IV. i
50 LES yiYBOBS DB PARIS.
— Monsieur!.. — marmnra Henry avec hantenr.
— Àhl pardon, excuse, mon bourgeois, ne nous fâchons pas... je n'ai pas voulu vous offenser... mais c'est que, voyez-vous, des fois on peut se tromper.
— Impossible, du moins dans cette circonstance...
— Ahlahl
— Car ce bracelet, je l'ai acheté et payé moimême.
— Vousl.. — fit Gargablou stupéfait. — Ahl par exemple, en voici bien d'une autre.
— Que trouve2s-vous de singulier dans ce que je vous dis?
— Regardez-moi un peu ce gaillard-là, — dit Gargablou en désignant René évanoui, au lieu de répondre à Henry, — regardez-le bien, s'il vous plaît?
— Je le vois.
— Vous le voyez, — bon 1 eh bien ! savcz-vous ce que c'est?
— Non.
— C'est un voleur !.. — tout bonnement.
— Un voleur! — Vécria Henry.
— Mon Dieu, oui.
— Mais, qu'a-t-il volé?
— Ce bracelet.
— Ce bracdetf
— Oui.
— A qui?
— A moi.
— A vous I .. et comment?
— En me disant qu'il ne valait que trois li . ^dii . sous, et en me l'achetant cinq francs, pour le \ ^
LE FIL D'AlllAirB. 54
soi-disant, à la personne à qni il appartient et à qui vous voyez bien qu'il ne Ta pas rendu.
— Mais, — demanda vivement Henry, prévoyant que la lumière allait jaillir de ce qui lui semblait jusque-là un inextricable chaos, comment ce bracelet se trouvait il entre vos mains ?
— C'est bien simple, — la petite dame me l'avait laissé.
— Quelle petite dame?
— Celle que j'ai conduite à l'allée des Veuves.
— Et pourquoi vous Tavait-elle laissé?
— Je vas vous dire.
Et Gargablou raconta, dans son style coloré mais diffus, les événements bien connus de nos lecteurs.
A mesure qu'il parlait, la lumière se faisait en effet aux yeux de Henry, et l'infamie de René lui apparaissait plus nette et plus distincte.
En même temps, aussi, l'innocence de Berthe, dont il n*avait d'ailleurs douté qu'un instant, nous le sauvons, se couronnait d'une auréole de plus en plus étincelante.
-*- Tenez, mon brave, — dit-il en tendant un double louis à Gargablou quand ce dernier eut achevé son récit, — prenez ceci et buvez à ma santé.
— On s'y conformera, mon bourgeois, — répondit le cocher en saluant militairement du revers de la mahi, on lichera le picton dans l'intérêt de votre conservation — Ah ça, mais, elle vous a donc bien réjoui le cœur, mon historiette? .
— Beaucoup, — répondit Henry avec émotion, — oh! beaucoup ! *
SI LI8 vivaDM M Pâ«n.
— AlloiiAy UBt mieix... mais cependant, il ne fea« drait pas trop la raconter à droite et à gauelie. .. -^ il y a n niari, Toyez-^vcas .. et ça povrrait bien le taquiner.
— Rassnraz-Yons, -- fit monrieur de Groi arec un sourire, — il y a un mari, en eièt) mais oe mari e*est
Gai^ablou regarda son interlocuteur arec de griys yeux abrutis par la stopéfaclitta»
— Tiens! -*- dit^t an bout d'un instant^ — c'est TOUS qu'êtes le mari, et ça vous fait pinmt de saroir ça?., c'est drôle tout de mémel
Puis, il ajouta arec un âcceiiliînimitable :
-^ Allons... tant mieux I
Tandis que cet incident détournait de René l'attention de quelques-uns de nos personnages, le chirurgien pratiquait la saignée dont il attendait les plus heureux résultats. — Le sang ne jaillit point tout d'abord. — > Pendant une ou deux secondes, rourerture fate à la veine resta béante et sèdie. — liais, enfin, une goutte de sang perla aux lèvres de la piqûre. — Une seconde lui succéda, puis un filet rose jaillit le long du braa et alla nouilter le gazon comme une rosée pourpre.
René entr'ottvrit les yeux. ^ Il essaya de faire ufl mouYement. — Hais, sans doute, une atroce doiideor se fit sentir à ses membres meurtris. -^ Sa ptteur deyint plQS ^^"^'^^^ encore qu'elle ne Tétait auparavant.—
Ll FIL D^AlUAIfl. 53
B P0U6M un cri itarticiilé. ^ Set yew se relèna^ r^t. ^ It fi'évanotût de nonveau. -
— * DIatlel.. — fiHeehiru^iefi,<--diftbie!.. diable!..
Il aecoua la tête» ainsi quM l'avait déjà fait un peu auparayaoty et sa physionomie prit une expreœiou qui n*aurait point rassuré René, si René ayait pu la voir.
Henry s*ayança.
— Mon cher ami, -r- demanda-t-il an médecin, — ^ que ooojeeturea-y^us de la situation aetnelle de ce malheureux jeune homme ?. .
— Pour la troisième fols, je le répète, c'est fort grave, — plus grave encore que je ne Ta vais cru d'abord... -^ mais, enfin, il a pour lui sa force et sa jeunesse, — il est possible qu'il s'en tire...
— Bt, dans ce cas, la convalescence serait-elle longue?..
— Trois mois au moins.
— Et, avant de pouvoir affronter un nouveau duel?..
— Quatre ou cinq.
— Cet arrêt est sans appel?
— ComuFie s'il levait été pronoiicé par la Faculté tout entière...
Henry se tourna yers 3^s témoins et yera Q^ux de René
— Messieurs, -^ leur dit-il , — r Je devais croire que mon duel avec monsieur de Savenay aurait lieu ce matin et ici-m&ne... -r- Le basard, ou plut6t la Provi** dence en a décidé autrement. -^ Celui que je devais combattre est couché l&i devant nous, et cependant ce n'est pa» ma main qui l'a frappa,. — h eompUâs»
54 LS8 VITBOU M PÀ1I8.
si Je sortais sain et sauf de cette rencontre, je comptais quitter Paris demain matin avec madame de Croî et m'éloigner de la France pendant plusieurs mois... peut-être pendant plusieurs années... — Ma situation, vous le comprenez, devient extrêmement difficile. — Quel est mon devoir d*homme d'honneur?.. — Puis-je m'éloigner?. — Dois-je, au contraire, rester et attendre?.. — Je vons soumets ces questions, Messieurs, et je m*en rapporterai d'une façon absolue à votre jugement...
— Mon cher comte, — répondit Maxime, — les scrupules que vous exprimez sont dignes d'un homme de votre caractère, poussant la loyauté jusqu'à l'exagération-. — Vous nous demandez si vous devez rester et attendre?.. — Je prends sur moi de vous répondre : Non, certes, vous ne le devez pasi.. — Voas êtes libre !.. entièrement libre !.. complètement libre !.. — Moi, l'un des témoins de monsieur de Savenay, je vous déclare dégagé de toute obligation vis-à-vis de lui... — J'affirme qu'à l'avenir, si le hasard vous mettait en présence, il n'aurait le droit d'exiger de vous aucune réparation par les armes de l'offense publique que vous lui avez faite... — Et si René ne confirmait pas de tout point les paroles que je viens de prononcer, je me mettrais en votre lieu et place, et, non-seulement moi, mais son, autre témoin, et les ^6très aussi, mon cher comte, si bien qu'il nous trouverait quatre, en face de lui, l'épée à la main, tout prêts à soutenir une cause qui serait devenue la nôtre...
— Merci... — murmura Henry ému jusqu'aux larmes, — merci, mon ami... merci, Messieurs...
Ll FIL D*ARIAIfB. 55
Et, après on instant, il ajouta en jetant un regard sur René :
— Pauvre jeune homme... il a voulu me faire du mal. .. il n*a pas réussi.. . — Tarme dont il cherchait i me frapper s*est tournée contre lui... — je lui pardonne de bien bon cœur.
Puis, comme Henry souhaitait ardemment se retrouver auprès de Berthe, afin de la rassurer sur rissue du combat, il reprit d'un pas rapide le chemin qai conduisait à Ibi porte du bois.
Depuis quelques minutes, une troisième voiture était venue se joindre au coupé de René et au fiacre qui avait amené M. de Groï et ses témoins. C'était une citadine. — Les stores entêtaient baissés aussi soigneusement que si le véhicule numéroté avait servi de boudoir à quelque couple amoureux.
Au moment où Henry franchit la porte du bois, un cri sourd retentit dans Tintérieur de cette citadine. — L'un des stores fut relevé violemment. — La portière s'ouvrit. — Une jemie femme se précipita hors de la voiture et s'élança au cou de Henry, qu'elle couvrit de baisers ardents, entrecoupés de larmes de joie.
C'était Berthe.
vni
Bather et Caniélla.
Le lendemain, un^" ch^i^e de poste attelée de qg^tre cheyaux et conduite par deim: posUllûQ&'s*aPFêtait devant une des maisons d£ ia rue Tronchet.
M. et madame de Croï montèrent dans cette voiture, qui était toute chargée.
L'un des postillons s'approcha Jq la portière le chapeau à la main, et, avec le cérémonial d'usage, demanda :
— Où allons-nous?
— Route d'Italie, — répondit le comte.
Le postillon se remit en selle, et les chevaux partirent au galop.
Au moment où la chaise de poste franchissail la barrière, un cri de joie et de délivrance s'échappa des lèvres de ^erthe, semblable ^u cri du captif qui vient de voir briser sa chatae.
Ensuite, elle po^a sa tète charmante sur la poitrine émue de Henry çu murmur^mt :
LIS yiimns db pabis.
— Enfin! .enfln!
Les deux mains dti jeune homme appuyèrent eontre son cœar cette tête adorée, et il répondit :
— Oui, enfin !.. enfin et toujours!
Les deux époux, — redevenus amants, — couraient vers le bonheur.
Nous aimerions à les suivre .. — mais à quoi hoal — le bonheur ne se raconte pas.
Une semaine environ après la matinée du duel aa bois de Vincennes, et tandis que René gisait sur le lit de douleur qu*ii né devait pas quitter de si tôt, un mariage sans apparat se célébrait dans l'une des chapelles de réglise Saint-Nicolas-d*Ântin.
C'était celui de Cabirol et d'Aline.
Personne ne s'occupait de cette humble noce, car ce qui est simple et semble presque pauvre n'attire point les regards à Paris.
Mais Aline était belle d'une beauté touchante, et l'expression d'un pudique bonheur rayonnait sur son doux visage.
Quant à Cabirol, c'était plus que de la joie, — c'était de l'ivresse, — c'était du délire.
A grand' peine parvenait -il ^ contenir, dans le temple de Dieu, l'expression de ses transports.
Ceux-là ausdi, malgré les écueils, avaient gagné le port, — ceux-là aussi allaient être heureux.
u m d*âmari. 69
Le même jour et à la même heure où le ministre d'une religion sainte légitimait les amours du jeune couple, Mariette, la femme de chambre de Camélia, entrait chez sa mattresse encore endormie.
— Madame, — dit-elle en touchant du bout du doigt l'épaule rose de la pécheresse, — Madame...
Camélia se réveilla brusquement.
— Que voulez-yous donc? — demanda-t-elle avec cette mauvaise humeur qui accompagne presque toujours un réveil intempestif.
— Il y a là quelqu'un qui désire parler à Madame.
— Qui celaî
— Mademoiselle Esther.
— Vous ne lui avez donc pas dit que je dormais?
— Je le lui ai répété trois fois.
— Eh bien?
— "Eh bien l elle a répondu qu'elle voulait voir Madame.
— Qu'elle voulait? — s'écria Camélia.
— Oui, Madame, qu'elle voulait,
— Vous êtes folle, Mariette... — - Eslher ne se permettrait pas de ces libertés-là avec moi.
— Mademoiselle Esther m'a paru aujourd'hui toute différente de ce qu'elle est ordinairement.
— Gomment cela?
— Dame ! je ne sais trop comment m'expliquer.. . Elle ressemble à un créancier.
Camélia se mit à rire.
A9 LES flWffRS 1» P4IIId.
— Est-ce que, par hasard, elle aurait déjeuné...— avec du champague, bieneatendu?
Mariette comprit. — Mais elle répondit :
— Otil non, Madame, — si mademoiselle Esther avait déjeuné y comme le croit Madame, elle aurait les yeux bien plus brillants.
— Enfin, — dit Camélia, — noua verrons bien ce qu*elle a et sur quelle herbe elle 9 marché.
— Faut-U la faire entrer?
— Oui.
Mariette fit quelques pas pour sortir.
— Ouvrez les volets d'abord, — reprit Camélia, — j'aime à voir le visage dès gens à qui je parie.
La camériste obéit.
— Maintenant, allez I — lui dit sa maîtresse. Mariette sortit. — Au bout d'une seconde, la porte
se rouvrit. — Esther fit irruption comme upe bombe, et vint se camper, le poing sur la hanche, en face du lit de Camélia.
— Ah ça*! ma petite, — lui dit cette dernière, — quelle mouche te pique, et qu'est-Kîe que c'ei^t donc que ce joli genre que tu te donnes ce matin?
— Ma bonne amie, — répliqua la juive d'un ton pincé, — rien ne me pique. — ni mouche ni épingle, excepté tes procédés à mon égard ; — et quant à mon genre, joli ou laid, tant pis s'il ne te plaît pas, car je n'ai pas l'intention d'en changer pour te faire plaisir.
— Oh ! oh ! s'écria Camélia en riant, -^ Ls temps est à l'orage, à ce que je vois.
— Oui, ma dière, — et il y a de quoi.
LB PIL B*AftUIVË. SI
•*- Ne parle pas pAr éttigmen, — je te prie. — Voyons, qu est-ee qu'il y a?
— Il y a que je suis furieuse.
— Je le vois bien ; mais pourquoi ?
— Parce que je n'ai pas d^argent.
— J'en suis désolée pour toi, mais cela ne me regarde pas.
— Tu crois?
— J'en suis sûre.
— C'est ce que nous allons voir !
— Est-ce que, par basait, tu viendrais m'en demander?
— Précisément, — ^ puisque tu n*as pas la loyauté de m'en offrir.
— La bonne plaisanterie!., me prends-tu pour ton banquier?
— Je ne sais pas si tu es moi) banquier, mats je sais que je suis ta dupe et que ça m'en..», nuiel
— Par exemple ! . . voici du nouveau. . . toi madupc I
— Héias!
— Et à quel sujet?
— Tu me le demandes?
— Oui, pour le saivoir.
— Eh bien! et le Club des HirondeUes, donc?
— Après?
— Tu ne rougis pas?
— Pas le moins du monde.
— Ah! — déclaifaa ponfïpotisomewt Esthef,
Dans le crime goûtant une tranquille paix,
Tu sais te faire un front qui ne rougit jamais!
6î LES ▼IVBURS DB PARIS.
— Ta as joué ça à la banlieue. . . — connu ! connu !
— Est-ce que tu ne te souviens pas de notre association? .
— Je n'ai rien oublié.
^ Et tes promesses?
— Je me les rappelle à merveille.
>— Quel résultat ont- elles amené?
— Aucun.
— Tu en conviens?
— Pardieul
-T- Et voilà tout ce que tu dis?
— Que pourrais-je dire? — j'avais conçu de belles espérances... elles ne se sont pas réalisées... — c'est un malheur. . . — Fassociation ne m'a pas réussi plus qu'à toi, plus qu'à Sydonie... rompons-la et n'en parlons plus!..
— C'est facile à dire.
— C'est aussi facile à faire.
— Sydonie te laisse tranquille, — ça la regarde, — mais avec moi les choses ne se passeront pas ainsi, je t'en préviens.
— En vérité !
— Tu t'es servie de moi comme d'une marionnette
— Possible.
— Mais, cette marionette exige aujourd'hui l'argent qu'elle a gagné.
— Quel argent?
— Les cinq mille francs du comte de Croî.
— Ah! nous y voilà!
— Oui, nous y voilà, — ces cinq mille francs, il me les envoyait, tu me lés as pris.
LE HL D*A]IIARK. 63
— J'en avais le droit.
— Qu'en as-tu faitt
— Je les ai renvoyés au comte — tu le sais aussi bien que moi...
— A la place de ces cinq mi||e francs, tu m'en avais promis cinquante mille.
— C'est vrai.
— Où sont-ils?
— Je comptais, pour te les donner, sur la réussite d'une combinaison fort habile, — elle a échoué— je n'y puis rien.
— Je te tiens quitte des cinquante mille francs, mais les cinq mille francs, je les veux.
— Puisque je les ai rendus, il est clair que je ne les ai plus...
— J'en ai besoin.
— Cherche-les ailleurs.
— Ah ! c'est comme ça !
— Mon Dieu, oui,
— Eh bien ! je te préviens que, si tu ne me les donnes pas à l'instant, je ne sors d'ici qu'après avoir tout fracassé !..
Et, joignant le geste aux paroles, Esther saisit sur la cheminée une coupe de cristal de roche, montée en or, et fit mine de la lancer dans une glace.
— Pas de bêtises, — s'écria Camélia, qui sembla prendre rapidement son parti, — tiens-toi tranquille, je vais te donner ce que tu demandes...
— Les cinq mille?
— Oui.
— A la bonne heure.
61 LES TtrtOitâ IlE PAI.IS.
Et la juive quitta tout aussitôt son attitude de créancière en furie. — Camélia sonna. —Mariette accourut.
— Un peig'îoir, — dit la péchehîsse, — je me lève.
Elle sauta en bas de son lit, s'enveloppa à la hâte dans «ne robe de chambre et dit deux ou trois mots tout bas à Toreille de Mariette, qui sortit.
— Veux-tu de Tor ou des billets? — demanda Camélia à Eslher.
— Ah ça ! ~ s*écria celle dernière — tu as doue le Pérou chez toi?.. — Donne moi de l'or, c'est plus gentil.
Camélia prit un trousseau de clefs et les essaya Tune après Tautre à la serrure d'uu petit meuble de bois de rose. — Aucune n'allait.
— C'est là qu'est la caisse ? -^ demanda Estber.
— Mon Dieu, oui, — répondit insoucieusement Camélia. — Mais où donc est la clef?
Et elle se mit à fureter dans tous les coins de la chambre, en se rapprochant insensiblement de la porte. — Cette porte s'ouvrit — Deux domestiques, en livrée du matin, parurent sur le seuil.
— Madame nous demande?.! — fit l'un d'eux.
— Oui -* répliqua Camélia du ton le plus doux et de l'air le plus simple, — faites-moi le plaisir de mettre mademoiselle à la porte.
Et elle désignait Estber.
La juive bondit.
— Canaille!. — cria-t-elle.
LB HL d' ARIANE. 65
— Vous la reconduirez jusqu'au bas de l'escalier — ajouta Camélia — et vous expliquerez au concierge que je ne serai jamais chez moi quand mademoiselle viendra me demauder... si toutefois elle revient... ce dont je doute.
Esther, exaspérée, essaya de résister. — Mais, le moyen? — La juive dut céder k la force. — Seulement elle ne se refusa point la piètre consolation de faire une sortie de mélodrame en criant :
— Je me vengerai I..
Guntila et René.
Nous venons de voir de quel procédé plein de désinvolture Camélia usait pour payer les autres.
Voyons maintenant comment elle s'y prenait pour se faire payer elle-même.
Un beau jour, vers midi, trois semaines après son duel bizarre avec Cabirol, René, dont l'état n'avait plus rien de précisément grave, mais qui gisait toujours sur son lit, enveloppé de bandelettes cèmme une momie égyptienne, souffrant de tous ses membres et ne pouvant faire le moindre mouvement sans pousser des cris de douleur, fut prévenu par son valet de chambre qu'un monsieur tout vêtu de noir et cravaté de blanc désirait être introduit auprès de lui.
— Eb I — répondit René, — vous savez que je ne puis recevoir personne... — Renvoyez ce monsieur...
Le domestique revint au bout d'un instant, rapportant une carte.