IV
libles si fort à la mode da temps de Heury III et de ses mignons?..
— Non, en vérité, — répondit Henry.
— Cependant vous paraissez certain de tuer cette petite canaille de*Réné t
— Le tuer 1 — pas le moins du monde ; — mais n*être pas tué par lui, oui, j*en suis certain...
— Mais enfin, comment et pourquoi? car tout duel est un jeu de hasard. . .
— Je ne puis m'expliquer mieux. — Les raisons sur lesquelles s'appuie ma certitude vous feraient sourire et ne vous conviendraient pas le moins du monde. .. — Mais révénement prouvera et vous verrez si j'avais raison...
— Ma foi, — dit M. de Chazelles, — nous souhaitons, je vous le jure, mon cher comte, et bien vivement, que Tissue-du combat confirme vos paroles.. ,
Puis la conversation changea de sujet et prit une allure gaie et animée, assez rare entre gens qui vont, l'un jouer sa vie, les autres assister à cette partie sanglante.
Rare surtout, lorsque le motif du combat était aussi grave que celui qui conduisait sur le terrain le comte de Croï.
MM. de Chazelles et d'Âudival a:dmiraient le cahne bizarre et la sécurité de Henry, et, à leur insu, ils se prenaient à partager cette confiance que décelaient ses regards et son attitude.
•La voiture allait atteindre la barrière du Trône% — L'allure des chevaux ne se ralentissait pas. — Sou-
dain on entendit an craquement et, toat aussitôt, la voiture pencha. — Le cocher essaya d'arrêter son attelage. — Mais il ne put y parvenir assez vite pour empêcher la voiture de pencher de^ plus en plus, et enfin de s'abattre sur le côté droit. — L'essieu venait de se rompre, et l'une des roues s'était détachée. — C'était une chute, mais une chute bénigne et complètement inoffensive. — Sauf le véhicule, personne ne soaffrait.
Henry, ses témoins et le chirurgien s'élancèrent hors de la voiture versée. — Ils examinèrent l'essieu et la roue. — Le dommage n'était pas de ceux qu'on répare en un instant. — On ne pouvait songer à continuer son chemin dans la calèche. — Oh I — s'écria monsieur de Croï, — pourvu que cette mésaventure ne nous mette pas en retard]..
Et il regarda sur la route, en avant et en arrière. ~ Mais, à cette heure matinale, on ne voyait encore ni fiacre, ni citadine, -^ aucune voiture, quelle qu'elle fût.
— Allons, Messieurs, — fit Henry, — prenons notre parti en braves, continuons notre route i pied et marchons d'un bon pas.., — Je ne veux pas que ce monsieur de Savenay puisse dire que nous l'avons fait attendre !..
— Allons, — dit Ghazelles.
Monsieur d'Audival prit dans la calèche des épées et une botte de pistolets apportés à tout hasard. — Il mit sous son bras ces outils de mort, et nos quatre personnages s'éloignèrent de la voiture.
hk porte da hoU»
fia Ce ffrôfti^bt, él «^otnttie ftf an hasiltHi pPdVideniiel yemft à Vaièé de M. Aé Ci'oï, ttne tolïare apf)«tl*t}t à l'horirért. *- EHe teimit du côté de la barrière. — Cette voitôre était Ht^ cîUdiOe. ^ EHtî ttiat^half tttt petit trot de deux maigres haridelles, et portait (e M" rtiêhj 799.
-^ Eh! cdéherl -^ cHil Ch^zd^i», attS9itAl que la citadine fut arrivée à portée de la voix.
— Voilà!... voilà!... mes bourgeois, — répondit l'atitôttiédém, és\ etiveloppàtit son attelage dMs un tigoureut eoUp de foui^t qui, nous devons le dire, ne produisit pas grand eflbt.
En face de nos personnages, la ctf adîne s'én'féfa. — * Le cocher deiceudrt de son siège avec empressement et ouvrît la portière. •-- Les quatre hommes montèrent
-* G'est-il à rheufe où à là course, mes bourgeois? ^ demanda le cocher en relevant lé ttiarchepied.
SI LB fimms M PÀ1I8.
— A l'heure, — répondit Henry.
— Soffit I — et où allons-nous, sans tous commande?
— A l'entrée da bois de Yincennes.
Le ooeher jeta nn coup d'œil snr les épées, mal dissimulées dans les plis d*un manteau.
— Compris!.. — fit-il.
— Et surtout, — reprit Henry, — marchons vivement.
— Soyez paisihie, mon bourgeois... nous irons comme des mylords... les poulets d'Inde sont tout firais... ils n'ont pas encore travaillé ce matin, je ne peux pas les tenir.
Et le codier de la citadine portant le numéro 799 remonta sur son siège et fit tourner bride à ses chevaux, dont la mine pireuse donnait un éclatant démenti aux fallacieuses paroles que nous venons de rapporter.
En effet, Tattelage, si ardent selon le cocher, partit à un petit trot in^al et saccadé, capable de pousser jusqu'à la fureur l'impatience de gens pressés d'arriver..
Cette impatience atteignait son paroxysme, quand la citadine fut dépassée par un coupé que Henry et ses amis reconnurent aussitôt. — C'était celui de René. — Les chevaux semblaient dévorer l'espace. — Henry pencha son corps en dehors de la portière.
— Il y a mille francs pour vous! — cria-t-il au cocher, — mille francs!., vous m'entendez, si vous venez à bout de suivre cette voiture et d'arriver en même temps qu'elle.
LB FIL d'ARUHB. f 3
-— Mille francs!.. — répéta l'antomédon.
— Oui.
— C'esl-il pour rire?
— Non, certes... et je les ai là, dans ma poche, tout prêts à vous être donnés si vous les gagnez.
— Ah! fouchtrrra!.. si je les gagne?,, mais je le crois bien que je veux les gagner et que je les gagne* rai. Mille francs !.. hue la Biche I hue Cocotte!., gagnez votre picotin, mes enfants. Mille francs!., ah! fouchtrrra ! ça n'est pas deux liards, ça.
Et le cocher, abandonnant les rênes pour saisir son fouet des deux mains, se mit à frapper de toutes ses forces et à tour de bras sur la maigre échine des pauvres bêtes.
Vains efforts.
Les mille francs promis stimulaient outre mesure Tardeur du cocher, mais ne pouvaient, hélas I rendre des jambes aux malheureux chevaux. — Sous la grêle de coups qui tombaient sur eux, ils ne marchaient ni plus ni moins vite. — L'antomédon cassa son fouet et dut, à son grand désespoir, renoncer à la récompense énorme si inopinément et si généreusement offerte.
— Allons! — murmura Henry avec une fébrile impatience, — allons I . . nous n'arriverons pas !
Tandis que ceci se passait sur la grande route, voyons un peu de quels événements l'entrée du bois de Yincennes était le théfttre.
Une heure environ avant ce moment, deux person-
fi LU VÎVÈÙRS DB PARIS.
nages étaient arrivés, à ciiiq minutes dé distance Tan de Tantre, à la porte du bois.
Le premier venu» — lequel, par pârdnthise, n*était àulré que nôtre âibi Càbirbl, — t>orlait un paletot boutonné jusqu'au côù. — Il enfonçait ses deux ihains dans les poches de be paletot, clir^ ce matih-l&, le froid était àèsez vif. -^ tl tenait sôus son bras gauche deux b&lbns dé quatre pieds de long, ni trop lourds ni trop légers, d*uii bbis vert noùeilx et solide.
Aussitôt arrivé, 11 se mît & se promener de long en lài*gé dèvaiit lA porte et eh face de la inaison du ga^âe
— Or, depiiis (|uél(iues ihinutés, Cabirol arpentait âûièi le tei^i*àlb, qUànd liii nottvëaii venu se présenta*
— nous l'avons dit.
A l'aspect de ce personnage, Cabirol froiiça d*àbord fe &otll*ciI. — ÏI récdhflâî'ssait Lârôsè. — Mais Texpres- Èlàù de son vi^àgé chàrlgeâ aussitôt. — tl se disait à lut ftiënie que lé Valet, par sa préseiice, confîrlnaît Téxactitudë àei reilséigneihénts donnés la véilté au feôi^. — Lâï^dse, ^'apercevant que l'expression du visage de Cabirol n'àVâit riéii db farouche, s'apprdchâ d'uti k\t tlufnbië et souibiâ, eii saluàht k trois reprises.
— MôiiSieûf' Cat)tl*o1, — dlt-îl, — cômtnént vous portez- vôiis ce îiiàllù?
— Bien, — merci, — répliqua le jeune homme qui se souciait peu d'entamer \k conversation.
— A.lons, tant mieux I — reprit Larose qui semblait déôidé à Mixet l'étlti'ellën, — Vous êtes f itàct, tbôhsîébr Chbii*ol, et ttlôiàé pM qù'exÀct, puisque vous devancez l'heure.
Çabifol fit Un ëi'éhé de tète, biais ii ûé répondit i^as.
LÉ FIL D*ARÎANÊ. 23
— Larose, sans se laisser décourager, pôtlrsuiTit :
— Moi, aussi, je suis exact... — Je vous avais dit que je serais là, et vous vo^^ez que me voici,
Larose se frotta les mains.
— C'est donc ici, — contînuà-t-îl, — c^èstdonc ici que je vais voir embrocher mon ci-devant màttrel..
— Parole d^bopneur! — foi de Larose ! je ne saurais vous dire assez quelle satisfaction pbre et douce me prtJtîDrera ce joli spectacle!.. — hein !.. j'iolagine que vôbs n*en dotmez pas non pluis votre part aux angoras, Iiiortâietl^Cabirol?
Au lieu de répondre à cette question, le jeune hoaiihé, soMaht soudàiîi de sa tacumitê, en Ht une à son tour.
— Ah çàl maife, — deitt'andâ-t-il, — oh ionc se batlï*â-t-ôn ?
— Le rendez^vous est à la porte du bois, et nous ^ sommes.
— Sans doute, mais ce n'est point ici un endroit couvçnable pour un duel... — f'cgat'dez. Il passe continuellement du inonde.
— C'est jlisle... — Eh bien ! qùartd mon ci-devant mafti^è et son adversaire arriveront, nous verrions quel cbetnin ils pi^cntieiit et nous les stiiVhons.
— Il vaudrait beaucoup mîeiix tiôUS trouver les premiers sur le lieu du combat.
— Vous avez ma foi raison!... je monterais sur un arbre et j*y ferais tout à mon aise des vœux contre mon maître. *
— Mais, comment nous renseigner?
— J*aiune*idée.
26 LJSS TITBimS DB PARIS.
— A ce sujet?
— Oui.
— Laquelle?
— Si je questionnais le garde?
— Que lui demanderiez-YOUS?
-^ Où l'on se bat, pardîeul. lui qui est sans, cesse sur les lieux, il doit le savoir.
— Eh bien I questionnez.
Larose 9e se le fit pas répéter deux fois. — Il frappa à la porte de la maisonnette... — *)ett^ porte lui fat ouverte par un petit vieillard de bonne figure, porteur du baudrier, insigne de ses fonctions.
— Monsieur, — lui dit Larose, — mille pardons, d*abord, de vous déranger ainsi.
— Qu'y a-t-il pour votre service, Messieurs? — demanda le garde à Larose et à Cabirol qui s'était approché.
•— Je voudrais vous adresser une question.
— Faites.
— Eh bien ! Monsieur, où se bat-oa, idi
Le garde examina pendant une seconde, avec un étonnement un peu goguenard, le personnage qui lui adressait cette interrogation assez bizarre en sa forme, personnage dont la mine, nous le savons, n'était rien moins que belliqueuse.
Anne, ma MNir Anne, ne TOl»-tn Hen venir T
(Jltfrie-BlMie).
— - Vous me demandez où Ton se bat? — répétat-il.
— Oui, Honsienr, et vous nous rendrez an véritable service en nous l'apprenant.
— Est-ce que, par hasQjrd, vous vous proposeriez d'en découdre î
Larose prit un air batailleur et se campa le poing sur la banche.
— Ehl eb! . — fit-il, — on ne sait pas.
. Le garde regarda successivement Gabirol et l'exvalet de cbambre de René.
Sous le bras du jeune imprimeur, il vit les deux bfttons de même taille.
— Ma foi, mes gaillards, — s'écria-t-il en souriant de nouveau et en désignant les bfttons, — si ce sont là vos épées, vous risquez de vous faire beaucoup de
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bleus et pas mal de noirs, mais, quant à vous traverser de part en part, franchement, j'en doute...
— Monsieur, — répondit Cabirol, — nous n'avons aucune querelle à vider ensemble, mon compagnon et moi, et, si nous vous prions de nous .indiquer le lieu habituel des rencontres, c'est, je vous l'affirme, dans dans un tout autre motif que celui d'y échanger des coups de bâton ! -
— Eh bien ! — fit le garde, — suivez l'avenue que voilà, et marchez tout droit devant vous jusqu'à ce gros arbre qui domine tous les atiireS. —
— Bon, — ttiurîïiufà Cabirol.
— Tournez à droite et suivez le petit sentier qui est tout tracé sur la mousse.
— Bien, — fit Larose à son tour.
— Au bout de trois nrtiftutes, vôtis i*enèDiiti*ei*ez une clairière où le terrain forme une sorte de vallée, longne de trois ou quatre cents pas et large de dtiqtiànte ou soixante... — C'est là l'endroit que VOUS Chercher.
— Ainsi, — demanda Cabirol, -^ ô*esl darts cet endroit qu'ont lieu tous les duels ?
— Tous, non, mais au mois dit-tieuf feui» vîrtgt.
— Merci des renseignements, Monsieur...
— Il n'y a pas de quoi... bien â votre service.
Larose et Cabirol s'éloignèrent. — Ils suivirent l'avenue qui s'étendait droit devant ettX. -^ Ili atteignirent le gros arbre. ~ tis s'engagèrent dans le petit sentier. — Ils arrivèrent à la clairière qui semble, en eflfet, avoir été disposée par la nature tout exprès pour servir de théfttre commode et secret à des luttes lïiortelles
Il esl impossible de donner et de recevoir uo coup d*épée daràs un plus diurmant eadroit. ^^ Rien qu*à le Yoir, les rajffînés de ravant-dernier siècle s^ aefi^ent pâmés d*aise.
-^ C'est biea là, -^ Qt Laroçe.
— Oui, — réçmàii flabirol , -^ mm. , .