UN FILS DE FAHILLB
venait me distraire !.. Mais où chercher... où trouver ce qu'il me faut?..
René en était là de son monologue, quand la porte s'ouvrit doucement. — Quelqu'un entra. — Le jeune homme se retourna. — Le nouveau venu était un domestique que René avait à son service depuis deux mois environ, et qui se nommait Larose. -^ Ce domestique offrait dans toute sa personne un type assez original. — Il était si allongé et si fluet qu'on se sentait toujours disposé à croire qu'il venait d'être pris entre deux portes, comme l'un des personnages des Pilules du Diable. — Sa démarche était lente et ses gestes gauches, quoiqu'il fût en réalité fort adroit et ne cassât jamais rien dans la maison. — Sa petite tête, plantée sar un long cou, affectait la forme pointue d'un pain de sucre. — Au premier abord, sa figure paraissait naïve et sa physionomie semblait niaise. — Mais, en examinant plus attentivement ce visage en lame- do couteau, on aurait découvert sans peine que, sous leurs paupières clignotantes, les yeux étaient vifs et observateurs, et que cette large bouche, armée de longues dents et pourvue de lèvres minces, était mobile et intelligente.
René n'avait pas à se plaindre du service de ce valet, remarquable par sa ponctualité et son obéissance passive. — U ne le considérait d'ailleurs ni plus ni moins que comme une sorte d'automate habilement machiné, et* jamais l'idée ne lui était venue de lui adresser la parole pour autre chose que pour lui dire :
-— Faites ceci... faites cela...
480 us nnm» m paus.
Larose entra dans la cbambre à coucher d'an air plus humble encore et plus soumis que de coutume.
Il referma la porte et salua. — U fit trois pas en avant et salua de nouveau. — Enfin, raide et immobile comme on piquet ou comme un soldat prussien, il s'arrêta devant R&ié.
Uorose.
René attendit ce qae son domestique pouvait avoir à lui dire. — Larose salua une troisième fois et ne desserra pas les dents.
— Je ne vous ai point sonné... — dit alors René.
— Je sais qu'en effet monsieur le baron ne n^'a pas fait cet honneur, — articula lentement Larose.
— Alors, que me voulez-vous ?
— Je voudrais avoir Thonneur de dire deux mots à monsieur le baron...
» — A quel sujet î
— A celui-ci : — je désirerais que monsieur le baron voulût bien me faire mon compte et me reuvoyer...
— Vous renvoyer?.. — s'écria René stupéfait. Larose salua pour la quatrième fois. — Puis il soupira. — Et, enfin, il répondit :
— Mon Dieu, oui.
482 LBS TnrfttIRl M PÂBIS.
— Ainsi, — demanda ironsieur de Savenay, — vous voulez me quitter, Larose?
— C'est avec désespoir, monsieur le baron, mais il le faut !..
— nie faut?..
— Absolument.
— Et pourquoi ?
— Sans doute parce que cela est écrit là^baut.. . René regarda Larose d'un air stupéfait. *
Le valet poursuivit d'un ton dogmatique :
— Et tout ce qui est écrit là-haut doit s'accomplir... du moins c'est l'avis de Jacques le Fataliste et le mien...
Monsieur de Savenay tombait des nues.
— Comment, Larose, s'écria-t-il, -*- vous avez la Diderot ?. .
— Eh ! mon Dieu, monsieur le baron, — répondit le valet avec une feinte modestie de l'effet le plus comique, — il faut bien lire un peu de tout...
-- lUais, par quel hasard?..
— C'est bien simple...
— Comment?
— J'ai été au service d'un académicien...
— Eh bien ?
— Eh bien I quand il était sorti, je m'installais dans un bon fauteuil et je prenais les livres de sa bibliothèque. . .
-^ Au lieu de faire son appart^nent et de cirer ses bottes, n'est-ce pas ?.. ' '
— Que voulez-vous, monsienr le baron, j'adore la lecture...
im nu DÉ fiMîLLI. 483
— En vérité I . .
— J'étais né poar être on savant, moi !..
— Voyez-voos ça!..
— Hais, héiasi j'ai manqué ma vocation...
, — C'est donc pour cela que vous tenei toujours votre plumeau en valet de comédie, mattre Larose?
Le visage du domestique s'illumina èoudaln, tandis qu'il répondait avec feu :
— Les valet j de comédie !.. ahl monsieur le baron, quelle corde vous touchez là!... — Molière! — Regnard ! quels auteurs ! FrofiHn, — Cri^in, — Masearille^ — quels hontnesl
René se mit à rire.
*- Quand Je pense aux hatits taits de ces héros, je n'en dors pas, monsieur, ou j'en rêve I. . Servir Valète^ Ikmis ou Clitanire, duper les pères et berner les tuteurs, voilà ce qu'il m'aurait fallu, tnonsieur le baron !.. c'est à ces nobles passes-temps que j'aurais pu prouver mon mérite et dire comme l'immortel Chénier : — il y avait là quelque chose!..
Et tout en prononçant ces paroles, Larose se frappa le front d'un geste dramatique.
— Savez-vous, mon cher, — - dit René, — (Jue tous êtes fort amusant !
— Monsieur le baron est bien bon, -— répondit Larose en saluant pour la cinquième fois.
— Revenez à ce dont vous me parliez tout-àl'heure. . — donc, vous me demandiez votre compte?. .
— J'avait cet honneur et ce regret...
— Je vais vous payer, mais d*abord je veux savoir la véritable raison de votre départ. ..
484 LB8 VlTBDftS DB PABIS.
— Ahl si j'osais!..
— Je TOUS permets d'oser,
— Eh bien I je sais méconnu par monsieur le baron, ,.
— Méconnu!..
— Entièrement.
— Et de quelle façon !..
— Monsieur est un homme de bonnes fortunes... René sourit.
— Monsieur séduit toutes les femmes.. .
René redressa sa moustache.
— Monsieur a chaque jour de nouvelles aventures. . . René prit son air le plus fat.
Nul n'est grand homme pour son valet de chambre, — dit un vieux proverbe.
René était un grand homme pour le sien!.. — suffrage flatteur et surtout rare 1
Larose poursuivit.
— Eh bien, monsieur le baron ne me témoigne aucune confiance. — Monsieur ne se sert jamais d ; mes talents, et, franchement, came désole...
— Alors, c*est là la cause de votre demande de tout à l'heure?..
— L'unique.
— Ainsi, vous souhaiteriez?..
— Être votre Mercure galant, — votre grisou, — votre cardinal Dubois, voilà mon ambition en trois mots, voilà ce qui ferait mon bonheur!.. — Diminuez mes gages si vous voulez, monsieur le baron, — ne me payez même pas du tout .. mais employez-moi!..
Et le rusé valet ajouta, mais à part lui :
UH PILS m FAMILU. 485
*^ Je rattraperai ça sur autre chose. . . avec de jolis Qtérêts...
— Ah ! ça, — pensa René, — mais c'est un trésor, que ce garçon-là!., et je ne m'en doutais pasi..
Pois, tout haut, il reprit :
— Aves^YOUs pratiqué déjà dans la spécialité que vous réclamez auprès de ma personne?..
— Oui, monsieur le baron... et avec quelque distinction... j'ose m'en flatter...
— Chez qui?..
— Chez un pair de France vieux, et chez deux fils de famiUe jeunes.
•=- Vous êtes discret?. .
— Comme un tanche.
— Vous avez de l'esprit ?..
— Gros comme moi... si j'étais gros!.. — j'ai même celui de paraître bête, ce qui n*est pas un mince mérite...
— Dans tous les cas, maître Larose, vous ne péchez point par excès de modestie...
— Employez-moi, monsieur le baron, et vous verrez si je me vante à tort...
, — Eh bien, soit, — je vous mettrai à l'essai...
— Et monsieur le baron pense-t-il que ce sera bientôt?..
Un éclair traversa l'esprit de René.
— Ce sera tout de suite. — répondit-il.
Larose fit un mouvement de joie.
M. de Savenay- venait de se rappeler cette délicieuse jeune fille, cette ravissante raccommodeuse de cache-
486 LU flVtljM M fAfttS.
mires qu'il avait remarquée quelque temps èâparayant chez Camélia. . I
Seulement il ne se souve&ait ni du nom ni de l'a- ! dresse de oette merveille.
— Donnez-moi le portefeuille qui est sut* la chetni-! née, -** dit-41 à Larose.* i
Le valet obéit. — René tourâa les pages de l'agefida qu'on lui présentait, et> sur Ttine d'elles, il trouva cette note écrite au crayon s i
« Madame Girard, — rue Neuvè'Sainl-PficolaSy n^ 47. » '
— Tenez, Larose, — fit-il en lisant lout haut l'a-: dresse de la mère d'Aline, il y a là une petite personnel qui me plaît... ayez-moi des renseignements très-^ complets... et surtout très-prompts.
— Ah! monsieur le baron, — s'écria Larose, — c'est vraiment par trop facile, ce dont vous me chargez là; — j'aurais voulu, pour débuter, quelque entreprise plus hardie...
— Il faut se contenter de ce que Ton a, — répondit philosophiquement René ; -^ plus tard, nous trouverons mieux...
— Avant ce soir, monsieur le baron aura ses renseignements.».
— C'est bien..
Larose fit un dernier salut et sortit à feculoûs.
— Le drôle a de l'esprit !.. — pensa René resté seul, — il doit me voler beaucoup, mais qu'importe!., il est amusant!..
Puis M. de Savenay, remis en bdle humeur par la
on riLS DB rAltlLLB. 487
conversation que notts venons de rapporter, s'habilla et sortit.
Il ât d'abord quelques tours au bois.
Puis il alla dîner, et de là au club, où il se fit un Téritable plaisir de raconter à une demi-douzaine de ses amis que la comtesse de Croï était sa maîtresse depuis l'avant- veille, et, à l'appui de ce dire, il montrait le bracelet de Berthe, doux gage d'amour laissé entre ses mains aux premiers rendez-vous.
Messieurs les viveurs irouvèreût parfaitement naturelle la confidence de leur jeune ami, et pas une voix ne s'éleva pour imposer silence à se misérable 1
L'autre jour, une jeune femme» — des plus charmantes et des plus spirituelles qui se puisse ima^ineri — nous faisait l'honneur de nous dire que le roman qui s'appelle les Yiveu$*s de Paris l'intéressait au plus haut point. ^ Elle aimait Berthe. — Elle estimait Maxime. — Blondine ne lui déplaisait point.
Nous lui fîmes alors cette question :
, — Et de René, — qu'en pensez-vous ?..
— Oh I René, — répondit-elle, — c'est un gueux, mais il est charmant!..
0 filles d'Eve!., sous vos robes onduleuses, on verra donc toujours frétiller la queue du serpent, et, tant qu'existera le monde, vous aurez donc l'étrange manie d'adorer le fruit défendu ! . .
«rose à l'oeavre.
René rentra de forl bonne humeur. — Il avait reç force compliments pour sa prétendue bonne fortune — Il avait gagné deux mille écus au wisth. — Brel il se sentait parfaitement satisfait de la soirée, et i lui semblait déjà que les brumes de son Waterloo s( dissipaient pour laisser briller dans un ciel sans nuag rétincelant soicil d*Âusterlitz.
Dans Tantichambre, et à moitié endormi sur une banquette, se trouvait quelqu'un que René ne reconnut pasd*abord. — Ce quidam n'était autre que maître Larose qui ne portait point sa livrée, et qui, û% plus, avait fait snbir à son visage quelques légères modiOcations. — Qui sait si ce valet n'était point né pour devenir un habile comédien ?. .
— Monsieur le baron me fera-t-il l'honneur dem'accorder ce soir un instant d'audience?.. — denianda-t- 11 à René.
— Oui, — répondit ce dernier. — Venez.
Larose suivit son maître dans la chambre à coucher.
ON FltS BB FAMILLI • 489
— Eh bien! — fit M. de Savenay, arez-vous à m'apprendre quelque chose de nouveau?..
I — J'espérais que monsieur le baron ne me ferait poiDf rinjure d'en douter !.. — murmura le valet. ; René sourit.
— Peste 1 — s'écria-t-il ensuite, — vous avez Tamoar-propre terriblement chatouilleux, maître Lairose!..
— J'en demande très-humblement pardon à monsieur le baron, mais j'aime à voir apprécier la manière tout je travaille...
— Enfin, qu'avez-vous fait?..
— Tout ce qu'il était possible de faire...
— Expliquez-vous.
- D'abord, et avant tout, j'ai cru devoir quitter la livrée de monsieur le baron.
— Pourquoi cela ?
— Pour deux raisons...
— Lesquelles?
— La première, c'est qu'il faut éviter de compronieltre une livrée comme celle de monsieirr le baron dans une expédition de ce genre...
— Vous avez, ma foi, raison.
— La seconde, c'est que certaines demandes de renseignements, qui paraissent toutes simples venant d'un bon bourgeois, donneraient immédiatement l'éveil si elles étaient faites par un domestique de bonne maison...
— C'est juste cela !.. c'est très-juste !..
— Monsieur le baron m'honore... — répondit moiesteioeat Larose ea s'inclinaut.
490 LI8 ViymS BB FARM.
-*• Voui gagnei à être eoniia, •— pooreaHrît Réné^ -^ vous êtes un garçon de ressources et, malgré votn air bête, vous avez de Tesprit...
Larose ne répondit point, mais il salua une demi* douzaine de fois jusqu^à terre. I
Puis il reprît :
— Je me suis rendu au numéro 47 de la rue Neuve^ Saint-Nicolas, ainsi que me l'avait ordonné moosieud le baron, et j*ai demandé madame Girard...
— C'est là que demeurent la mère et le fille ?. .
— Oui, monsieur le baron. — G'çst-à«-dlre la^ grand'mère et la petite-fille?., mais ça revient ail même. . .
— Après ?
— Je suis monté chez ces dames.
— Vous êtes monté chez elles, dites-vous ?. .
— Oui, monsieur le baron...
— Sous quel prétexte ?
— Sous le prétexte le plus simple. — La jeune personne raccommode des cachemires, — j'ai parlé de cachemires à raccommoder.
— Ainsi, vous avez vu mademoiselle Girard?,.
— Comme j*ai l'honneur de voir monsieur le.barou. •^ Vous connaissez-vous en beauté, maître Larose?
— Dame ! . . monsie<iir le baron. . . j'ai Famour-propre de m'en targuer...
— Et, que pensez- vous de cette jeune fille?.. Larose ne répoadit pas de suite. — Il donna à sa
physionomie l'expression la plus originale et la plus comique. — Il cligna ses petits yeux. — 11 |Nissa sa
qh vils m rauLiiB, 491
langoe sur le bord 49 ses lèvres, et, enfin, approchant deux de ses doigts de sa bouche, et faisant le geste d'envoyer un baiser, il articula gravemenls ces deux mots :
— L'amour même !..
— Quel âge donnez-vous à cette petite 1
— Seize ou dix? sept ans tout au plus,
— Savez-vous son nom ?
— Elle s'appelle Aline.
— Quel «effet a produit sur vous l'intérieur de ce ménage ?
— C'est propre, mais bien mesquiui.
~ Ainsi, ces femmes sq9 pauvres?
■^ Plus que pauvres. -^ Elles n'ont exactement pour vivre que le produit du travail de mademoiselle Aline.
— La grand'mëre doit être très-vieille?..
— ' Oui, monsieur le baron, et très-malade... elle D*a plus que le souffle et n'ira pas loin...^
— Hais alors c'est toujours la petite qui va chercher et reporter son ouvrage ?
— Sans doute.
— Et toujours seule"?..
— Oui, — à moins cependant qu'elle ne soit accompagnée de monsieur Cabirol...
— Vous dites?.. — demanda René.
Larose répéta sa phrase.
— El, — rçprit le baron de Savenay» — qu'est-ce c'est quemonsienr Cabirol, je vous prie?. .
— C'est l'apBjQUj^Qux dç ma4çiQQi$«UQ AiM^^
4f3 LB8 VIVEURS BB PAR».
— Ah ! ah !.. elle a donc un amant, cette demoiselle?..
— Ce n'est pas un amant, monsieur le baron...
— Qu'est-ce donc?
— C'est un futur.
— Ainsi mademoiselle Aline va se marier?..
— Oui, monsieur le baron.
— Bientôt ?
— Dans quinze jours,
— Diahle 1.. — murmura René, — ^11 était temps!.. Ensuite il reprit tout haut :
— Et ce M. Cabri..', Cabi... Cabi... Cali...
— Cabirol .. — souffla Larose.
— - Enfin, peu importe son nom... — que fait-il?
— Il est ouvrier imprimeur.
René haussa les épaules avec une expression de dégoût.
— Mais alors, — reprit-il, — certainement elle ne l'aime pas...
— Hélas!.. — monsieur le baron, — il paraît que c'est tout le contraire et qu'eUe en est folle...
— Un ouvrier imprimeur !..
— Mon Dieu, oui.
— Cette petite a donc horriblement mauvais go&t ! . .
— Je me permettrai de faire observer qu'elle ignore entièrement que monsieur Is baron lui fasse l'honneur de s'occuper d'elle...
— C'est exact.
— Aussitôt qu'elle le saura les choses devront bien changer...
— Gomment ayez-TOUs eu ces détails I
W FILS OB FAMILLB. 493
•— En faisant bavarder le oonoierge... Il est tailleur... je loi ai promis ma pratique. .
-T II ne se doute point du but dans lequel tous Tin- , terrogiez ?
— Ah! grand Dieu !.. le pauvre homme !.• — c'est un Alsacien dont la tète est aussi dure que celle d^un Allemand I . . Je supplie monsieur le baron de croire que j'en ai roué dans ma vie de plus malins que ce pauvre diable!..
— Maintenant je sais ce qu'il m'importait de savoir, — fit René, — et je voudrais que cette hfMve marchât rondement. *
— Ah I — répliqua Larose, si cela ne dépend que de moi, monsieur Le baron sera satisfiait dans les vingtquatre heures...
— Croyez-vous donc que ce soit possible ?
— Oui, monsieur le baron, possible et facile...
— Avez-vous un plan î
— A peu près... mais je ne sais s'il conviendra à monsinur le baron...
— Dîtes toujours...
— Il est d'une entière simplicité et ne m'a coûté aucun frais d'imagination ...
— Ce sont les meilleurs qui sont les plus simples. . .
— Bref, tel qu'il est, le voici : -^ Si j'étais à la place de monsieur le baron, je donnerais Tordis à Larose de retourner demain matin rue Neuve-Saint-Nlcolas; — Larose obéirait ponctuellement; — il annoncerait à mademoiselle Aline que madame la baronne de Savenay... -r madame la baronne, note^ bien, — Teut lui faire repriser une demi-douzaine de châles et
4f4 us ▼ITB0R8 OB PARU.
l'attendra a son hdtel, à une heure oonvenue, pour lai confier ces travaux importants.. — A l'heure dite, mademoiselle Aline accourrait; — le concierge, prévenu par Larose, la laisserait monter sans la détromper, et le reste regarderait monsieur le baron, qui n'aurait certes aucune peine à trouver des arguments propres à convaincre la jeune personne qu'un baron Jeune et charmant vaut mieux pour une jolie fille que toutes les baronnes du monde.
René sourit.
— Voilk qui va bien, — fit-il, — mais... Il s'arrêta. *
Mais quoi! — demanda Larose ; — monsieur le
baron entreverrait-il dans tout ceci quelque difficulté? .
— Non, sans doute, mais il y a ce Cali«.. ce Cadi. ..
ceGali...
— Gabirol... souffla de nouveau Larose.
— Oui, — dit René.
— Ah ! — reprit le valet, — monsieur le baron ne fera point à un pareil drôle l'honneur de le regarder comme un rival à craindre !..
Non, certes !.. mais si ce drôle, comme vous dites, accompagnait mademoiselle Aline, ainsi qu'il le fait
quelquefois t..
— Eh bien I il attendrait à la porte, et la chose n'en
serait que plus drôle !..
— Vous avez réponse à tout 1 . . — dit René en riant.
— Monsieur le baron veut-il me donner de nouveaux ordres?..
Hon, — pas ce soir, — la nuit porte conseil ; —
venez me parler demain mvtin...
WtlMliffli
Après la oonYersation que noas venons de rapport ter, René se mit au lit et dormit du sommeil du juste. ^ La conscience de cet aimable viveur ne lui faisait pas le moindre reproche. — De ceci» ne pourrait-on pas conclure que René n*avut pas de conscience?
Nous n'osons trancher cette question; que nos lecteurs veuillent bien se charger de le faire pour nous. — En se réveillant, monsieur de Savenay sonna.
Larose parut.
— Je suis décidé, — fit René.
— l'attend les ordres de monsieur le baron, — répondit Larose.
— Je m'arrête au plan que vous m'avez soumis hier... — Allez rue Neuve-Saint-Nicolas; faites en sorte que mademoiselle Aline se trouve ici à trois heures, et prévenez le concierge qu'une jeune flllo Tiendra demander la baronw ^ Sav^my*