‹ Les viveurs de Paris (volume 2)Chapitre 27 sur 53 · CECI EST MON TESTAMENT · texte numérisé non relu

CECI EST MON TESTAMENT

— Son testament!.. — murmura Berthe intérieurement,-—il écrit son testament !.. il l'écrit et il pleure I . . mai§ il pense donc à mourir!..

Et comme, peut-être, la solution de ce doute ce trouvait dans l'enveloppe, elle l'ouvrit vivement, elle

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déploya la feaiUe de psi^r pliéi^ en quatr^i et ses ra* gards tombèrent sur les lignes suivantes :

« Aujourd'hui -^ (suivaient la date da mois et de l'année) sain de corps et d'esprit, et en présence de Dieu à qui je recommande mon ftme et dont j'invoque la suprême miséricorde, j'écris ce testament, qui, tracé tout entier de ma main, ne peut-être ni attaqué ni contesté.

• Je donne et lègue mes biens meubles et ioimeu* blés et généralement tout ce qui constitue noa fortune (sans en distraire aucune somme, pour quelque motif que oe puisse être), à madame la comtesse Berthe de Croï, ma femme » Je supplie madame de Croï de me conserver dans un coin de son cœur un regret et un souvenir. » Je lui demande humblement pardon de toutes les peines et de tous les chagrins que j'ai pu lui causer pendant les courtes années de notre union. » Je la prie de faire dire pour le repos de mon ftme autant de messes qu'elle le jugera convenable, et je la conjure de joindre quelquefois sa prière aux prières qui, pour moi, monteront vers Dieu. » Telle est ma vdonté suprême, — tel est aussi mon dernier désir.

» Que l'un et l'autre soient accomplis. ^ Je le veux. — Je l'espère.

• Comte Henry de Groî. •

On devine ce qui se passait dans l'âme et dans l'es* prit de Berthe, tandis qu'elle lisait ce testament si court et si touchant, ce chef*d*asuvre de quelques

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lignes dans lequel éclatait une tendresse si profonde el si infinie!..

Quand les larmes qui pendant quelques secondes obscurcirent ses regards eurent cessé de couler, la jeune femme étendit de nouveau la main et prit la secoude enveloppe.

La suscription de cette dernière, plus effrayante encore que celle du testament, la fit de nouveau tressaillir comme si la lame aiguë et froide d';.n stylet pénétrait jusqu'à son cœur. — Cette suscription, on s'en souvient, était ainsi connue :

MADAME LA COMTESSE BERTHE DE CROI. t PODR ELLE SEULE, t

Et, phis baft :

« Poftr lui être remis après ma mai't •

— Sa mort !.. — murmura Berthe, avec une épouvante qui arrivait jusqu'au 'délira — sa mortl.. Et c*esi cette nuit qu'il écrit !.. mai» il pense donc mourir demain I . .

Ëi, d'une main si tremblante que croyant eatr'ouvrir seulepieot l'enveloppe, elle la déchira^ elle déploya la seconde lettre :

Voici ce qu'elle lut :

XVJI

One iciire.

« En oavrant cette lettre, chère Berthe, que votre main ne tremble pas... — Soyez tranqaille, ces dernières paroles d'un mourant ne seront point amères... — Dans cet adieu suprême il y aura des regrets, sans doute, — il n'y aura pas dé reproches. • •••*•.•.•.••. .«•

» Au moment où vos yeux sont fixés sur ces lignes, il est évident que l'événement que je prévoyais est accompli, puisque vous ne briserez l'enveloppe de cette lettre que lorsque j'aurai cessé de vivre. — Vous savez donc que je viens d'être tué en duel. — Vous n'ignorez point la cause de ce duel... — J'aurai peu de chose à ajouter à ce sujet.

» Je vous dois ma confession, chère Berthe, car je fus coupable, bien coupable envers vous...

» Ecoutez-la avec un cœur miséricordieux, et n'ayez pour ma faute et pour mon souvenir que des paroles de pardon.

un nL8 DE FAHILLB. 297

» Dieu dans sa bouté avait répandu sur nous i pleines mains ces faveurs qu'il ne prodigue pas d'haiHtnde, si nombreuses et si complètes. — Il ne nous manquait rien pour avoir ce qu*en ce monde on appelle le bonheur parfait. — Nous étions jeunes,.. — Vous étiez belle... — Nous avions la fortune... — Nous avions surtout Tamour...

» Je dis : Nom avions^ car j'ai cru longtemps que vous m'aimiez d'une tendresse égale à la mienne, et, encore aujourd'hui, je crois que cette tendresse a existé, et que, si je l'ai perdue, c'est ma faute...

» Oui, nous étions heureux !.. — Ohl bien heureux!..

» Heureux dans le passé, par nos souvenirs qui n'avaient pas une tache. *- Heureux dans le présent, par d'enivrantes réalités... — Heureux dans l'avenir, car l'avenir nous souriait,- et je croyais voir briller dans un ciel sans nuages l'étoile d'un bonheur éternel.

» Un jour, tout cela s'est écroulé comme s'écroule un édifice dont on a ébranlée les fondations, — tout cela s'est évanoui comme s'évanouissent, aux premièi^s clartés de l'aube, ces trompeuses vapeurs qui, dans les demi-teintes du crépuscule, revêtaient des formes monumentales...

» Hélas 1.. et je le répète avec une humilité désespérée, c'est ma faute !.. c'est ma faute !..

» Oh ! Berthe, qu'elle étrange prescience de l'avenir Dieu avait-il donc mis en votre âme, quand Paris vous inspirait tant d'horreur et tant d'effroi ? — Par quelle divination mystérieuse compreniez-vous si bien que Paris devait nous être fatal?..

» Si alors j'avais écouté ces prières ardentea qde vous m'adressiez.. — Si nous avions fui tous les

deux» pour aller cacher notre amour sous les ombrages centenaires du château de Croï, — si nous avions fait cela, nous sauvions notre bonheur de ce désastre immense qui vient de l'engloutir. — Mais, j'étais fou,— j'étais aveugle !.. — Non-seulement je ne les ai point écoutées, CCS touchantes paroles dans lesquelles vous mettiez votre âme, mais encore je les ai repoussées avec une brutalité sans exemple et sans excuse !. .

» Pardonmz-moi, Berthe!.. pardonnez-moi!..

» Ce pardon .que j'implore, je vous le demaade à genoux !

» Vous savez ce qui se passait alors en m^ ; — vous savez que je m'étais mis sous le joug de cette fausse et trompeuse amitié qui devait tous nous perdre. — Celui que je ne veux pas nommer.., — celui qui va» tuer mon corps avec son épée, comme déjà il a tué, par la douleur, mon cœur et mon âme, — celui-là s'était emparé de moi de cette façon étrange, absolue, lyrannique, dont les esprits du mal s'emparent de ceux qu'ils veulent rendre leurs complices et leurs victimes. . . — En ce moment où mon esprit jouit de cette lucidité particulière qui, dit-on, précède de si peu de temps l'agonie, je vois clair dans les plans de ce misérable .. --r Ces plans étaient infâmes comme luimême et d'une profondeur à donner le vertige.

» Il s'était juré de m'imprimer au front une souillure ineffaçable, afin de me rendre indigne de vous, — afin de combattre par la jalousie et par le cbagrinrune vertu et une résistance que, de tout autre côté, on

savait Inattaqiàabtes. — Il a Kussî... Il m'a rabaissé jusqu'au niveau de ces libertins ébontés qui ne comprenaent pas que, saas l'amour, il n'est point de volupté réelle, et qui rccberchent les plus sales, les plus faiigeux de tous les plaisirs* — Je suis descendu plu& bas que ceux-là ; car, eux, au moins, ont l'excuse d*un esprit étroit, d'une âme incomplète, d'appétits charnels irrésistibles. -^ Cette excuse, moi, je ne l'ai pas...

» Il kn*a jeté da«s les bras d'une de ces créaturas vénales qui font de leur beauté métier et marchandise, et qui l'offrent au pkis offrant enchérisseur.

» Par quels moyens est-îl arrivé à ce honteux résultat ?

» Â quoi bon salir votre imagination en vous le disant?.. — Tout cela est immonde !.. tout cela soulève le cœur!.. — Pauvre Berthe !.. pauvre enfant !.. - -pour qui avez-vous été ainsi trompée ! . . ainsi trahie ! . .

» Et vous l'avez su!..

» Oh ! combien vous avez dû souffrir, et dans votre légitime orgueil de jeune femme!, et que de larmes vous avez versées, avant de rêver une vengeance qui devait me tuer!.. — D;eu me punit aujourd'hui de vous avoir ainsi fait souffrir!.. — Il me frappé cruellement, mais il est juste et je bénis sa main ! . .

» Je voudrais être certain que vous me pardonnez, chère Berthe, je douterais moins du pardon qui m'attend là 'haut.

» Eu même temps que cette lettre, on doit vous re«

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