ON FILS DB FAMILLE
arme de tout... Elle s*en est fait une de mon imprudence. — Certains soupçons sont nés dans quelques méchants esprits, — ils ont cherché^ — espionné, — conjecturé, et, à force de recherches, d'espionnages et de conjectures, ils ont fini par arriver à la découverte de la vérité. — J'ai vouln nier, mais il était déjà trop tard, et les méchants esprits dont je vous parle se savaient trop sûrs de leur fait pour ajouter foi à mes dénégations. — Voilà toute la vérité, je vous Taffirme.
René se tut. — M. de Bracy sembla réfléchir pendant quelques secondes.
— Mais ce bracelet?.. — demanda-t*il enfin, — ce bracelet?
— Hélas! je l'ai montré, — répondit René d'un ton humble et contrit.
Maxime fit un brusque haut-le*corps. .
— C'est plus qu'une imprudence ! plus qu'une légèreté, cela!.. — s'écria-t-il.
— C'est l'un et l'autre,— répliqua le jeune homme, — mais pas plus... — un mouvement de fatuité que je déplore m'a poussé à me faire un trophée de ce joyau, mais l'idée né m'est pas venue un seul instant qu'on pouvait le recontiaître et que montrer un bijou semblable c'était presque montrer un portrait.
— Allons* soit! — répondit Maxime, — c'était légèreté, c'était folie... —vous le dites .. il faut bien le croire... — mais il me semble que vous devez vous sentir sur la conscience et sur le cœur un poids bien terrible?
— Oh! terrible!. — dit René avec un soupir ad-
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mirablement modulé, — terrible!., c'est le mot.
— Fasse le ciel, poursuivit M. de Bracy, — fasse le ciel que les conséquences n*en soient point déplorables et désastreuses... — Je le souhaite de toute mon ftme, mais j'entrevois bien des malheurs daas Tavenir!..
— Lesquels? — demanda René.
— Supposons qu'un seul mot de tout ceci arrive aux oreilles du comte de Croî.
— Vous savez bien que les maris n'apprennent jamais ces choses-là I
— En règle générale, oui, — mais il y a des exceptions.
— Eh bien!
— Eh bien î qu'adviendrait-^il! — A coup sur, deux catastrophes : la première, la plus inévitable, serait tout le bonheur brisé d'un couple qu'on citait parmi les plus heureux!
— Et la seconde?
— La seconde serait sans doute la mort de monsieur de Groï ou la vôtre... tués l'un ou l'autre, ou l'un et l'autre.
— Ah ! — murmura René, — vos prédictions sont sinistres I
— Puissent-elles être menteuses ! — Tout ce que je vous dis aujourd'hui, je vous le disais, il m'en souvient, l'an passé, le lendemain d'une fête, d'un bal chez la duchesse de Ghaumont-Landry où, pour la première fois, vous avez vu madame de Croï. — Alors, il était encore temps... mais vous ne m'avez pas écoulé!
un FILS DE FAMILLE. 255
La conversation entre Maxime et René continua pendant deux ou trois minutes encore. Puis M. de Bracy qnitta le fils de Marguerite pour se rendre à rinvitation dont nous lui avons entendu dire quelques mots.
René entra au café Anglais. — H dtna seul, et son repas fut prodigieusement triste.— Les justes remontrances de Maxime, quoiqu'il fût on ne peut plus dé* cidé à n en tenir aucun compte, n'avaient pas contrjbuéy on le comprend, à rasséréner son esprit et à éclaircir la teinte sombre de ses pensées.
Ses noirs pressentiment subsistaient toujours d'ailleurs, et prenaient, d'instant en injstant, une intensité nouvelle.
— Ma foi, — se dit-il en se levant de table, — monsieur de Bracy m'a prédit des malheurs !.. — Je serai fort étonné si ces malheurs n'arrivent pas et s'ils se font longtemps attendre !.. — Dans quel horrible guêpier me suis-je fourré, bon Dieu !.. et quelle déplorable Inspiration de m'être exposé à tant de soucis et tant de tracas, sans plaisir et sans profit !.. 0 Camélia maudite !.. trompeuse conseillère !.. sans toi, je n'eu serais pas où j'en suis!.. — Mais enfin, il est trop tard pour reculer !.. — Allons donc en avant !.. -" René sortit du café Anglais. — Il fuma deux cigares le long des boulevards. — Il alla s'asseoir à l'orchestre des Variétés. — Mais les Ûons-flons de l'orchestre lui donnèrent abominablement sur les nerfs et les acteurs de l'endroit lui parurent de déplorables farceurs.
U quitta les Yariélés pour le Vaudeville. — L*effet produit fut exactement le même.
— Allons, — se dit René, — il faut essayer d'aulre chose I — je vais aller au club, jouer le wisth à un louis la Ûche, cela me distraira peut*ètre.
An clnU.
n y avait beaucoup de monde au club ce soir-là. '
Quinze ou vingt jeunes gens remplissaient le fumoir de nuages de vapeur blaucbe et odorante qu'exbalaient leurs panatelias.
MU. de Chazeiles et d'Audival, — deux de nos anciennes connaissances du Club des Hirondelles *causaient, adossés à la cheminée.
Leur conversation n'ayant aucun rapport direct avec notre récit, aous jugeons complètement inutile do la rapporter ici.
René ouvrit la porte. — - Il s'arrêta pendant un ins« tant sur le seuil, regardant à droite et à gauche^ afin âe reconnaître les visages amis. — H avisa messieurs de Chazeiles et d'Audivalet vint droit à eux.
— Bonsoir, cher... — dit-il à M. de Chazeiles en loi tendant la main.
ui. 17
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M. de ChazeRes serra cordialement celte main.
René se tourna vers M. d*Aadiy al, lai dit bonsoir et lui tendit la main commQ il venait de faire à son compagnon.
— Bonsoir, — répondit le frère de la vicomtesse de Luzy d'un ton glacial.
Et, au lieu de prendre la main de M. de Savenay, il changea de position, sans affectation, et se baissa comme pour rallumer son cigare, qui n'était nullement éteint.
Certes, l'intention de ce mouvement n'échappa pas à René. — Il comprit à merveille que monsieur d'Audival refusait de îui donner la main^ — il sentit l'insulte, car il devint pourpre et ses sourcils se froncèrent, — mais, sans doute, quelque motif inconnu le poussait à éviter une provocation, il feignit de n'avoir rien vu , il échangea avec le premier de ses deux interlocuteurs une demi-douzaine de phrases insignifiantes, puis, tournant sur ses talons, il sortit du fumoir.
— Ahl ça, — demanda vivement alors M. de Chazelles, — il y a donc quelque chose ?..
— A quel sujet ?
— Au sujet de René.
— Pourquoi me demandes-tu cela?
— Ai-jemal vu?
— Qu'est-ce que tu as vu ?
— Il m'a semblé que tu lui répondais à peine, et qu'au moment où il t'a tendu la main, tu as retiré la tienne.
— Parbleu l