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prenant son élan, — elle se précipita dans les eaux profondes et rapides qui se refermèrent sur elle.
— Ah 1 — murmura avec une exclamation énergique le jeune homme qui l'avait suivie jusque-là, — je m*en doutais !.. j'en étais, sûr!..
Et, ne prenant que le temps de jeter bas sa redingote et son chapeau, il bondit à son tour dans la Seine.
Ce jeune homme était un habile et vigoureux nageur, et, bien lui en prit, car, sans cela, il se serait infailliblement perdu avec Suzanne au lieu de la sauver, tant est impétueux et presque irrésistible le courant de la Seine en cet endroit.
La robe flottante de la malheureuse enfant venait de reparaître et tachait l'eau comme un point noir. — Cinq ou six brasses suffirent au jeune homme pour atteindre ce point. Suzanne avait perdu connaissance. ^ Le jeune homme la saisit de la main gauche par ses longs cheveux dénoués. — Puis," de la main droite, il nagea vers le bord qu'il atteignit, non sans peine. — Il déposa sur le gazon de la rive la jeune fille évanouie et il s'efforça de la ranimer. — Ce fut en vain. — On eût dit que le vœu de Suzanne avait été exaucé déjà et qu'elle était tout à fait morte.
En ce n^oment arrivaient deux ou trois curieux, attirés par l'étrangeté de cette scène dont ils avaient été témoins de loin. — Sur la prière du jeune homme, l'un d'eux courut jusqu'à la place de la Bastille chercher un fiacre qu'il ramena aussitôt. — Aucune indication ne pouvait désigner le logis de Suzanne -«• L'inconnu monta donc eu voiture avec celle qu*il
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n'était pas eneore certain d'avoir pu sauver, et donna Tordre au cocher de les conduire tous deux dans la rue des Marais où il demeurait.
Quand Suzanne rouvrit les yeux, elle s'aperçut a?ec stupeur qu'elle était couchée dans une chambre étrangère, et qu'un visage inconnu, mais doux et souriant, se penchait vers le sien
Le sauveur de Suzanne se nommait Victor Herler.
— Il avait vingt-six ans. — C'était un grand garçon, de bonne mine, qui ne manquait ni de cœur ni d'esprit.
Il suppléait par des travaux littéraires assez maigrement rétribués, à Tabsence de toute fortune — Sa coUaboralion enricbissait d'articles pleins de verve et d'originalité une demi-douzaino de journaux inconnus.
— U faisait aussi du théâtre, et non sans succès, mais il n'avait jamais pu, jusqu'alors, venir à bout de faire jouer ses vaudevilles ailleurs qu'à Beaumarchais, aux Délassements-Comiques et aux Folies-Dramatiques
— Bref, bon an mal an, il réalisait un millier d'écus avec lesquels il vivait tant bien que mal.
Victor Herler s'arrangeait le mieux du monde de celte existence plus que médiocre. — Il avait foi dans l'avenir et il ne désespérait point de se voir un jonr l'émule de Scribe et le rival de-Dennery, i
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A fa ûd du précédent chapitre, nous avons laissé Sozanne, au moment où elle venait âe reprendre connai^sâii^é ààirs lé \ïi et {iresqife ddii^ \èi bréà du jéHift homme.
La poi^itioh dësés^éi^ëe de là malhetli*euée ënfatit n'avait qtie deux issues. — La première était de se cra^oïknet* à son projet de suicide et de le mettre à exécuiioh dé facrtiveàd. — La ^èbbrtdë. .. '
Oh ! la sècôtidfe èô devîtie. — Ce fut 6elle-là que choisit Suzailnè. — ^ Trdis jou^s après, elle était la maîtresse de Victor fierler. — Célie Kâisob dura six moi^. — Pëndaàt ces six mois, Suzatine aima-t- elle cet amant que lui avaient donné le hasard et lÉ hécessite? — Nous rie le cro:Jotiè pas.
D'àbbrd, SUzàntié h'dVait poirii litté Strie aimante, tant é'èri faut ; ensuite, la positîoh de Yidtôr HéMèh était infitliment trop inodestë pour pei*nïéttrë à la. jëtine fille de satisfki^e ses instincts de luxe et d'élégâncë.
Ce mariage de là main gauche plrddtrisit uii résultat fatàî. ^— Victor Herler mit sa mattresSfe eh rapport avec quelques femmes galantes et àiëc tjuelques actrices des petlt^î théâtres dont il était Tuh ûek fournisseurs. — Ces liaisorfé démôràlisèi eilt compilai etnëilt la jeune fille. — Sort jugement se faussa, — lîlle perdit toute notion du bien et du toàl, et elle eii arriva ràîJîdfenaent à voir un ihoyen de fbrturfe danè les trafics aè ràiinour ténal.
On comprend que de semblable^ idées, àtisâitôt qn'eltéîî biit gerihé Vlaiié le ' cerveau ti'ùiie filiù d*Êvc, doîveùl y florter des fruits rapides -^ Suzanne se pi 0*11 dé %é iSepâï^d'e son amàht à \i peMm oe^
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casion qui se présenterait. — Cette occasion ne se fit pas attendre. — Un de ces vieux viveurs dont fourmille Paris , et qui papillonnent chaque soir aux avant-scènes des petits tbéfttres, vit Suzanne chez Tune de ses amies. — Il la trouva belle et il le lui dit.
Le vieux viveur était riche. — Suzanne agréa ses propositions pécuniaires et amoureuses» — Le marché fut conclu sur-le-champ. — Suzanne écrivit à Victor Herler un billet de trois lignes, dans lequel elle le prévenait qu'elle ne rentrerait pas le soir. — C'était, comme on le voit, très-court et très-complet.
Ainsi se dénoua, ou plutôt se rompit la première liaison de la jeune fille.
A partir de ce moment, Suzanne devint une femme entretenue dans toute Tacception du mot, et compta parmi lès pécheresses parisiennes. — Elle avait rêvé jadis d'atteindre un jour les plus hauts sommets de l'échelle sociale. — Son ambition, maintenant, fut moindre. — Elle rêva seulement d'occuper le premier rang parmi ses pareilles, et de les écraser toutes par l'insolence de son faste royal. — Nous savons déjà qu'elle attendit longtemps la réalisation de ce rêve.— Nous avons vu René de Savenay changer en réalités les décevantes illusions dé la pécheresse.
Aux débuts de sa carrière galante, Suzanne jugea convenable de prendre un nom de guerre. — Camélid fut celui qu'elle choisit. — Nous savons déjà que ce nom allait à merveille à sa beauté. — Certes, au milieu de tous les plaisirs dont l'environnèrent ses amants , successifs. Camélia parvint souvent à s'étourdir. — Peut-être même arriva-t-il parfois qu'elle pat se