tiens-toi ferme, car, si, comme tu le dis, ton cœur,est libre, j'ai bien peur qu'il n'en réchappe pas! — Soyez tranquille, mon bon [oncle, il n'y a pas de danger. — Tu m'en diras des nouvelles en sortant.
Au moment où le commandeur et le marquis pénétrèrent dans les salons, dix heures venaient de sonner.
Il y avait autour de la marquise une foule compacte d'adorateurs; de plus on dansait, ce qui ajoutait à l'encombrement; bref, la circulation était interceptée momentanément, et force fut à monsieur de Cardillac et à Hector d'attendre qu'une éclaircie leur permît d'approcher de la belle Diane.
Cependant l'aspect de la fêle était ravissant d'animation, d'éclat, de bruit, de vie. de mouvement et de toilettes splendides.
Hector, quittant a peine le sombre logis de madame de Gontades, fut ébloui et enivré du contraste.
Che va piano, va sano, ceci est un vieux proverbe italien fort juste et dont M. de Cardillac appréciait convenablement la portée; il parvint donc en assez
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peu de temps et en se glissant tout doucement parmi les groupes, à frayer un passage à lui et à Hector, et à arriver auprès de la marquise.
11 prit alors son neveu par la main, et dit en s'inclinant :
— Madame la marquise, j'ai l'honneur de vous présenter mon neveu, le marquis Hector deCout-Kérieux, qui vous demande la permission de vous faire sa cour.
La jeune femme sourit gracieusement en signe d'acquiescement, et Hector allait lui adresser quelques phrases galautes, quand soudain, levant les yeux sur elle pour la première fois , il tressaillit, devint pâle, balbutia, et passa rapidement après un profond salut.
Cette subite et bizarre émotion resta inaperçue de tous, excepté de Diane, pour qui elle demeura toutefois un incompréhensible mystère.
Nos lecteurs, eux, s'en étonneront moins, quand ils sauront que monsieur de Cout-Kérieux venait de reconnaître dans la marquise de Lormois, et la bourgeoise du boulevard Saint-Antoine et l'inconnue de l'Opéra.
Le regard surpris de Diane suivit pendant quelques instants le jeune homme, dont le trouble croissant aurait fini par être remarqué, si un incident inattendu ne fût venu faire diversion.
Un tout petit vicomte, grandi par de hauts talons rouges, serré dans son habit de satin mordoré, comme une coquette dans son corset, frisé, poudré, musqué, ayant mis du rouge et des mouches, arriva à grand renfort de coups de coude, jusqu'auprès de madame de Lormois.