IV. a
— Non.
" — C'est votre dernier mot?..
— Oui, cent fois oui!..
— A votre aise, — riposta Cabirol en jetant un des gourdins aux pieds de René, — mais je dois vous avertir d*une chose, c'est que si, quand j'aurai compté jusqu'à cinq, vous n'avez pas ramassé ce bâton et vous ne vous êtes pas mis en garde, je tape tout de même, je tape comme un sourd et comme un aveugle, et vous m'en direz des nouvelles... — vous êtes prévenu, monsieur le baron, je commence à compter :
« un!..
Dod ao MtOB.
René resta impassible.
— Deux I — fit Cabirol.
René haussa les épaules avec dédain.
— Trois ! — s'écria Fimprimeur.
Et, tout en prononçant ce nombre si souvent employé dans les conjurations cabalistiques, il brandit son arme rustique d'une façon qui décelait la main d'un bâtonniste exercéi
— Plus qu'une demi -minute, — monsieur le baron, ^ dit-il ensuite, — plus qu'une demi-minute et je lape,
— Soyez certain, mauvais drôle, — répliqua René, — qu'en arrivant à Paris mon premier soin sera de déposer contre vous une plainte au parquet.
— Pourrait-on savoir sous quel prétexte? — demanda Cabirol en ricanant.
— Sous le prétexte de guet-apens et de menaces da Toies d# fait.M
36 Uâ TITIDU DB PAU8.
— Menaces de voies de fait 1.. — Oh! soyez tranquille, monsieur le baron... -^ vous pourrez corser votre plainte, il y aura mieux que des menaces.. .
Je reprends.
Et Gabirol articula nettement :
— Quatre!..
Le bâton de l'imprimeur était toujours levé. — Celui qu'il destinait à René gisait toujours sur le sol.
M. de Savenay était parfaitement convaincu que Gabirol n'oserait le frapper — De cette conviction venait une grande partie de son assurance. — Gepen dant, en face de l'attitude décidée de son adversaire, et surtout de son coup d'oeil étincelant, René sentait sa confiance s'affaiblir peu à peu. — Gabirol laissa s'écouler quelques secondes. — Puis, voyant que le parti pris de son adversaire semblait irrévocable, et qu'une agression sérieuse était nécessaire pour l'amener à se défendre, il dit :
— Cinq!..
Et en même temps le bâton, quittant sa position perpendiculaire pour en prendre une horizontale, retomba d'aplomb sur l'épaule de René.
Quoique Gabirol en eût dit, rien ne lui répugnait davantage que de frapper un adversaire désarmé. — Aussi l'imprimeur fit-il en sorte, pour ce premier coup, d'avoir la main légère. -^ Mais le bâton était lourd -^ Aussi le choc, quoique atténué, fut -il rude. — René poussa un cri de colère et surtout de douleur.
— Ne faites pas attention, monsieur le baron, — dit Gabirol , — ce n'est rien , — rien absolument , — une simple chiquenaude!.. *- La toile se lève» —il y a
LB nt i»'AiiiAini. S7
encore à jouer cinq actes, avec prologue et épflogue et je ne sais combien de tableaux, comme k T Ambigu et à la Gatté!.. — Vous êtes prévenu; — je viens de vous faire remettre ma carte par cette baguette... maintenant, méfiez-vous, v'ià la danse qui va commencer...
Et Cabirol fit décrire à son arme un moulinet rapide.
Cette fois, René ne baussa plus les épaules. — La contusion endolorie qu'il ressentait à Tune d'elles lui prouvait jusqu'à l'évidence que Cabirol ne plaisantait point. — Le jeu qui se jouait était parfaitement serieux !
René se baissa. — Il ramassa vivement le bftton qui se trouvait par terre, à cAté de lui. — Avec ce bftton il se mit en attitude de défense, le mieux qu'il put, c'est-à-dire d'une façon assez gauche,* car cette arme noueuse semblait à son poignet tout autrement lourde qu'une épée ou qu'un fleuret.
Une exclamation joyeuse et triomphante s*échappa des lèvres de Cabirol.
— Bon ! — fit-il ensuite, — voilà comme je voulais vous voir ! . monsieur le baron !.. Vous y êtes venu !.. ce n'est pas sans peine, mais enfin vous êtes venu ! bravo! .. — C'est maintenant que ça va joliment marcher !.. Gare là- dessous !.. gare là-dessous !..
Et René entendit siffler autour de sa tête dans un moulinet rapide, le bftton de Cabirol — Il essaya de parer le coup qu'il prévoyait. — Mais l'arme tournoyante, invisible dans ses mouvements précipités, continuait à décrire ses cercles menaçants qui se res-