‹ Les viveurs de Paris (volume 2)Chapitre 15 sur 53 · LES V1VBDR8 OB PARIS · texte numérisé non relu

LES V1VBDR8 OB PARIS

— Monsieur le baron sera satisfait, — répliqua le valet.

Et il sortit incontinent pour aller accomplir les ordres de son maître.

Tandis que ce domestique modèle s'apprête à prou- Ter son zèle, voyons un peu ce qui s'était passé la veille, après son départ, dauB la rue Neuve-Saint-Nicolas. — Nous savons déjà que Cabirol, depuis que son mariage avec Aline se trouvait irrévocablement décidé, était devenu en quelque sorte le commensal de la maison.

A titre de futur locataire et de client, Cabirol avait noué d'excellentes relations avec le portier, qui, étant d'ailleurs tailleur de son état, tirait alternativement le cordon et l'aiguille. — Cabîrol lui avait fait poser un collet neuf à 4111 vieil babit et renouveler plusieurs fonds de pantalon. — Aussi le père Mitoufiet professait-ii la plus haute estime à l'endroit de l'ouvrier imprimeur. — Gabirol entra dans la maison cinq minutes après le moment où Larose sortait de la loge du portier.

— Bonjour, père Mitoufiet, bonjour... — eria le fiancé d'Aline en passant devant la loge.

Et, sans s'arrêter davantage, il s'apprêtait à franchir les premières marches 4e l'escalier. — Mitoufiet passa précipitamment sa tête par le carjreau de sou vasistas.

— Hé î m'sieu Cabirol, — fit-il ; hé ! ..

— Hé bien ! quoi ?

-**- Comme vous passée raide !..

^ On m'aUeud ià-haut. • ,

tJH nia M ^AMILLI. ^497

— Entrez tout de même un instant... histoire d*en

dire deux...

— Plus tard... en redescendant...

— Croyez-moi, m*sieu Cabirol... entrez tout de imite .. il faut que je vous glisse dans le tuyau quelque chose qui vous intéresse...

— Qui m'iu téresse, moi ^ . .

— Oui, vous, et mam*zelle Aline aussi, peut-être bien...

En entendant prononcer le nom d*ÀUne, Gabîrol n'hésita plus. — Il entra. — Mitouflet referma la porte et le vasistas. — Il prit un air mystérieux. -^ Il regarda t«ut autour de lui, à droite, à gauche «t jusque sous son établi de tailleur, comme pour s'assurer que personne ne pouvait l'écouter, — Puis il se rapprocha de Gabirol qui le regardait faire avec étonnement, et, se haussant sur la pointe des pieds, et faisant de ses deux mains une sorte de cornet acoustique, il murmura dans l'oreille du jeune homme :

— Dites donc, m'sieu Gabirol, est-ce que vous vous occupez de politique sans eu avoir l'air? «

— Moi !.. fit l'imprimeur stupéfait.

— Est-ce que vous sererie^ saucialiste^ m'sieu Gabirol?..

— Moi !.. — répétale jeune homme avec un redoublement de surprise.

— Est-ce que vous inspirereriez des inquiétudes à notre gouvernement?., est-ce que vous voudereriez révolutionner encore Paris ?..

— Âh ! ça, mais, père Mitouflet, devenez-vous fou?

— Par exemple!..

498 LU TITSUM OB PARtS.

— FoQ on imbédUe I.. je voas laisse le choix...

— Eh ! bien, Yoas êtes encore gentil, voas, m*8ien Cabiroll.»

— Dame ! à qnel propos me faites-vous on tas de questions qui n*ont ni queue ni tète, ni rime ni raison ?..

— Ah!., pourquoi T«.

— Oui, pourquoi T

— Parce qu'il est venu aujourd'hui quelqu'un à votre intention, et qui ne fait que sortir d'ici, par parentèse...

— Quelqu'un T à mon intention ?. .

— Oui, un particulier dont je n'ai pas grande idée. . . un drAie de pistolet, qui me fait joliment l'efièt de servir sa patrie dans le régiment des mouchards. ..

— Vous croyez?..

— Je le parierais.

— Mais, je n'ai rien à démêler avec la police, moi 1 . .

— En êtes-voas bien sûr t

— Oui, parfaitement sûr.

— Vous savez, on est jeune, — on va an café, — on boit son petit coup, — la tète se monte, — on parle du gouvernement, — on dit son mot à tort et à travers, et il n'en faut pas davantage...

— Je n'ai ni bu ni causé, père Mitouflet, — et mes opinions politiques, c'est que mam'zelle Aline Girard, prochainement madame Cabirol, a les plus beaux yeux du monde.

— Ah 1 le fait est que là-dedans la police n'a rien à vohr. . . ou bien il faudrait qu'elle se mêlât drôlement de ce qui ne la regarde pas !..

ON Flu DB nwaxË. 499

— Enfin, père Mitonflet, qu'est-ce qu'il voulait, ce prétendu mouchard!

— Ce qu'il voulait? — je ne sais pas au juste. — D*abord, il a cherché à m'enjoler en me disant qu'il me ferait faire deux redingotes, un habit, trois pantalons et quatre gilets, le tout en drap de Sedan et pre miëre qualité; — ensuite il s'est mis à me questionner, et sur vous, et sur mademoiselle Aline, si bien que j'ai cru que cela n'en finirait pas ..

— El, vous lui répondiez î. .

— Certainement, je lui répondais; mais, — moi, pas bète et qui me doutais de la chose, — je ne manquais d'ajouter à chaque réponse : — « Ahl par exemple, m'sieu Cabirol est un jeune homnàe bien doux, toujours de l'avis du gouvernement et qui ne s'occupe jamais de politique... oh! mais, jamais!., jamais!.. »

— Vous me dites qu'il vous parlait aussi de mademoiselle Aline ?• .

— Autant que de vous, pour le moins... mais c'était pour cacher son jeu... Certainement ça ne l'intéressait pas... — On sait bien que les femmes ne font point de complot contre le gouvernement...

— Quelle mine avait-il, cet individu ?

— Mauvaise.

— Jeune, ou vieux?

— Une trentaine d'années, — Tair béteet rusé... — bien vêtu du reste ; — oh 1 très-bien vêtu, — drap fin et bonne coupe, comme un bourgeois huppé. ..

— Merci, père Mitouflet.

— U n'y a pas de quoi.

200 LU VlVfiOllS M riMf .

— Si cet individu revieni» voas me préviendrez encore, n'est-ce pas?

— Oh I soyez traaqailte.

-^ Gabtirol Quitta là lidge dd t>oHier et gravit lentement les ttiarclies dé resc&lier.

n était înqfuîél, Soùdéui, {)r'éoccu{)è.

Le jeune boiume avait imprimé trop de romdas poar n*en avoir pas lu quelques-uns. — Il comprenait à merveille que lès informations prises auprès de Mitouflet n'avaient nullement trait à la politique. — Il devinait sans peine qu'il était question d'Aline, et il frémissait de colère à la seule pensée qu'un péril quelconque pouvait menaceï* l'honiieur de celle qu'il aimait. — Seulement, quel était ce personnage mystérieux c^t par qui était-il envoyé? — Voilà ce que Cabirol ne pouvait deviner. — Il se promit de faire bonne garde, et, jusqu'au jour du mariage^ de veiller sur sa fiancée plus encore qu'il ne l'avait fait jusque-là.

Cependant il était arrivé au quatrième étage.

Il sonna. — Aline vint ouvrir. ^ Galnrol questionna la jeune ôlie. — Elle lui répondit qn'un quidam, dont le signalement s'aecordait le mieux du monde avec celui de Mitouflet, s'étatt présenté une heure auparavant sous un prétexte de châles à raccommoder, et qu'après avoir demandé quelques renseignements relialifs au prix <de ce travail^ il était parti en disant qu'il revifendraii ti'ès-^ochainement — Ces détails ne firent que confirmer ^^abiroldans la persuasion où il se trouvait qu*il he s'agissait de Tkn autre chose que d'un projet de séduction.

WX FfIS AB FAMTLLB. 201

— Aline, — dit-il à la jeune fille en lui prenant la main, — vous m'aimez, n'est-ce pas?..

— Je le dois .. puisque dans quelques jours je serai votre femme .. — répondit-elle avec un sourire.

— Vous avez confiance en moi?

— Beaucoup plus qu'en moi-même.

— Eb bien! promette^HSioi de ne faire aucune démarcbe, — quelle qu'elle soit et si peu importante qu'elle tous paraisse, — sans m'avoir consulté, pendant les deux semaines qui doivent s'écouler jusqu'à notre mariage. . .

— Je vous le promets...

— Promettez-moi de ne pas mettre les pieds bors de cette maison sans être accompagnée par moi, ou, toutau moins, sansque jesacbequte vous sortez et où vous allez?

— . Obi mon Dieu, mon ami, dit Aline eti riant, — est-ce qAe vous deviendriez jalou)c!«.

-^ No^, ^-- répondit Gabirol, — car la jalousie suppose la défiance, et j6 crois en vous comme en Dieu... mais un malbeur nous menace tous les deux, et, ce malbeur, ce n'est qu'en faisant ce que je vous demande que vous pouvez le conjurer...

— Eb bien! mon ami, fit Aline, — j[e vous promets de ne pag mettre les pieds bors de cette maison, sans être accompagnée par vous, ou, tout au moim, sans que voHs sachiez que je sors et où je vais... — c'est bien là ce que vous désirez, n'est-ce pas?.».

— Ab ! — s'écria Cabirol en couvrant de baisers les deux mains d'Aline, — vous êtes un ange!., un beau petit ange qui rendrait son mari fou de bonbeur.. . s'il ne l'était déjà d'aOMwr.

Le lendemain matin, Gabirol arriva de bonne heure à la rue Neuve-Saint-Nicolas.

Le père Mitouflet, installé sor son établi, les jambes croisées sons lui, dans l'attitude indolente d'une pacha à plusieurs queues, fumait nonchalamment sa pipe.

Gabirol entra dans la loge.

— Bonjour, père Mitouflet, dit-il.

— H*sieu Gabirol, c'est moi qui suis le vôtre.

— Rien de nouveau, depuis hier?..

— Pas seulement ce qui ferait mal à l'oeil d'une mouche.

— Personne n'est venu demander mademoiselle Aline?..

— Pas un chat.

— G'est bien, père Mitouflet, — je vous remercie...

Et Gabirol s'apprêtait à sortir de la loge.

tm rns M rAMiLLi. f 03

En ce moment, un grand gaillard, efflanqué et à mine de cuistre , yint appliquer sa face blfime an car* rean du vasistas.

— C'est lui... — dit vivement et tont bas Hitouflet à Gabirol.

— Bon, — répliqua celui-ci du même ton. --*chut I..

L'individu à mine de cuistre, — qui n'était autre que Larose, — fit le geste de saluer et demanda :

— Mademoiselle Aline Girard, s'il vous platt?..

— Au quatrième, — la porte à droite, — répondit Hitouflet.

— Je sais... je sais... je vendrais seulement savoir si cette demoiselle est chez elle ..

— : Elle doit y être... à moins qu'elle ne soit sortie sans que je la vissé...

— Je monte pour m'en assurer.

— Bien, — montez.

Larose fit deux ou trois pas pour s'éloigner. —

Hais il revint aussitôt reprendre son poste au carreau du vasistas.

— A propos, — fit-il en s'eflbrçant de donner à sa physionomie l'air du monde le plus indifférent et le plus dégagé, — à propos, monsieur Cabirol n'est point chez mademoiselle Aline, par hasard?..

— Tiens ! — fit Mitouflet, — pourquoi donc que vous me demandez celaT

— Mon Dieu... pour rien... pour le savoir, tout bonnement...

— Eh bien ! soyez tranquille, monsieur Cabirol n'y est pas. .. il n'arrive même jamais avant midi, une

904 LHS ytTBOM DB PÀMS.

heure, et c'est tout au plus s'il est onze heures...

— Merci, mon brave»..

Et Larose, parfaitement rassuré, aflrcmta bravement cette fois la montée ardue de Tel^cdlier.

— Voyez-vous ça!.. — dit Hitouflet; — il a l'aplomb de revenir, le moacbard !..

— Ah ! s'écria Cabirol , — j'ai bien examÎDé la figure de cet homme**là» ^ ce n'est (>as uii esl)ion, c'est un laquais.

— Vous croyeîi ?

•— J'en suis sûr.

— Mais, alors, qu'est-ce qu'il voudrait?..

— Je ft'en Sais absohlrtiènt Hfen, — répondit Cabirol qui ne voulait pas confier Se$ SoupçottS à Mitouflet.

-— Qu'allez-vous feîreî..

— S'il n'est pas descendu dans tln^l tfiiftutes, je monterai. Je le suivrai, — Tous comprenez qu'il m'importe beaucoup de savoir quel est ôet homtlae , d'où il vient etcie qu'il veut...

— Pardine !.. je le crois bien !..

— Dans ce dernier cas, père Mitouflet, je vous prierai de me rendre un service...

— Quatorze si vous voulez.

— Un suffira.

— Lequel?

— C'est, aussitôt que j'aurai quitté la maison, de monter chez mademoiselle Aline, de hii dire qù^ jo suis venu, que je vais revenir et que je la prie de m'atlettdre et de ne sortir de dàez elle sous aueuu prétexte avant moA tuteur. . ,

8K FIL0 DB FAMULB* 205

— Soyez tranquille, ça sera fait.

— Voici quatre miuiltes d*écoulées , •— je monte... Comme Cabirol prononçait ces paroles, Larose qui

venait de descendre les dernières marches de Tcscalier passa devant la loge en saluant Mitouflet.

— Eh bien ! — lui cria ce dernier, — avez-vous trouTé quelqu'un là-haut?..

— Oui .. oui... — fit Larose, à qui il tardait d'être hors de la maison et qui, après avoir salué de nouveau, disparut dans les profondeurs de l'allée. "^

Cabirol ouvrit doucement la porte et s'élança à la suite du valet de René, après avoir répété à Mitoufiet :

— Surtout, n'oubliez pas ma recommandation... On sait déjà que M. de Savcnay ne demeurait pas

bien loin de la rue Neuve-Saint-Nicolas.

Cabirol n*eut donc que fort peu de temps à suivre Larose. — Il le vit entrer dans un grand hôtel. — Il attendit une demi-heure. — Larose ne ressortit pas.

— C'est là, — se dit Cabirol, — c'est là que son maître demeure...

Il regarda le numéro de l'hôtel et il s'éloigna. — Mitouflet avait fait sa commission avec un zèle et une exactitude remarquables — Aline attendait Cabirol.

— Il est venu quelqu'un, tout à Theure, n'est-ce pas? — lui demanda-t-il.

-^ Oui.

-Qui?

— Le monsieur d'hier.

— Que voulait-il î

— Me prier de me charger d'un travail important. — Six châles à raccommoder. . . à un louis par châle ! . •

908 LU TIYfiCWa PB f AKIS*

— Tiens I tien^! tiens! — c'est qu'alops oe sera le fils de celui dont on m'avait parlé.

— Je ne dis pas le contraire.

— Est-il chez lui dans ce momeul?

— Non.

— Bien sûr?

— Il vient de çqrtir à cheval.

— A quelle heure le trouv^-l-on?

— Monsieur le baron n'a pas d'tieure fi&Q, et, d*ailleurs, il ne reçoit p^s tout le iponde.

— Ah ! ah I — ceci veut dire qu'il ne me recevrait point.

— C'est assez probable. . à moins qu'il ne vous connaisse... — si vous avez quelque chose à lui demander, je crois que le mieux serait de lui écrire.

— Merci du conseil... je verrai, je réfléchirai.

— A votre aise.

Et Cabiroi, 7- certain de ce qu'il voulait savoir — quitta la maison de René, et reprit le chemin de la rue Neuve-SaintlNicolas .

IK

Une ezpilcalloii.

Âa moment où Armand Cabirol rentra dans la chambre d'Aline, il était tellement pile qne la jeune fille en fut effrayée.

— Mon Dieu! — s'écria-t-elle, — qu'aver-Yousî -— Moi... —répondit Cabirol d'une voix entrecoupée et par l'émotion et par la rapidité de sa course, — moi... je n'ai rien... absolument rien.

— C'est impossible !

— Impossible I pourquoi donc?

— Regardez votre pflleur et vos ^rsllts bouleversés.

— Qu'est-ce que cela prouve! — fit le jeune bomme avec impatience.

^ Cela prouve que vous me cachet quelque chose.

— Et que voulez-vous qù^ je vous cache? — dit Cabirol avec impatience.

— Jftnand... mon ami... «—-murmura tristement Aline, — vous sembtez irrité... eét-cë dénë contré moi, et que vous ai-je fait?

ni. 44

210 LK8 TIVEDH8 DB FÀRI8.

Gabirol ne rendit pas.

— Je vous en supplie, — reprit Aline, — je vous en supplie, Armand, dites-moi ce que vous avez.

— Gabirol sembla d'abord hésiter. — Puis, il prit ^brusquement son parti et il s'écria :

— Ce que j'ai?., ne vous en doutez-vous pas?

— Moil.. — fit Aline stupéfaite.

— Oui, — vousl

— Je ne vous comprends pas, mon ami.

— Savez-vous d'où je Viens I

— Non.

— Je viens de la rue Saint-Lazare... — vous entendez, Aline?

— Parfaitement.

— Et vous ne comprenez toujours pas!

— Moins que jamais.

— Je viens du numéro 17, — reprit Gabirol en appuyant sur ces derniers mots.

Aline regarda l'adresse écrite à la main qu'elle avait auprès d'elle, puis elle dit :

— Mais c'est précisément à ce numéro que je dois aller à trois heures.

— Ahl — fit Gabirol avec éclat, — enfin, vous devinez 1 . . C'est heureux !..

— Je vous jure, mon ami, que je ne devine rien. Gabirol frappa du pied.

— J'ai demandé la baronne de Savenay I — fit-il.

— Que lui vouliez-vous?

— Je lui voulais... je lui voulais... enfin, j'ai demandé la baronne. — la baronne, entendez-vous?

— Ëhbienî

! eacbc

UN FiCS DB PAmLLE. 2H

Eh bien! elle n'existe pas I..

— Comment cela? — demanda Aline naïvement. — Est-ce que j'aurais mal écrit l'adresse?..

— Eh non! ce n'est pas cela! -* C'est bien rue ^int-Lazare, — c'est bien numéro 17 ; — seulement cette baronne est un baron, et ce baron est un jeune homme...

*— Mais, alors, comment se foit-il qu'il ait des cachemires à raccommoder, ce jeune homme ?..

Ehl il s'agit bien des cachemires ! — s'écria Gabirol en frappant de nouveau du pied.

— De quoi s'agit-il donc ?

— De la plus Iftche de toutes les infamies!., d'un guet-apens où on voulait vous attirer!..

— Ah ! — fit Aline. '

Et, à son tour, elle devint trës-pftle. — • Maintenant, — reprit Cabirol^ — il me faut une explication!.. De moi?..

— Oui, de vous.

— Eh! que puis-jevous dire?.. .

— Ce jeune homme, ce baron de Savenay... il vous connaît, Aline...

— Lui!..

— Oui y il vous connaît, puisqu'il vous aime!., puisqu'il veut vous déshonorer!.. Il vous connaît, c*est certain!..

— Mon Dieu!.. — balbutia la jeune fille, — Dieu m'est témoin que je l'ignorais! ...

— Puisqu'il vous connaît , vous le connaissez aussi!..

— Comment le connaît rais-je?..

Gabirol n'entendit pas, on pinttfl h n'écouta pas cette réponse.

— Où Tavei-Tous vu? demanda-t-il^ — où vous ètes-Tons rencontrés?..

-^ Je nesaiâpas...

— Comment, vous ne sairee pas?. .

— Non.

Vons n'avez Inxtnh tu ce jedtie homme?..

— Peut-être l'ai-je vu; — maïs, certes, je ne FiË jamais remarqué et n'ai point su qui il était...

— Jureriez-vous cela, Aline?..

— Ob ! de tout mon cœur I

— JurcE-le donc !

— Eh bieni je le jure...

— Sur la vie de votre mère ?..

— Oui, sur la vie de ma mère...

Cabirol sembla décbargé d'un grand poids et respira plus librement.

— Mon Dieu !.. — demanda la jeune fille, — * m*avez-vous donc soupçonnée, Armand?..

— Soupçonnée... — balbutia Cabirol avec un peu d'embarras, — non, Aline, non... je ne vous soupçonnais certainement pas . . . mais . . .

— Mais, quoi?

— - Seulement, je doutais...

-^'Vous doutiez! . vous doutiez de moi, Armand?

— Non.. . mais je ne Savais plus où j'avais la t^e. .. tout cela m^avait rendu fou... et je souffrais tant, ^e je devenais injuste... Maintenant, c'est fini...

— Voyez-vous, Afmaad, c'est bie» mai- celai AI

OR niê Di rà]iii.Li. SI 3

Uen mal. . . et j€ vous en y eux ... je ▼ous en yeux beaucoup...

— Aline, —^murmura Cabirol d*iio ton suppliant. Et il essaya de prendre la main de la jenne fiUe

poar la porter à ses lèvres.

Mais elle retira vivement cette main.

— Non, — dit- elle.

-^ Je vous en prie...

— Kon.

— Je vous en supplie. ..

— Non... vous m*avez blessée... blessée profondément... blessée au cœur... et c'est à mon tour de souffrir...

— Eb bien ! j'ai en tort. . . cent fois tort. . . je le confesse... je me repens... mais pardonnez-moi...

— Me promettez-vous de ne plus me faire de chagrin?..

— Je vous le jure!..

— De ne plus douter de moi? .

Page 1