ESTHER
ta.
Un
L*effet qœ prodUiBil sur Henry cette lettre étrange fat rapide et foudroyant. — Camélia avait visé juste.
Dans son infernale connaissance des détours du cœur humain, la pécheresse n'avait pas craint de pousser à FeiLagération, afin de frapper un coup plus fort et plus décisif.
Elle se croyait certaine que la perturbation momentanée jetée dans toutes les facultés morales de monsieur de Croï, ne lui permettrait point de s'apercevoir des incohérences et des divagations de cet épîlre monstrueuse. — Elle ne se trompait pas. — Henry ne s'étonna nullement que la femme humble et résignée, la Madeleine repentante des premiers feuillets, fut devenue à la dernière page un Messaline menaçante et fougueuse. — Il ne remarqua ni l'enflure du style, ni la boursouflure creuse et ampoulée des sentiments, empruntée au pathos des plus vulgaires mélodrames.
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tl ne vît et ue comprit .qa'uoe senle chose, c'est qu'Esther raimait on prétendait Taimer, — qu'elle ne reculerait (ainsi qu'elle le disait elle-même) devant aocan éclat, devant aucun scandale, — qu'elle le poursuivrait partout et toujours, sans trêve et sans relâche, que son repos était perdu, et qu'âne catas* trophe inévitable et terrible planerait désormais audessus de sa tête, suspendue à un cheveu, comme l'épéede Damoclès.
Tel autre, mieux habitué aux hasards de la vie que ne rétait le comte de Croî, et se trouvant dans une situation semblable, aurait mis dans son p(M*tefeuiile la lettre de la prétendue fille «les rois maures et l'aurait tout simplement portée à cette providence en habit noir qu'on appelle un commissaire de police. — Le magistrat municipal aurait mandé séance tenante l'audacieuse courtisane, et la menace de l'envoyer à Saint- ' Lazare n'eût point manqué d'opérer sur elle l'effet d*un calmant subit. — Henry ne songea même pas à prendre ce parti.
Dans le premier moment le papier fatal s'était échappé de ses mains et il gisait à ses pieds sur le lapis.
Il le ramassa, — il Talluma à la flamme de la bougie, puis, quand il n'en resta plus qu'un peu de cendre noire, il se laissa retomber sur son siège, complètement anéanti et brisé, de corps aussi bien que d'esprit. — Il essaya de réfléchir, — mais il ne put en venir à bout. — Le cahos se faisait dans son âm^.
Sa position, en effet, — du point de vue auquel il reuvisageait, -^ était imposùb^. -— Aucune issue,
36 LES VlYfetIRS 1»B PkKtS.
— aiicun moyen terme, — rien, — rien!.. — Partir I
— Mais Esther le poursuivrait comme une bête fauve poursuit sa proie et s'acharnerait sur ses traces. — Rester! — Mais que répondre à Berthe qui n'avait pardonné qu'à la condition d'un départ et qui comptait que ce départ aurait lieu le lendemain !. .
Des éblouissements pareils à ceux qui précèdent les apoplexies foudroyantes passaient devant les yeux de Henry. — Des bruissements sinistres bourdonnaient à ses oreilles. — Il comprit qu'il allait se trouver mal. — Il voulut appeler à l'aide, et, chancelant comme un homme ivre, il marcha jusqu'à la porto qu'il avait si soigneusement fermée un instant auparavant et qu'il ouvrit, — non sans peine. — La force lui manqua pour aller plus loin. — Il lui sembla que les meubles et les tentures dansaient autour de lui une ronde effrénée.
Il étendit les bras pour se soutenir, — mais ses mains ne rencontrèrent que le vide. — Le sol lui parut se dérober sous ses pieds. — Il tomba à la renverse et perdit connaissance.
Quand Henry revint à lui-même, il s'aperçut qu'il
était dans son lit. — Des bandeaux imbrbés d'eau glacée serraient étroitement son front.
Berthe, assise auprès de son chcvot, très pâle et les cheveux en désordre, pleurait silencieusement. — Monsieur de Croï ess|ya de se soulever. — Mal3 sa
un F1L8 DE FAMILLE. 37
faiblesse était si grande qu'il ne put parvenir à faire un mouvement.
— Bertbe, — dit-il d'une voix éteinte.
La jeune femme releva la tête et poussa un cri de joie.
— Il parle!.. — murmura-t-elle ensuite, — il parle !.. il me reconnaît I
Puis elle se jeta à genoux devant le lit, — elle saisit une des mains de sou mari et elle la couvrit longuement de baisers et de larmes.
Un sorte de brume obscurcissait encore l'intelligence et voilait les souvenirs du comte de Croï. — Aussi ne comprenait-il rien à ce qui se passait. — Nous allons mettre nos lecteurs au courant de quelques faits qu'Henry ignorait comme eux.
Depuis neuf jours le malheureux jetine homme était entre la vie et la mort.
Bertbe, en rentrant des courses pour lesquelles elle était sortie, l'avait trouvé évanoui sur le tapis de sa chambre à coucher. — Aux cris de la jeune femme épouvantée et désespérée on était accouru. — Un médecin, appelé immédiatement, s'était empressé de pratiquer une saignée abondante dont le résultat ne s'était point fait attendre. — Henry avait rouvert les yeux, mais, en reprenant ses sens, il n'avait point repris l'usage de sa raison. — Une fièvre cérébrale se déclarait et le plus violent délire s'emparait du cerveau troublé dumfl^la^e,
39 tBS V1V9IM J>S PiRlSr
Pendant n^f jours, nous le répétons, les crises se succédèrent sans interruption. — Les premiers médecins de Paris ne répondaient de rien — Aucun éclair ne brillait au milieu des ténèbres profondes qui pesaient sur Tintelligence de Henry. — Bans les crises de son délire, il murmurait des paroles confuses, des phrases incohérentes, parmi lesquelles il était impossible de découvrir aucun sens. -^ Au moment où nous venons de retrouver M. de Croï, le mal atteignait cette période où il devait céder ou vaincre.
La robuste organisation du comt^ triomphait. -^ Il était sauvé.
Aussitôt que Henry eut appris tout cela, — aussitôt que les souvenirs lui revinrent en foule, — il interrogea avec une profonde inquiétude.
Les réponses de Berthe furent satisfaisantes.
Rien ne s*était passé pendant ces neuf jours qui justifiât en apparence les appréhensions du comte. — Seulement, deux fois par jour, et souvent trois, René de Savenay était venu 's'informer des nouvelles du malade. — Berthe ne l'avait pas reçu.
— Ce n'est qu'une trêve !.. — pensa Henry ; — la juive, me sachant à la mort, n'a point voulu troubler mon agonie. .. Mais maintenant ! . . maintenant! . .
Et, afin de ne point rester sous le coup des prévisions funestes qui revenaient l'obséder, il donna l'ordre d'introduire auprès de lui monsieur de Savenay, quand il se présenterait le lendemain, -^ Cet ordf^
Vm riLS «B TAIHLLB. 3^
fut exëcBlé. — Ber ttie étaU cbes son mari ta moment ék René arriva, elle se retira presque anssitdt afln de lais* ser plus de liberté à ia conversation des deux bommes. — Aussitôt que monsieur de Savenay se trouva seul avec Henry, l'expression de sa physionomie changea. ^ Il se rapprocha vivement du malade,* il lui prit la main qu*il serra avec effusion, et lui dit d^une voix émue :
— Oh! mon ami, me pardoiinerez-vons jamais tout le mal que je vous ai fait, sans le vouloir et sans le prévoir?..
— Quoi, vous savez?.. — murmura Henry.
— Je sais, — poursuivît René, — je sais que le coup terrible qui vous a frappé est une des conséquences de ce souper funeste, auquel je me reprocherai toute ma vie de vous avoir fait assister.
— Esther a donc parlé?..
— Oui, — elle a montré à Camélia le billet que vous lui avez écrit ; — elle lui a dit quelle vous avait répondu, — et c'est à celte lettre insensée que j'attribue la catastrophe qui a mis dans mon âme tant de douleur et tant de remords... — Est-ce que je me trompe, mon ami?.. ^
— Non, — murmura monsieur de Groï, — malheureusement vous ne vous trompez pas ! ..
Il y eut un instant de silence» — puis Henry reprit ;
— Et cette femme?. . cette femme?..
— Hélas 1 — répondit René. -^ la malheureuse créature vous a dit vrai ; — elle vous aime, «^ çUo
40 USS VIVEURS DK PAR».
VOUS aime d'an amour sans nom, qui va jusqu'au délire et tient de la folle. . .
Monsieur de Croï tressaillit convulsivement.
René poursuivit :
— Lorsqu'elle a su ce qui vous était arrivé, elle a voulu mourir^ elle a cherché à s'empoisohner en avalant le contenu d'un flacon d'éther. — Elle a souffert des douleurs atroces, et les convulsions de Tago^ie raidissaient déjà s .'s mgmhres quand on est parvenu à la sauver...
— Oh ! mon Dieu I — pensa Henry avec un égoïsme farouche que sa position justifiait peut-être; — oh! mon Dieu I pourquoi n'est-elle pas morte !
M. de Savenay reprit ;
— Il a fallu toute l'influence de Camélia sur Esther; — bien plus, vous le dirai-je, il a bllu mon intervention presque menaçante pour l'empêcher de causer un scandale inouï en cherchant à arriver auprès de vous. . — Elle prétendait qu'on lui cachait votre état véritable ; — elle voulait vous voir, — s'enfoncer un couteau dans le cœur, auprès de votre lit, si vous mouriez... — enfin, d'incroyables folies... —r Quand je venais ici chercher de vos nouvelles, elle m'attendait dans la rue, cachée au fond d'une voiture, et j'étais obligé de l'y faire garder à vue par mon vieux valet de chambre, afin d*être bien certain qu'elle ne tenterait pas de me suivre.
Tandis que René parlait ainsi, un tremblement nerveux s'était emparé de Henry.
— Ainsi, — murmura-t-il d'une voix faible, — ainsi cette femme ne renonce à aucun des projets dont
UN F1L8 DB FAMILLI. 44
elle me parlait dans cette lettre qui m*a presque tué? H. de Savenay baissa la tète et ne répondit point à cette question 'du comte. — Son silence était tristement significatif. — Henry le comprit bien, car il cacha sa tête brûlante entre ses deux mains amaigries, et il s'écria avec l'accent d'un désespoir infini.
— Mon Dieu!., mon Dieu!., que \ais-je devenir!..
— Mon ami... mon ami... — dit vivement René, — au nom du ciel I .. au nom de votre vie chancelante encore et que vous compromettez! . au nom de tous ceux qui vous aiment, calmez- vous !.. je vous le demande à genoux!.. C'est moi seul qui ai fait tout le mal, c'est à moi qu'il appartient de le réparer.
Henry leva sur son perfide ami des yeux où se lisait une sorte d'égarement.
— Le réparer... — réftéta-t-il, — est-ce possible?
— Oui, — répondit M de Savenay, — Oui, c'est possible, et je m'en charge.
Un éclair de joie, rapide et passager, vint illuminer le front du malade.
La Part un feu.
Cet éclair fat pareil à ceax qui brillenl dans les nuits orageuses ; — les ténèbres qui lui succédèrent en parurent plus profondes.
— Le réparer, — demanda Henry pour la seconde fois et avec Tex pression d'un découragement complet ; — c'est possible, dites-vous, mais comment?
— Mon ami, — répondit René, — vous êtes aujourd'hui beaucoup trop faible et trop souffrant encore pour m'écouter avec le sang-froid nécessaire. — Reposez-vous, — calmez-vous, — guérissez-vous, — rendez enfin la tranquillité à votre esprit, et que toute inquiétude se dissipe... — Vous savez que je ne voudrais pas vous tromper, et je vous réponds de l'avenir.
Henry.tendit à H. de Savenay sa main pftle et amaigrie.
— René, — murmura-t-il, — faites cela.., — faites cela, mon ami) -^ et vous leMeve?, car je vpos
im FILS DB VÀPfUXI* 43
pardonne du fond de mon âme tout le mal dont vous avez été Tauteur involontaire.
M. de Savenay fit le geste d'essuyer furtivement une larQie qui ne coulait pas. — Puis il serra avec une effusion hypocrite et menteuse la main que Henry lui tendait.
— Adieu, mon pauvre ami, — dit-il ensuite, — à bientôt.
— Vous partez?
— Oui.
— Déjà?
— Je vais travailler pour vous.
— Quand vous reverrai-jeî -^ Tous les jours.
— Ainsi donc, à deiaain?
— Oui, à demain.
Et René sortit .
A partir de cette visite, M. de Croî sembla revivre, et ses forces lui revinrent avec une promptitude en quelque sorte miraculeuse. — C*est que René venait de décharger Fâme de son ami du lourd fardeau qui l'écrasait. — René venait d'approcher des lèvres du malade ce breuvage bienfaisant qil'on nomme Tespérance. — Cet espoir, à la vérité, était vague et incertain, et Henry ne savait ni ce qu'il devait attendre d'heureux, ni sur quelles bases sérieuses reposaienrt les assurances que M. de Savenay lui donnait; mais l'esprit de Thomme est ainsi fait, et Henry ressemblait au nageur novice qui, dès qu'on lui a jeté un bout de corde pour le ramener au rivage, se croit hors de tout
péril et ne prévoit pas même que la corde peut lui manquer entre les mains.
René revint le lendemain.
Il revint ainsi tous les jours. — Henry le pressait de s'expliquer, — mais sans résultat. — M. de Savenay s'obstinait à répondre qu'il ne parlerait point avant le rétablissement complet et absolu de son ami. — ^^ Berthe, en présence des soins constants et en apparence si* affectueux que René prodiguait à Henry, sentait se dissiper peu à peu les graves préventions qui étaient revenues Tassaillir au sujet du jeune viveur.— Il lui semblait que la tendresse qu'il ressentait, ou, tout au moins, qu'il témoignait à son mari, établissait entre elle et lui un lien de commune sympatbie.
Aussi ses manières à son égard se modifiaient insensiblement et devenaient peu à peu bienveillantes et presque familières. — Une semaine se passa ainsi. — Au bout de ce temps, Henry, pour la première fois, put quitter son lit et se promener dans sa chambre. —
Ses membres, quoique toujours amaigris, avaient repris en partie leur vigueur et leur souplesse ; — son visage redevenait frais et vermeil.
— Eh bien I mon ami, — dit-il ce jour-là à René, quand ce dernier arriva à l'heure habituelle et quand Berthe les eut laissés seuls, — il me semble que me voici fort et que vous n'avez plus de raison maintenant pour ne point parler.
— Aussi n'en chercherai-je aucune, — répondit René, — causons.
--- Causons... — répéta le comte,
tm ^ILS DK PAIIILLB. 45
Et tons les deux s'assirent en face l'un de Tautre.
— D'abord, et avant tout, mon cher ami, — reprit M. de Savenay, — écoutez-moi tranquillement et sans TOUS gendarmer à chacune de mes paroles, qui vont de priroe-saut, j'en ai bien peur, effaroucher vos scrupules et alarmer votre conscience... — Quand il n'y a qu'un seul chemin qui conduise à un but nécessaire, et que, cependant, on tient à arriver, il faut suivre ce chemin, n'est-ce pas?
— Sans doute, — répliqua Henry.
— Me promettez-vous de m'écouter avec calme et patience ?
— Je vous le promets.
— A merveille! — Je commence par un petit apologue en manière de parabole : — Je suppose, mon cher ami, que le feu ait été mis dans une grande ville qu'il menace de dévaster entièrement, n'en épargnant ni les palais, ni les temples, ni les musées, — quel parti faudra-t-il prendre, selon vous, pour sauver du désastre c^s monuments sacrés de la royauté, de la religion ou de l'art?
René s'interrompit et parut attendre une réponse.
— Il faudra, — dit Henry, qui ne savait pas où son interlocuteur en voulait venir; — il faudra, si tou* tefois la chose est possible, isoler l'incendie, afin de s'en rendre maître en le concentrant sur un seul point.
— Et comment vous y prendrez-vous pour cela? ^- Je ferai démolir tout ce qui pourrait offrir un
aliment aux flammes dans les environs du foyer de Tinceadie.
U LftS VtTBtJft Ùfi PjJkU.
— Ainsi TOUS sacrifieriez plusieurs maisons?
— Sans doute.
— Un quartier tout entier, s'il le faut?
— Oui, et sans hésiter.
— Ce sera cruel !..
— Peut-être; mais, sans cette utile cruauté, les flammes gagneront de proche en proche et toute la cité périra.
— Et savez-vous quel nom on donne à Faction salutaire et préservatrice dont vous venez de parler?..
— Tout le monde sait que cela s'appelle : Faire la part du feu.
René ne put retenir un geste de triomphe.
— Eh bien ! mon ami, — dit-il, — ce que vous ordonneriez sans hésiter dans un jour d'incendie, il faut l'essayer aujourd'hui pour vous-même.
— Que voulez-vous dire î — demanda Henry. René poursuivit
— Il faut, à tout prix, sauver votre vie du désastre qui la menace; — il faut, en un mot, faire "^la part du feu,..
— Comment?..
— En revoyant Esther, — répondit carrément monsieur de Savenay.
Henry tressaillit et une expression d'involontaire effroi se peignit sur sou visage.
— Jamais! . — s'écria-t-il, — jamais!..
— Vous m'avez promis de ne pas m'interrompre, — reprit l'amant de Camélia; — laissez^-moi donc parler jusqu'au bout et vous verrez si j'ai raison..,
Pois, comme Henry lai fit signe qu'il écoutait, le jeofle homme continua; :
— Après le souper funeste dont je voudrais effacer jasqn*au souvenir, j*ai revu chaque jour Bsther. Malheureusement, ce que je vous ai dit il y a une semaine est aussi vrai aujourd'hui que cela Tétait alors. Cette créature vous aime d*une passion fougueuse qui ressemble à la rage histérique de la lionne du désert. Seulement, je connais Esther, — - sa passion est un feu de paille, — quanâ^ce feu aura consumé le peu d'aliments qu'il trouve en lui-même, il s'éteindra, et il ne restera pas même une étincelle sous la cendre.
» Il ne s*agit ici, à proprement parler, que d'une question de patience.
» En ce moment, la juive diabolique dont vous avez tourné la tête est capable des plus terribles folies pour arriver à se rapprocher de vous .. Dans huit jours, peut-être, elle ne se souviendra même plus de votre nom. Vous voyez que la grande affaire, — la seule véritablement importante, — est de temporiser, afin de ne point donner prétexte à ces redoutables extravagances qui menacent votre repos. — Or, dans ane eiroonstance comme celle-ci, connaissez-vous un autre moyen de gagner du temps que de paraître céder qaelqne chose? — Je vous le répète, c'est ici le cas, ou jamais, de sacrifier la part du feu. ^ Si vous vous obstinez à désespérer Ësther, vous pousserez jus*qu'au délire cet amour exalté qui réside dans sa tête et dans ses sens bien plus que dans son cœur. —* Si, au eoiili^Mr«, vous consentez à retourner cbez elle, VhiI péril didpaf altra, «t celte fiamede aura i^us d'un
point de ressemblance avec Teaa contenue dans ptie chaudière et qui s*évapore par Tébullition.
» Voilà ce que j'avais à vous dire, — voilà le seul remède qu'il me soit possible de mettre à votre disposition. — Réfléchissez, mon cher ami, réfléchissez, et décidez^ vous... »
Monsieur de Croï avait écouté avec une profonde attention les adroits sophismesdeRéné. — Quand ce dernier eut achevé le sp^ach dont Camélia lui avait fourni le canevas, Henry appuya son front sur Tune de ses mains et il réfléchit longuement. — Lorsqu'il releva la tête, il semblait s'être en partie rangé à l'opinion de monsieur de Savenay, car il dit d'une voix lente et un peu embarrassée :
— Mais, en supposant que ce que vous me proposez, mon ami, soit en efi'et la seule voie de salut dans laquelle je puisse m'engager, nous nous heurtons, dès le premier pas, contre une impossibilité matérielle...
— Laquelle? — demanda vivement monsieur de venay,
— Celle-ci :
Et Henry raconta à Réiié la scène qui avait eu lieu entre sa femme et lui à la suite du souper chez Camélia, et la promesse de départ dont l'exécution n'avait été retardée, comme on le sait, que par suite de la maladie imprévue et foudroyante à laquelle il avait failli succomber.
Il semblait impossible à monsieur de Croï de fixer à ce départ une époque plus reculée que le moment où sa convalescence serait complètement achevée.-^ Refasef
im nu mt faulu. 49
de partir, c'était tout compromettre, aussi bien et aussi sûrement que^par un scandale.
— N'est-ce que cela^ — s'écria René.
— Eh I mon cher ami, — murmura le comte» — il me semble que c'est bien assez !..
— Vous TOUS mettez martel en tète pour bien peu de chose, — répliqua le jeune homme ; — laissez-moi faire, et dans trois jonrs c*est votre femme elle-même qui viendra vous demander de rester à Paris.
Henry regardait René avec une stupéfaction presque comique.
— Quel est votre projet? — demanda-t-il.
— Il est inutile de vous mettre au fait quant à présent,.— répondit M. de Savenay; — seulement n'oubliez point, et cela dès aujourd'hui, de dire à madame de Groî que vous vous sentez le mieux du monde et que vous tenez beaucoup à quitter Paris sur-le-champ...
L'ébahissement de monsieur de Groî redoublait. — Il se demandait très-sérieusement si René était devenu fou. — Ce dernier ne put s'empêcher de sourire en devinant ce qui se passait dans Tesprit du comte.
— A bientôt, — dit-il en lui serrant la main ; — faites ce que je viens de vous dire, mettez-vous l'esprit en repos, et, croyez-moi, tout ira bien.
Puis il prit congé de Henry et il alla rendra compte à Camélia du résultat de cette visite.
FenlUets ûétmthéê.
Trois jours ue s'étaient point encore écoulés, quand, au grand étonnement de Henry, les prévisions de mousieur de Savenay se réalisèrent.
Le lendemain du second jour, au moment où il parlait à Berthe de son désir et de son espoir de quitter bientôt Paris, elle Tinlerrompit en lui disant avec un sourire, dont un œil, même plus expérimenté que celui de Henry, aurait eu peine à discerner la tristesse :
— N'y songeons plus, mon ami, — cette soif de départ qui me toumentait il y a quelques jours, était un enfantillage vérilable... — Heureusement la réflexion est venue me montrer toute Tabsurdité d*un aussi puéril caprice. — J*étais réellement un peu folie et me voici redevenue raisonnable... — Nous ne changerons donc rien, je vous en prie, à nos anciens projets, et nous ne retournenons à Groï qu'à l'époque que nous avions fixée autrefois...
UR fïLS DB rAHILLB. 51
Henry insista — pour la forme. — Berthe ne céda pas uu pouce du nouveau terrain sur lequel elle venait de se placer. — Monsieur de Croï ne la pressa que juste assez pour av^oir l'air de lui faire un léger sacri« fice en ne la pressant pas davantage. — Puis, après un acquiescement complet donné aux désirs que lui manifestait la comtesse d'une manière si peu attendue, il s'efforça de lui faire avouer les motifs de son brusque changement de résolution.
Berthe fut impénétrable. .
Un nouveau fragment, emprunté aux souvenirs intimes de la jeune femme, va donner à nos lecteurs la clef de cette énigme.
« Mardi — Dix heures du soir, »
« Je ne sais de quel nom appelefr l'étrange fatalité qui pèse sur moi et qui me poursuit depuis quelque temps avec une si implacable persévérance. — A peine s'il se fait une éclaircie dans mon ciel, que l'orage y revient gronder. — A peine un malheur vienl-il de s'éloigner de moi qu'un malheur nouveau et plus terrible que le premier accourt prendre place. — Ce fut d'abord la jalousie qui tortura mon âme. — A cette jalousie instinctive succéda une certitude désespérante. — Puis, pendant une éternité de huit jours, il me sembla d'heure en heure, de minute en minute, de seconde en seconde, que je n'avais retrouvé mon mari que pour le perdre mieux, et qu'il 'allait expirer entre mes bras.
52 LB8 VIVBUHS DB PARl^*
» Et enfin voici que maintenant, — maintenant que ce péril est passé, — maintenant que mon cœur se livrait à la joie et à l'espérance, — voici que l'espérance et la joie sont remplacées dans mon âme par Teffroi, par la douleur.
» Ce matin le docteur L. À..., i'un des plus habiles et des plus célèbres médecins d3 Paris, rendit à mon mari en ma présence sa visite quotidienne et lui renouvela Tassurance quMl était complètement hors d'affaire et qu'il pouvait, dès aujourd'hui, reprendre son train de vie accoutumé. — Mais, tout en parlant ainsi, le docteur me fit un signe, de la signification duquel }e ne me rendis pas bien compte dans le premier moment. — Pour m'en éclaircir, je quittai la chatnbre de mon mari en même temps que le docteur.
» — Madame, — me dit-il aussitôt que la porte se fut refermée denière nous, — il est indispensable que j'aie avec vous un entretien de quelques minutes.. .
» — Relativement à mon mari 1 — demandai-je avec un battement de cœur.
» — Oui, madame.
» — Y a-t-il urgence î
• — Je le crois.
» — Alors, venez, Monsieur, je vais vous écouter sur-le-champ.
• Et je conduisis le docteur dans mon boudoir.
• — Eh bien 1 Monsieur, — m'écriai-je, — mon Dieu, qu'y a-t-il donc?., qu'y a-t-il encore?..
» — Madame la comtesse, — me répondit-il avec une solennité qui m'épouvanta, — certaines circoûs-
m PitS BB fkUillÉ, 5â
tances peuvent se présenter, dans lesquelles un roédecîn consciencieux doit à ses malades, ou tout au moins à ceux qui les aiment, la yéritë entière et sans déguisement ni restrictions. . .
> Cette réponse sententieuse augmenta mes appréhensions.
9 Je n'eus que la force de murmurer :
» — Est-ce que Henry est encore malade?..—
plus malade que vous ne le disiez et que je ne le
croyais?..
» Le docteur hocha la tête d'une façon mystérieuse et qui ne disait ni oui ni non. — Puis il reprit :
> — Je ne vous ai pas trompée, Madame, en affirmant ce matin à M. de Croï qu'il était hors de danger et qu'il pouvait ne rien modifier à ses occupations el h ses habitudes ; mais je vous tromperais en vous confirmant l'assurance que cet état durera longtemps.
» — Ainsi donc, — m'écriai-je, — ainsi, docteur, vous craignez une rechute?..
> — Oui, Madame.
» — Et, serait-elle grave?..
9 — Selon toute apparence, si elle avait lieu, elle serait mortelle.
» Puis, comme le docteur me vit chanceler et qu'il comprit que je ne pourrais point soutenir le choc de celte révélation inattendue, il se hâta de répondre .-
» Je dois ajouter, madame la comtesse, que cette rechute dont je redoute les eflets, j'ai la certitude qu'il est possible de la prévenir.
» Je me sentis revivre et je m'écriai :
54 lÈB VtTBORS DE FAfttô.
• — Ohl docteur, soyez béni pour cette parole, — mais que faut-il faire?. . — parlez I parlez !..
» Au lieu de répondre à ma demande, le docteur m'adressa lui-même une question.
» — Votre intention, — me demanda-t-il, — n'était-elle pas de quitter bientôt Pftris?..
» — Oui, sans doute.
» — Quand deviez- vous partir?
» — Le lendemain du jour où mon mari est tombé malade.
' » — Et permettez-moi de vous demander, madame la comtesse, si aucune modification n*est survenue depuis lors dans vos projets de départ?.
» — Aucune autre que celles qui nous ont été imposées par de fatales circonstances.
» Le docteur secoua la tête.
» — Ne songez plus à partir, — me dit-il.
» — Pourquoi donc cela?. . — m'écriai-je, — il me semblait au contraire que la vie active, Tair si pur et les longues promenades de la campagne ne pouvaient être que favorables au complet rétablissement de mon mari.
* — Dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent, je serais.de votre avis, — me répondit le docteur, — celui-ci fait exception.
» — Mais, enfin, pourquoi?., pourquoi?..
» — Pour une foule de raisons dont je vais vous détailler quelques-unes... — D'abord, en ce moment, un changement d'air, quel qu'il soit, serait funeste à notre convalescent. — Pendant plus de trois mois encore ses poumons affaiblis ne lui permettraient point
m PiU OK PAWLLB. 55
de vivre dans une autre atmosphère que cette atmosphère parisienne, impures peut^tre, mais à laquelle il est accoutumé; ~ et enfin, toujours durant ce laps de trois mois, il est indispensable que moi, son médecin, je le voie chaque jour, afin d'être à même de modifier, en quelque sorte d'heure en heure, le traitement hygiénique que je vais lui faire commencer demain, et de prévenir ainsi le retour des accidents que je prévois et que nous ne* pourrions plus combattre si nous les avions laissés se développer.
» — Du reste, — ajoata le docteur, — je ne vous demande point, madame la comtesse, de vous en rapporter à moi. — Appelez à vous d'autres avis, — provoquez une consultation des plus habiles praticiens de Paris. — Il m'est impossible de douter (jue leur opinion soit de tout point conforme à la mienne.
» Puis, après avoir ainsi parlé, le docteur me laissa seule, Tesprit inquiet et le cœur désolé. — Je ne dois ni hésiter ni reculer. — Il importe peu que la jalousie vienne me torturer de nouveau. — Il importe peu que Henry me trouve folle et capricieuse, — désirant ce qu'on me refuse, pour ne plus me soucier de ce qu'on m'accorde. — La vie de Henry est en jeu, — toute antre considération s'efiTace devant celle-là ! . — Demain je lui demanderai de rester à Paris, et cela avec autant d'instance, s'il le faut, que j'en mettais i le supplier de partir.
56 LU ▼tVBOnS M fARtS*
» Mercredi soir.
« Ce matin j*ai parlé à Henry. — Il a paru d'abord surpris et contrarié de ma demande. — Ainsi que je le pensais bier, il a du me trouver folle et capricieuse , ïnais enfin il a consenti. — Nous resterons ici tout le temps que le docteur jugera convenable de nous y garder, et Henry ne se doutera point du péril qui plane encore au-dessus de sa tète.
Entrer dans de trop longs détails, relativement à l'étrange consuUalion du docteur L. A..., ce serait faire une mortelle injure à rintelligence et à la pelrspicacité de nos lecteurs.
Il n*estpas un seul d'entre eux qui n'ait compris à merveille que le médecin de M. de Croi avait été mis, par les soins de René, dans les intérêts du complot qui s'ourdissait, et que, dans sa conversation avec Berthe, il avait, en jouant un rôle convenu à l'avance, prononcé des paroles et formulé une ordonnance que désavouaient à la fois sa conscience et sa science. — Quant au résultat de cette ordonnance, nous le connaissons déjà.
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Pour quiconque a étudié les hasards de la vie, — pour quiconque s'est rendu compte de la faiblesse des résolutions les plas solides et de la lâcheté du cœur humain, — ce qu'il était facile et logique de prévoir ne tarda point à arriver.
Aussitôt qu'il lui fut possible de quitter sa chambre, Henry, obéissant aux instantes suggestions de René, se rendit chez Esther. — Son intention parfaitement arrêtée était de temporiser avec la courtisane, et par sa présence chez elle, qu'il regardait comme une concession immense, il croyoit faire la part du feu. — Mais Henry comptait sans son hôte, ou plutôt sans son hôtesse, — et, ici, la locution proverbiale dont nous venons de nous servir reçoit une application frappante. — Camélia avait donné l'ordre à Esther de n'accorder au comte ni trêve ni merci, avant de l'avoir remis sous le joug impérieux et dominateur de sa beauté sensuelle, — Ces instructions diaboliques furent suivies au pied de la lettre. — La juive aspirait avec trop d'ardeur après le moment où se réaliseraient les brillantes promesses de Camélia pour ne point être entre ses mains un instrument docile. — Vainement Henry résista. — Vainement il se cuirassa de ses principes, — il évoqua le souvenir de ses remords passés et des tristes résultats de sa première faute. — Tout cela fut inutile. — Après quelques jours d'héroïque défense, il dut céder aux séductions sans cesse f enaissantes de la courtisane et il se retrouva de nou-
veau soas le charme de cette ivresse fatale de laquelle il devait se croire à tout jamais sauvegardé.
Alors les deux complices, René et Camélia, s'applaudireut dans leur œuvre triomphale, — ils échaugèrent un sourire pareil à celui qui doit contracter les lèvres pâles des mauvais anges, quand Tâme d*un juste vient de succomber à leurs embûches, et la péclieresse dit au viveur :
— Le moment d'agir est venu !..
AUm.
Taudis que se nouaient et s*encheyétraient les fils de ces ténébreuses intrigues, Armand Cabirol et la charmante Aline Girard continuaient à filer chastement le parfait amour dans Thumble logis de la rpe Saint-Nicolas.
Les mœurs et les habitudes de Touvrier imprimeur avaient subi une modification absolue depuis qu'une affection profonde et dont le but était honnête et légitime dominait sa vie et redressait son jugement faussé par ces paradoxes ingénieux que la jeunesse et les passions se donnent si complaisamment pour excase.
Excepté le dimanche, — jour de repos qu*il consacrait entièrement à sa fiancée, — Armand Cabirol travaillait toute la semaine, y compris même le lundi.
Cette assiduité miraculeuse faisait à la fois rétonnement et Fadmiration de Tatelier. — On avait bien essayé d*abord d*en plaisanter le jeune ouvrier, mais
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nous savons que son esprit était vif et sa langue prompte à la riposte, si bien, qu'en définitive il finissait toujours par mettre les rieurs de son côté. — Cabirol ne faisait plus la noce. — Il refusait toutes les parties de plaisir qu'on lui proposait. — L'économie la plus stricte présidait à ses dépenses, — il soldait ses dettes, — et enfin il mettait de côté la presque totalité de sa paye de chaque samedi.
C'est que Cabirol s'efforçait d'amasser par sou labeur une petite somme qui suppléerait à l'absence de dot d'Aline et servirait d'entrée de ménage aux jeunes époux. — L'époque du mariage était à peu près ûxée.
La semaine suivante, on devait afficher le premier ban. — La grand'mère d'Aline vojait approcher le jour du mariage de sa petite-filie avec une joie d'autant plus vive qu'elle comprenait bien qu'elle n'avait guère de temps à vivre, et qu'elle s'estimait heureuse de laisser son enfant bien-aimée sous la protection tendre et dévoué d'un honnête mari. — L'excellente femme s'affaiblissait de plus en plus. — Depuis deux semaiineri elle n'avait presque pas quitté son lit.
Le jour où nous retrouvons Aline et Armand Cabirol était un dimanche — Deux heures de l'aprèsmidi sonnaient à toutes les horloges et à toutes les pendules du voisinage. — Depuis le matin, Armand tenait compagnie aux deux femmes avec lesquelles il avait déjeuné.
Aline et l'imprimeur étaient assis l'un auprès de
l'autre, à côté du lit de madame Girard. — La jeune
•fille quitta sa place. — Elle alla prendre sur une
chaise, au fond de la chambre, un grand châle auquel
UN mS DB PÀM.LLB. SI
elle avait travaillé peudant une partie de la nuit précédente.
Les doigts habiles deTouvrière avaient su dissimuler avec une adresse infinie un large accroc qui en déshonorait le fond, du plus beau vert émir.
— Armand, — dit-elle, — aidez-moi.
— Présent ! — s'écria Gabirol en s*élançant auprès d'elle. — A quoi puis-je vous être bon, ma future petite femme chérie?..
— A plier ceci.
— Fort bien, — ça sera fait en deux temps et trois mouvements ; mais d'abord, ô mon Aline, laissez-moi me passer une fantaisie...
— Laquelle?.. — demanda la jeune fille.
— Celle de vous revêtir un instant de ce bibelot, histoire de voir à quel point vous l'embellirez...
Et, tout en parlant ainsi, il prit le cbftle des mains de sa fiancée et le lui drapa tant bien que mal sur les épaules.
Aline se laissait faire complaisamment, et peut-être même mettait-ella à son insu un peu d'innocente coquetterie à s'envelopper dans les longs plis du tissu.
— Ma foi, — dit Cabirol en la regardant, — savezvous que c'est bien gentil tout de même !
— Si c'est gentil !.. — répondit Aline, — en vérité, je le crois bien!..
— Puisque ça vous platt, ma petite future femme, savez-vous ce que je vais faire?..
— Non.
— Je vais vous acheter un bibelot pareil à celui-là,
62 LES VtVBUnS DB PARIS.
— ça fera rornement de votre corbeille de noce... Aline se mit à rire
— Devenez-vous fou, mon pauvre Armand?..— âemanda-t«elle ensuite.
— Fou!., pourquoi?..
— Vous ne savez donc pas ce que je porte sur mes épaules en ce moment?..
— Je le sais parfaitement bien au contraire. — Ce que vous portez, c*est un cb&ie pure laine, on en vend tout le long des boulevards, de magnifiques, qui coûtent trente-sept francs cinquante centimes.
— Ils ne ressemblent pas à celui-ci...
— Bab ! en cbercbant bien, on finirait par trouver son pareil...
— Je ne le crois pas, — répondit Aline en riant toujours» — à moins, cependant, que vous ne fassiez tout exprès le voyage des Grandes-Indes pour le rapporter...
— Il arrive donc de ce lointain climat?
— Mon Dieu, oui.
— Et il coûte plus de trente-sept Ifrancs cinquante centimes ?
— Oh! une bagatelle en sus !
— r Combien?
— Trois ou quatre mille francs tout au plus.
Gabirol fit un bond.
— Trois ou quatre mille francs I — répéta- t-il.
— Tout autant.
— Vous moquez- vous de moi?,.
— Non, je vous le jure.
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-~ Âb ! grand Dieu !.. Mais pour mille écus on aurait an mobilier tout entier, et un soigné I.. Ça devrait être défendu par la loi de mettre tant de pièces de cent sous que ça sur son dos !..—;* Aline , Aline, cacbez ce bibeloty il me donne des éblouissements...
— Eh bien ! faites ce que je vous demandais tout à Theure, aidez-moi à le plier.
Cabirol se bâta d'obéir à sa fiancée et le cbftle vert émir disparut dans un coffret plat, en bois de cèdre, destiné à le recevoir.
— Bonne maman, — dit alors la jeune fille à sa grand'mère , — if me vient une idée que je crois bonne. . . — Si je profitais de ce que monsieur Armand est là pour me donner le bras, et si je portais ce châle chez la dame à qui il appartient? Vous savez qu'il ne nous reste pas beaucoup d'argent, et qu'il y a là vingt francs à toucber.
— Mon enfant, — répliqua madame Girard, — c'est aujourd'hui dimanche, et peut-être ne trouveras-tu personne...
— Nous en serions quittes pour revenir tout de suite...
— C'est vrai, et dans tous les cas cela te promènera un peu, et tu dois avoir bon besoin de mai'cher, ma pauvre petite...
— Ainsi, vous permettez que je sorte?
— Oui , mon enfant, mais ne restez pas longtemps dehors.
Soyez tranquille, bonne maman, la rue de Provence n'est pas loin... — Avant une heure nous serons de retour.