‹ Les viveurs de Paris (volume 2)Chapitre 20 sur 53 · S40 LES T1TBUB8 DE PARIS · texte numérisé non relu

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jeone homme. — Il avait compris qu'une lutte allait s'eugager, — lutte terrible et inégale dans laquelle il aurait nécessairement le dessous, par cette raison bien simple qu'il ne pourrait opposer qu*UH tronçon de canne brisée au couteau de son adversaire. — En conséquence il s*élança dans la pièce voisine dont il ferma sur lui la porte, en ayant soin de faire tourner deux fois la clef dans la serrure. — Puis il prit dans un tiroir des pistolets tout chargés qu'il arma. — Ensuite il rouvrit la porte de Tantlcbambre, et, tenant nn pistolet de chaque main, il s'avança sur Cabirol. Ce dernier avait déjà repris son sang-froid.

— Monsieur, — dit-il en remettant son couteau dans sa poche, — vous m*avez frappé, — j*ai voulu vous tuer, mais je n*ai pas pu ; — nous ne sommes pas quittes!.. — Je pense que, quoique vous soyez riche et que je ne le sois point, — quoique vons soyez un homme du monde et que je ne sois qu'un ouvrier, — je pense, dis-je, que vous ne refuserez pas de vous aligner avec moi...

— M'aligner avec vous?.. — demanda René d'un ton dédaigneux, — qu'est-ce que ça veut dire?..

— Ça veut dire un demi* quart d'heure de conversation à coups d'épées ou de pistolets, au bois de Yincennes ou partout ailleurs...

— Un duel?.. — fit René en riant.

— Oui, Monsieur, un duel.

— Un duel avec monsieur Cabirol!.'. quelle délicieuse plaisanterie !..

— Vous trouvez la chose plaisante ?..

— Au dernier point !..

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— Vous acceptez, cependant ?. .

— Non pas! je refuse, — et avec enthousiasme!..

— Âh! ça, monsieur le baron, vous êtes donc lâche?..

— Non, cher monsieur Cabirol. — Gr&ce à Dieu, j'ai fait mes preuves, et je les ai faites de façon à ce que le mot que vous venez de prononcer ne puisse pas m'atteindre... — Vous devez d'ailleurs comprendre mon refus, si vous voulez bien réfléchir qu'en me battant avec vous j'aurais la certitude d'être tué.

— La certitude !.. — s'écria Cabirol.

— Oui, mon petit Monsieur... e:t par quelque chose de bien autrement terrible que votre épée ou votre pistolet...

— Par quoi doncî..

— Par le ridicule!..

— Ah ! — fit Cabirol, — c'est ainsi !..

— Mon Dieu, oui.

— Pour la dernière fois, vous refusez la rencontre que je vous demande !..

— Si je la refuse?.. — Parbleu ! .

— Monsieur le baron de Savenay, nous nous reverrons...

— Ah! par exemple, j'espère bien que non!..

— • Nous nous reverrons, — répéta Cabirol, — et plus tôt que vous ne pensez peut-être...

Et, après avoir prononcé ces paroles, le jeune homme sortit de l'antichambre et descendit rapidement l'escalie»'.

— Ah ! -- murmura René avec un soupir de soulagements^ — m'en voilà débarrassé!., enfin!.. — Quel

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enragé que ce gaillard-là !.. c'est qu'il m'aurait fort bien enfoncé dans les cdtes son diable de couteau!..— Peste!., quelle charmante aventure m'a procurée ce faquin de Larose ! . . — il en recevra mes compliments! . . Où peut-il être ce drôle-là?..

— Monsieur lebaron, — murmura une voix gémissante et étouffée, et qui partait je ne sais d'où, — Monsieur le baron, je suis là!

René reconnut la voix de son domestique.

— Là? demanda- t-il, où est-ce là?

— Ici, monsieur le baron, dans l'armoire...

Malgré son mécontentement, René ne put s'empêcher de sourire. — Il s'approcba du placard, — il fit jouer la serrure et la porte s'ouvrit. — Larose parut. — Il était pâle, — défait, — chancelant. — A peine pouvait-il se soutenir sur ses jambes flageolantes. — La privation presque absolue d'air respirable avait aux trois quarts asphyxié le malheureux.

MaxIOM et Eéné.

— Ah! ça, -^ demanda René, quand Larose lai parut quelque peu remis, — que diable faisiez-vous là-dedans?..

— Ce que je faisais, monsieur le baron? répondit le valet d'nn ton piteux, — j'étouffais!..

— Depuis quand êtes- vous ainsi prisonnier?

— Je crois qu'il n'y a guère plus d'une demi-heure. . • quoique le temps m'ait paru bien long...

— Et qui vous avait enfermé? .

— Ce drôle I ce misérable !.. ce gredin I . .

— Cabirolî

— Lui-même!., mais il me paiera ça, le gueux!., et avec de bons intérêts encore ! . .

— Maître Larose, — dit alors René, — ce Cabirol ne vous paiera rien du tout!.. — vous vous vantez maintenant comme vous vous vantiez hier, — comme vous vous vantiez ce mptin!.. — Vous êtes un faquin et un maladroit!..

— Moi, mousienr le baron?..

— Vous, monsieur le coquin !.. '

— Mais» qu*ai-jc donc fait pour niérilcr ces épitliëtes que j*oserai qualifier de désobligeantes?.,

— Ce que vous avez fail?.. — Eh! mon Dieu, vous avez fait tout /. , tout, exactement!. . — D'abord, se poser avec jactance, promettre avec impudence et ne pas tenir, est l'acte d'un faquin !.. — Quant aux maladresses, vous les avez accumulées, j'espère, depuis ce matin : — Vous n'avez pas réussi à cacher à un amoureux qu'on en voulait à sa maîtresse, ce qui est TA B C du métier, le pont aux ânes I. . — Vous m'avez mis ce Cabirol sur le dos I .. — Vous vous êtes laissé enfermer par lui dans une armoire, comme un idiot !.. — Enfin, vous n'avez pas même eu l'intelligence, au moment où j'entrais dans l'antichambre, de m'appeler à votre aide, ce qui m'aurait mis, tout aussitôt, au courant de la situation!..

— Dame ! monsieur le baron, — répondit Larose, — que voulez-vous, j'avais peur...

— Vous aviez peur?..

— Mon Dieu, oui!..

— Et, de quoi î

— Du couteau de Cabirol.

— Ah! ah!..

— Exactement comme monsieur le baron.

— Vous dites ?

— Je dis : — Exactement comme monsieur le baron.

— Ce qui signifie?..

Ici Larose appela à son aide un léger mensonge.j ,

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— Ce qui signifie, — répondit-il, — que Cabirol m'ayant menacé de m'enfoncer son couteau dans le ventre, parce que je voulais le mettre à la porte, j'ai jugé prudent de me sauver comme Ta fait monsieur le baron; seulement, au lieu de me réfugier dans le salon, je mo suis réfugié dans une armoire, et, comme je n'avais pas de pistolets et que d'ailleurs j'étais enfermé, je ne suis pas ressorti...

— Maitre Larose, — dit alors René, blessé dans son amour-propre par lo parallèle peu flatteur que son valet venait de se permettre, — vous avez trop d'esprit pour un domestique... — Je me ferais vraiment scrupule d'employer à battre mes babits un garçon de votre mérite... vous n'êtes plus à mon service...

— Ainsi, — demanda Larose, — monsieur le baron me renvoie ?

— Je ne vous renvoie pas, je vous congédie... — le mot est plus poli...

— Mais la chose est la même... — .murmura le valet.

Puis il ajouta à baute voix :

— Bah ! après tout, j'aime mieux ça que d'être méconnu I . — Dès ce soir, monsieur lo baron, je ferai mes paquets et je partirai demaiu matin..'

— C'est bien, — dit René.

Et le jeune homme, tournant sur ses talons, rentra dans l'intérieur de son appartement.

Le reste de la journée, jusqu'à l'heure du dîner, se

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