‹ Les viveurs de Paris (volume 2)Chapitre 19 sur 53 · V. — Ëtes-vous un voleur, et vous proposez-vous de · texte numérisé non relu

V. — Ëtes-vous un voleur, et vous proposez-vous de

jb^aliser )a maison?..

Cabirol baussa les épaules.

,.; — Je ne suis pas un voleur, — dit-il ensuite, — je ^Ei prendrai pas une épingle, et la preuve c'est qpe, depuis que vous êtes là- dedans, j'aurais pu, au lieu 4^ répondre à vos sottes questions, dévaliser une douzaine de tiroirs....

,j — C'est ma foi vrai... — murmura Larose.

Puis il ajouta :

\, — Mais, songez donc que mon maître va sonner tout à l'heure...

— J'y compte bien...

-— . Qui lui ouvrira la porte ?. .

— Moi.

— Vous !.. Eh I bon Dieu ! que lui direz-vous ? .

— Ce que j'ai à lui dire, probablement.. .

— Il me demandera.. .

— Oh ! soyez tranquille, il ne pensera même pas à vous.

Djf FILS DS FÀMILLI. 233

— Mais, moi, je crierai, j'appellerai...

— Ah ! ah ! . . — fit Cabirol, — vous crierez, . . vous appellerez?

— Oui, certes !..

— - C'est votre projet ?

— PardieuL.

— Eh bien ! mon cher, je vous préviens que si vous dounez suite à votre projet, au premier cri, au.premier appel, j'entr'ouvre la porte de votre armoire, et, quoique très-bon enfant de mon natorel, je vous enfonce dans le ventre trois ou quatre pouces d'un joli petit Eustache que j'ai là dans ma poche...

— Âh I — balbutia Larosc, d'une voix étranglée par la frayeur, — vous êtes donc le diable?..

— Peut-être bien... *- fit Cabirol. — Maintenant, mon bonhomme, plus un seul mot, ou bien je mets flamberge au vent..|

Larose se tut.' — Seulement ou l'entendit soupirer fortement et à deux ou trois reprises.

En ce moment, on sonna à la porte de l'antichambre.

Ce coup de sonnette était net, ferme, impérieux, et décelait la main du maître. — Cabirol s'approcha vivement de l'armoire.

— Pensez à Eustache. .. — fit-il.

Larose ne répondit que par un nouveau soupir. — L'ouvrier imprimeur bondit ensuite jusqu'à la porte, qu'il ouvrit — Le nouveau venu était René. — Cabirol le devina tout aussitôt.

— Eh bien! — demanda René, sans regarder son interlocuteur et croyant parler à Larose, — eh bien I est-elle là ?

S3i L«» tnrtetjRS Ds nnâ.

Hais, soodain, ses yeni s'arrêtèrent stirOabirOl et Tirent une (Sgore moonniie, à la place dti plat visage de Larose.

— Ah! ahl — fit-il alors, — quiêtes-voiis, l'ami, et qac faites*YOus ici ?

— Ce que je fais ici, monsieur? — répondit Cabirol, — vous le voyez, je vous ouvre la porte... — qui je rais ? — j'aurai le plaisir de vous le dire, si vous voulez bien m'aocorder un entretien de cinq minutes.

On voit que Cabirel (aisait sur lai-même d'ineroyables efforts pour rester convenable et même poli.

— Vous avez à me parler? ^^ demanda René.

— Oui, monsieur.

— De quelle paft?

— De la mienne.

— Alors, encore une fbts, qui êtts*votts?

— Encore une fois, monsieur, je vous le dirai tout à l'heure.

— Tout de suite, ou pas du tout. *^ Je ne puis re* cevoir ni éeouter les gens qui révisent de dire leur nom.

— Le mien, probablement, ne signifiel^a rien pour vous.

— Peu importe, dites toujours.

— £h bien I je suis Cabirol.

René se souvint aussitôt de ce nom , et il se dit que le jt^nne homme qu'il avait devant lui était ou devait être l'amoureux d'Aline Girard.

Mais il pensa qu'il valait mieux paraître l'ignorer.

— Cabirol, — répéla-t-ii d'un air de dédain méprisant, — Cabirol, qu'est-ce que c'est que çà.

Le feo mmita m visage da jeune homme. -^IW p&le qu*il était, il de?iirt éeariate. Maïs il domitia de oott* veaa cette colère et il répondit :

— Gabircl, monsieur, c'est moi»

~ Ofa ! je le vois bkn^ — fit Réaé avec un accent d*uiie suprême impertinence et en fixant son interlocuteur de la tète aux pieds avee son lorgnon, — tous êtes Cabirol, parbleu, c'est tout simple Limais ça ne constitue pas une position sociale, de s'appeler Cabirol .. et c'est précisément votre position sociale que je suis désireux de connaître.

— £h bien I monsieur, je suis imprimeur,

— Et vous venez m'ofi'rir vos services... — merci, mon cher, mais ils me sont inutiles... — je ne suis point un gratte-papier, un romancier ou un poète, — je ne me fais pas imprimer... désolé de vous avoir dérangé pour rien, bonjour, mon cher, bonjour.

Et René, du geste, indiquait la porte à son interlocuteur.

— Monsieur, — dit vivement Cabirol, — nous ne nous entendons pas le moins du monde.

• — Ah ! ah ! .

— Je ne suis point venu ici pour vous offrir quelque chose.

— Mais, alors, qu'est-ce que vous voulez?

— Je veux vous parler, monsieur, — c'est la troi*sième fois que je vous le dis.

— Ue autre jour, — plus tard. — Aujourd'hui je n'ai pas le temps.

— Prene&-Hl»

--Je saiètittettdu.

236 LES viVBuas OB iȈais.

— Non, Monsieur... vous vous trompez, persouue ne vous attend et personne ne viendra...

— Hein ? vous dites ?

Cabirol répéta sa phrase.

— Et, comment savez-vous cela?— demanda René.

— Par la meilleure de toutes les raisons... — c'est que j*épouse dans huit jours celle que vous vouliez déshoTiorer dans une heure.. .

— Tiens l tiens ! — fit René avec un rire dédaigneux, — cette petite phrase n'est pas mal, mais malheureusement, elle ne vous appartient pas en propre...

— je la connais, mon cher, je l'ai entendue l'autre soir au Théâlre -Français, dans Mademoiselle de Belle-Isle...

Cabirol fronça les sourcils et ferma les poings, la patience du jeune homme était à bout.

— Dans une minute, se disait-il à lui-même, — je vais sauter sur ce particulicr-là, lui tordre le cou ou lui casser les reins !..

Cependant il fit un dernier effort et il parvint à conserver son sang-froid.

— Monsieur, — dit-il après un instant de silence,

— j'ai satisfait à votre désir, je vous ai expliqué qui j'étais. — Maintenant voulez-vous m'accorder les quelques moments d'entretien que je vous demandais tout à l'heure?..

— Il paraît que vous y tenez?..

— Oh! beaucoup!..

— Eh bien! soitl.. quoiqu'en vérité je ne devine pas le moins du monde ce que vous pouvez avoir à m

UN FiU DE PAMrLlB. 837

dire qoi vaille la peine d*étre entendu f.. parlez donc» mais soyez court?..

— Je vous ait dit, Monsieur, que mademoiselle Girard était ma fiancée. . .

— Qu'est-ce que ça me fait ?..

— Sans doute, en vous adressant à elle, vous l'avez confondu avec ces pauvres filles qui ne voient que les bénéfices de la honte et qui ne demandent pas mieux que de se laisser séduire, pourvu que la séduction leur rapporte...

— Phrase de mélodrame de l'Ambigu !.. — murmura René.

Puis il se mit à siffloter du hout des dents l'air bien connu de Drinf brin !

Gabirol poursuivit :

— Vous vous étiez trompé, Monsieur, — mademoi^ selle Girard est une honnête fille et je vous répète qu'elle sera ma femme dans huit jours...

René interrompit son ah*.

— Madame Gabirol?.. — fit-il.

— Oui, Monsieur.

— Joli nom!..

— Il en vaut un autre.

— Un autre aussi laid, peut-être...

Et monsieur de Savenay se remit A siffler, en battant la mesure avec sa canne.

— Je pense, — continua Gabirol, — je pense que vous renoncerez à des projets qui, vous le comprenez, sont odieux!..

— Ah ! vous pensez cela ! . .

— Oui, Monsieur.

%9ê LE» ywBums db hrm.

-^ Eh hieii I è veApe aise.

— Est-ce que je me trompe ?. .

— Pacil^^re oui, peut-être non ..

— Une réponse, Monsieur, une répooae positive...

— Vous êtes bien curieux et bien ttsiigeaRt I ..

— Songe:^, lIoBsieur, ({ne vous attaquer à Tbonneur de mademoiselle Girard, c'esjt m'attaquer moimèflae«...

— Ah! ab I ^ s*écria Réaé en riant, -^ m^i^teqwf à vous!., moi?.. — le diable m'emporte, l'kUe ^t originale et vaut son pesant d'or!..

— Monsieur, — dit Cabirol dont les mains tremblaient et doat les lèvres devefMiAnt pâles, — je vous supplie de prendre mes paroles, m aérieinL el de me répondre en bounète bomme...

— Kqii cher,-^répUqua René, prière pour priera... faiteft-nu)i le plaisir de vous eo. aller... voici dix minutes bientôt que vous me Feteuifji dana cette anticbambre, et- vous m*ennuyes beaucoup.

— Monsieur de S^veuay, — mmrmara le jeune bomme, — monsieur de Savenay prêtiez garde t..

— A quoi, s'il vous plaît... monsieur... CaJNirol?

— A quoi ?. .

-«Oui.

— Amoi!.. à moi^iûme lasseàla iiu de subiripos impertinences et vos insultes !.. à moi qui ne suis pas votfc valet, ofiais veire égal, et qui vais vous traiter comme vous méfiiez de Fèlre...

En entendant cette menace, René devint livide*

— Misérable!.. — cria-t-il d'wke veix étranglée par la fureur, — misérable !.. sortez !«.

— Ab l *-^ fil Cahirol, — des gros mots !.. eh biea! ça me y^iI.. skhis serons à deux de jeul.. et d^abord, canaille 1 ja ne sortirai pas!..

René e«)vrit yiolemiHent }a porte qui, de YâsAi* chambre, doiuialt sur l'eacalier,..

— SorleaL. ~ répéta-t-il.

— No», *-^ 6\ Cabàrol pour U secoode fois, — je reste...

-^ Ah ! vous eroyezî. .

-— Nqpi» l'en suis sâp!.. et vous le voESpes bien!., René, au comble de k ftjtreur, s'approcha de Gabîr rol et fit le geste de te saisir par le bras pow le jeler

Lg jeitfie homme &t un boad en arrière. -*^ Ne mg touchez pas t.. — oria^t-ii, -^nemetour che2s, baro^ de malbeur U • ou sinon. . .

— Jfetecassel*.

René m se coon^isfiait ptas.

I) brandit sa canne, — il revint Siur Gabirol ei il lai frappa de toute sa force mr l'^pauilei. — Le jonc était frôle et se brisa m vipgl moiPceaux. — Néaixious la douleur avait été vive^, mais Cabi^ol ne la sentit pas, ^ il ne ressentit que l'ouiirage qui venait de lui ÔIm^ fait. — Tout son sang, fouetté p«^r la rage^ bouillonna dans ses veines. *-^ L'ivresse de la colère lui menta à la tète et Taveugla. — Il mit la main dans sa peehe et il eu retira le couteau dont il avait menacé Larose une demi-heure avant ce moment. — Il e«vril rapldemeol ce couteau et sq prée^ia sur BÀié. — Mais ce dernier avait deviné le sens et le but des mAuvemeAta du

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